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Édit de Nantes.
Nous glisserons rapidement sur les événements qui suivirent : les Dieppois n'en furent que spectateurs; leur province n'était plus le théâtre de la guerre; et bientôt, d'ailleurs, la guerre cessa de déchirer la France. Mais lorsque le roi fut bien affermi sur son trône , et qu'on parla de régler l'état des protestants, ceux de Dieppe, quoique bien déchus de leur ancienne importance, ne furetit pas des derniers à faire entendre leurs doléances et leurs réclamations. Ils chargèrent le sieur Legrand, conseiller assesseur en la vicomte d'Arqués , d'aller plaider leur cause conjointement avec celle de leurs frères de Rouen, devant l'assemblée qui se tenait à Châlellerault au mois de juillet 1598. Leurs cahiers ayant été examinés avec soin, quelques-unes de leurs plaintes parurent fon-
dées^ et il fat décidé qu'il y serait fait droit dans le nouvel édit auquel on travaillait; provisoirement il leur fut accordé de faire le prêche trois fois la semaine , et de se livrer à leurs exercices avec un peu plus de liberté que par le
L*anQée suivante , Tédit tant promis et tant désiré , le célèbre édit de Nantes , vint confirmer ces avantages provisoires aussi bien que tous les privilèges accordés par les. précédents édits , et notamment par celui de 1576. On y ajouta pour les Dieppois la permission de se bâtir un temple , faveur qu'ils avaient toujours sollicitée vainement S
Si cet édit eût été publié trente ans plus tôt , quand la réforme dieppoise, au début de ses persécutions, avait encore de la vie et du courage , il eût probablement exercé sur son avenir une notable influence. Sous Tabri d'une sauvegarde aussi puissante, et qui, malgré quelques infractions passagères, fut, on peut le dire, observée religieusement pendant un siècle , on Teûl vue recouvrer rapidement sa première prospérité et lutter avec avantage contre le catholicisme. Mais, à l'époque où nous sommes , le feu sacré était éteint, et l'édit de Nantes ne produisit d'autres effets que de faire persister et vivre tranquillement dans leurs croyances certaines personnes que des persécutions nouvelles auraient peut-être ébranlées, et de rappeler dans leurs foyers un assez bon nombre de réfugiés qui comptaient mourir sur la terre étrangère. Ce furent là les seules conquêtes dont ce troupeau faible et dispersé fut redevable à l'édit. Du reste , pas un prosélyte nouveau ne vint
1 L'édit de Nantes était plus avantageux que celui de 1576, en ce qu'il accordait aux réformés , non-seulement l'admission dans les collèges , hôpitaux , et dans les emplois civils et militaires, mais aussi l'entrée aux charges de finance et de judicature. Il contenait quatre-vingt-douze articles publics, et en outre cinquante-six articles secrets , dont le plus important était celui qui accordait aux chefs du parti plusieurs places de sûreté et toutes celles qu'ils tenaient déjà.
14C HISTOIRI »l DIBVBB.
grcmir aei rangs , tandis que son riyal le eattiolicitme reprenait ebaque jour une se? e et une verdeur nouveiies.
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Teipplp j[)rQte8tant l)àti et renversé prepqu^ aifssjtôtj-rsa rect^n^trqp: tipp. — État (des prptestar)ts. — Comment l'édit était exécuté ^ leur é^ard.
De ce raorpeqt l'|)i$toire de la réforme à Djeppe devient terne et décp|orée. Qulpaportent les destins de ce qui yé- ^ète ? op ne s'intéresse qu*^ ce qui grandit pu à ce qui s*écrou|e. Toutefois comme une grande catastrophe attend au bout d'pn siècle les petits fils stationnaires de nos ardents sectaires de 1560^ comme Louis XIV, pour payer sa bien-venue h la dévotjon, prépare un triste dénoûment à rhistoire que nous racpntons, retraçons dans une rapide esquisse , et toujours pour Dieppe seulement ^ les temps qui se sont écoulés entre la publication de Tédit et sa fatale révocation.
Ce ne fut pas d*abord sans quelques difficultés que Farticle qui permettait aux Dieppois de se bâtir un temple fut mis à exécution. Ce temple devait être construit dans un faubourg. On proposa d*abord que ce fût dans ce}ui du Pollet. Le lieu était mal choisi ; car les Polletais , même à Fépoque où le protestantisme était trionjphant dans la ville , ne lui ayaieut jamais été fort attachés ; et 4^pu js que le catholicisme reprenait faveur, ils le pratiquaient dévotement*. Il fallut donc renoncer à placer au milieu d'eux
' |.*église d|^ Nf^uyjlle, )^ parojs^e 4" ppl|et, est pleiq^ de t^moigii^ges fje pe q\\p i)ou3 ^vançons. I)*al)or4 la d^te dp sa cof)st|*i)c||qf) en est une prêqve. C'est ep U88 , |*ann^fi des barnc^cjes, Tai^pée de Tassi^ssinaf de Gqise , l'apnée où |a ligue ^'jns^r^ea, qu|i cette église fut Mtje. |1 fallait bief) quMI y e|)t (Iè$ lors granfje Teryeur catholique chez Ic;^ Polletais pour qu'ils aient fait dans ||pQ (ellp
PftSMfEliB «ARTIK. 143
te temple protestant , oo i'etposer à des riies et à des querelles continuelles. Après bien des pourparlers, ee fut dans le faubourg de la Barre, au pied du mom de Gaux < que l'édifice dut ètte construit. On en posa la première pierre le 7 mai 1600^ après que les fidèles eurent observe un jeûne de trois jours ordonné à cet effet.
