‹ Histoire de DieppeChapitre 21 sur 99 · S XXI · texte numérisé non relu

S XXI

Henri IV à Dieppe. — Bataille d' Arques.

Pendant ce temps, le roi, après avoir quitté Saint-Cloud et conduit son armée vers la Normandie pour être mieux à portée de recevoir les secours qu'il attendait d'Angleterre , était venu se l(^er à Darnetal , près Rouen. Mais, sur la nouvelle que le duc de Mayenne, sorti de Paris avec quinze mille hommes de pied et trois mille chevaux, se mettait à sa poursuite, et que déjà il avait été rejoint che* min faisant par dix mille lansquenets et par un gros parti de cavalerie; ce qui portait son armée , au dire des Mémoires de Sully, à vingt-cinq mille fantassins et huit mille chevaux ; le roi jugea que s*il restait sous les murs de Rouen , dont il n'était pas maître , il allait se trouver pris entre deux feux avec sa petite armée. Il se hâta donc d'abandonner Darnetal pour se rapprocher de la côte, et prit le chemin de Dieppe, en faisant dire à M. de Longuevillc et au maréchal d'Aumont de l'y rejoindre au plus tôt.

M. de Chastes , instruit de l'arrivée du roi , vint le saluer à une lieue de la ville , et lui présenta les clefs. Une bonne partie de la noblesse et des bourgeois accompagnaient le gouverneur. Le roi visita le château, la citadelle, le port et les fortiGcations de la ville. La place lui sembla de force à être bien défendue et à tenir long-temps. Après avoir tout parcouru en personne , il s'affermit de plus en plus dans la résolution de choisir cette position pour attendre l'ennemi. Outre les avantages du terrain et la bonté des remparts, il trouvait à Dieppe un gouverneur d'une fidélité à toute épreuve , des habitants bien disposés à se défendre, enfin, si la fortune lui était contraire, un chemin ouvert pour gagner La Rochelle ou l'Angleterre.

Il laissa donc à M. de Chastes cinq cents hommes de

garnison, que soutenaient en outre douze à quinze cents boui^eois bien armés ; et quant à lui, à la tête de ses gentilshommes et de cinq à six mille vieux soldats , il alla se retrancher à Arques ; Tassiette de ce bourg lui semblait favorable , et ce n'était qu'ù la dernière extrémité qu'il avait l'intention de se retirer sur Dieppe.

M. de Mayenne ne tarda pas à paraître, et sa puissante armée vint se briser contre celte poignée de braves serrés en faisceau autour du drapeau de la royauté et de la France. Quand nous parcourrons la vallée d'Arqués et les ruines de son château , nous étudierons d'un œil curieux les moindres détails de ce merveilleux combat , de cette journée qu'on a nommée, avec raison, la dernière de la chevalerie. Nous suivrons Mayenne et Henri , non-seulement pendant la bataille, mais dans leurs marches et contre-marches de la veille et des jours précédents. Quant à présent, il nous suffit de dire que les ligueurs , après leur défaite , essayèrent vainement de prendre une revanche : plusieurs tentatives contre le PoUet, contre la ville et même contre les retranchements du roi furent si vigoureusement repoussées que M. de Mayenne perdit tout espoir de réparer son échec, et, qu'ayant su que quatre à cinq mille Anglais étaient au moment de débarquer, il jugea prudent de ne pas les attendre , et décampa dans la nuit du 5 octobre , se retirant vers Paris.

Le roi, maître du terrain , continua son séjour à Dieppe jusqu'au 21 octobre. Pendant ce temps , il reçut les secours que lui envoyait la reine d'Angleterre, savoir : mille Écossais et quatre mille cinq cents Anglais. Vinrent ensuite des députés des États de Hollande, lui apportant, à tilrc de prêt , une somme de soixante mille écus , et enfin le comte de Soissons et d'autres gentilshommes royalistes, qui amenaient avec eux environ dix mille combattants. Alors le roi , se croyant assez fort pour se faire voir aux Parisiens , dit adieu à M. de Chastes et aux Dieppois , après avoir non-seulement confirmé, mais étendu notable-

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ment leurs privHéges , et donné des lettres de noblesse % tous ceux des échevins et capitaines qai n-étaieol; qae simples bourgeois.

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