Il n'y arait pas sii ans qu'ils y faisaient leurs exercices^ lorsqde, un lendemain de Pâques (1606), sur les neuf ou dix heures du matin ^ urt vent d'ouest vint ë s'élever avec tant dé violence qu'il renversa non-seulement la toiture du temple , înaib les murailles , qui étaient de briques et reposaient ftur nii soubassement en silex. L'édifice s'écroula t«ut entier avec un horrible fracas, et enterra soUs ses rdines plus de quatre*vi6gls personnes , dont trente-deux restèrent sur la place.
Ce déi^âstre jeta la Consternation parmi les fidèles. Les gens du POlIet et quelques cathdliques'de la ville ne maiH quèrent pas de crier que le ciel ne voulait point de huguc* nots, et qu'il avait jeté bas leur maison pour manifester sa volonté ; néanmoins , les magistrats de la ville , à la pressante requête des protestants , qui demandaient à recon-
anoée les frais de eèttè conttruction : ai Ton eût été quêter à Dieppe, OD n'aaraitpas trouvé itn soit. Qu'on lise l'iDScription suivante^ gravée 8or on pilier daofe la nef de Téglise, on y verra le reflet dé ce re^ todr ardeat au eatlkolicisme qoi s'ediparait alors des Polletais :
Éternel. Dieu. je. te. pry. que. ta. grâce.
Flue. des. cieuii. desus. ce. saint, lieu. cy. A. celle, fin. que. selon, ta. niercy.
Soif, achevé, pour, adorer, ta. face.
Peuple, christien. ne. perdons, le. courage. De. poursufvir. cesi. œuvre, commencé, donsidérani. que. la. ddvancé.
Côme. Thôneur. de. son. sainct. héritage.
Quant Michel Hardouin futM'icy thesaurier Portail arches et piliers a (mi édiBer^ L'm 1588.
struire leur temple, leur assignèrent on jardin plus proche encore de la porte de la Barre. On trouva que c'était trop à la vue et à la proximité de la ville ; des contestations s'élevèrent , et il intervint un arrêt du conseil du roi qui permettait aux religionnaires de c^nstmire dans une prairie sur le bord d*Épinay ; mais au moment où ils allaient commencer leurs travaux , ils en furent empêchés par les cris et les menaces des catholiques. Le gouverneur^ fit si bien queTarrét fut rapporté. M. Mangot, maître des requêtes, ayant été envoyé sur les lieux pour terminer le différend, il fut décidé que le temple serait bâti sur le chemin de Saint -Nicolas de Caudecôte, à Tendroit même où ce chemin se joint à celui des Fontaines. Le lieutenant-général du bailliage de Gaux vint exprès à Dieppe pour mettre les religionnaires en possession de ce terrain.
Les travaux commencèrent vers la Pentecôte, Tan 1607, et en moins d'une année le temple fut élevé. Il était con-^ truit en brique et charpente , défigure allongée et presque ovale. La dépense s'éleva à 8,000 écus. On en fit l'inauguration le 21 septembre 1608^.
^ Ce gouverneur n'était plus M. de Chastes, mais M. de Sigognes, fils du précédent gouverneur, homme de bien moins d'esprit et de conduite que son père , fort débauché , et qui mangea son bien. Il mourut en 1610, après avoir été sept ans gouverneur. Sa charge lut donnée à François de Monceaux, gentilhomme picard et seigneur de Yillers-Houdan.
Quant à M. de Chastes, il était mort le 13 mai 1603. Le roi, en récompense de ses éminents services, Tavait fait lieutenant-général du pays de Caux , abbé bénéficiaire de Fécamp , vice-amiral de France, et enfin , quelque temps avant sa mort, lieu tenant-général de la Nouvelle- France, c'est-à-dire des pays compris entre les 40 et 52 degrés de latitude, pays où les Dieppois commerçaient et avaient des étiblissements. 11 fut vivement regretté à Dieppe. Son corps tut porte et enterré dans Téglise des Pères Minimes, où il avait fait de grandes aumônes.
> On pratiqua ou plutôt on élargit un chemin pour conduire à ce temple. En 1614 il fut pavé aux frais des protestants. En 1621
]| ne paraît pas que la possession de ce temple ait été dans la suite l'occasion de nouveaux ennuis pour les protestants; mais sans cesse ils étaient en butte à des contestations et h des chicanes de tout genre. Tantôt il s'agissait de leur cimetière, qu'on leur défendait d'agrandir S tantôt du droit qu'on leur contestait de monter la garde comme les autres habitants, et d*être enrôlés dans les compagnies bourgeoises ; tantôt du collège ^ et des écoles, dont on excluait leurs enfants. Â la vérité , quand ils portaient plainte au conseil, en vertu de tel ou tel article de Tédit, on leur envoyait un maître des requêtes qui leur faisait rendre justice. Mais c'était une vie laborieuse que d'être ainsi sans cesse sur la brèche, plaidant , argumentant, se défendant de bec et d'ongles , et unissant bien par être maltraités quelquefois.
Il y eut même des époques où ce défaut de bienveil-
ils commencèrent à travailler à une grande muraille dont ils voulaient ceindre leur temple. Cette muraille ne fut achevée qu'en 165^.
^ Au mois d'avril 1610,M. Renard, maitredes requêtes, etM. Saint- Simon , commissaires de l'édit de Nantes, vinrent à Dieppe , où, après quelques contestations, ils ordonnèrent , le 13, que le cimetière des prétendus réformés serait augmenté de soixante perches de terre aux dépens de la communauté de la ville (d'autres disent aux dépens du roi ), ce qui n'eut lieu que trois ans plus tard , le 13 février 1613. Les religionn aires avaient été traversés par les propriétaires de cette terre , et il leur fallut obtenir à cet effet trois arrêts du conseil. Ce cimetière fut clos de larges fossés en 1614, et les protestants y firent construire une porte en maçonnerie sur laquelle ils mirent les armes du roi.
' Le collège de Dieppe fut fondé le 8 janvier 1616. Le contrat en fut passé le même jour entre les échevins et le supérieur de la congrégation des prêtres de l'Oratoire. Ce collège consista en une classe de théologie et de philosophie , trois classes où l'on enseignait les humanités, et une quatrième où l'on n'apprenait aux enfants que les éléments de la grammaire. Le<« chroniques disent que dans les premières années de sa fondation on compta dans ce collège jusqu'à quatre mille écoliers j sans y comprendre ceux qui y apprenaient à lire et à écrire.
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laoce de la piarl des magistrats dégénéra en une sorte de petite persécutiob. Ainsi en 1618 il plut au gouirerneur ^ de renvoyer hors la Tille tous les maîtres d*école protestants , de défende aux réformés de célébrer leurs mariages daus les temps et ans jours défendus par Téglise romaine. Il lui plut également de réduire à un très-petit nombre de personnes les convois qui accompagnaient les baptêmes et les enterremeutSi II s'erisuivit de vives réclamations , et il fallut rendre plusieurs règlements destinés à interpréter le texte de Tédit sur ces divers points. Il fut décidé que pour les ènterreiiiems il ne pourrait y assister plus de vingt -cinq à trente personnes outre les porteurs ; que depuis Pâques jusqu'à la Saint-Alicliel ils auraient lieu de six i huit heures du matin et de six à huit beureé^ du soir, et seulement de sept à huit heures du matin et de trois heures et demie à cioq heures du soir peddant le temps qui est compris entre la Saint- Michel et Pâques; qu*à Tégard des convois pour les baptêmes ils ne seraient jamais que de quinze à vingt personnes , si toutefois ce n'étaient gens de qualité ; enfin , que les prêches ne coinmenceraient qu'à dix heures du matin pour finir à midi , peUdant toute Tanuée tant aux dimanches qu'aux autres jours, afin d^éviter la rencontre des processions. A force de règlements et d'interprétations de cette sortes on finissait toujours par rogner quelque chose des libertés accordées par i'édit.
Les protestants tl'étaient pas eu mesure de s'en plaindre bien haut ; ils n'avaient pour eux ni le nombre , ni le crédit, ni la richesse. Â l'occasion de la levée d'un emprunt extraordinaire dont la ville de Dieppe fut frappée dans les dernières années du règne de Louis XIII , les échevins firent procéder dans les huit quartiers ^ au recensement gé<
^M. deYHlers-Houdati;
* La viHe n'était primitivement composée que de trois quartiers, savoir : le port d'OaeSt, le Moulin à l'eau et le Moulin à venti Plus tard on en forma un quatrième, celui de l'Hètel-de-Ville. Enfin, en 1588, M. de Cliastes ayant ajouté quatre nouvelles compagnies aux
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néral ie tqus les habitanU : or, il fut recoanq par ce travail qu*il n'y avait pour lors à Dieppe qu'un religionnaire suf* cioq catholiques environ, et que, sauf quelques négo* ciants et armateurs fort opulents , il ne restait parmi les religionnaires que des famiUes ruinées et presque misé« râbles.