‹ Histoire de DieppeChapitre 24 sur 99 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

Remuements dans je Langnedoe et k La Rochelle. — Mesures ^ précauiipp prjses contre les Dieppois. — Persécutions.

Toutefois le soiiveriir d^ leur anciepqjB puissance étai); encore; si présent que, par habitude, on prenait des précautions contre eux dès qup , sur un autre point du royaume , leurs frères en religion faisaient quelques démonstrations hostiles. Ce fut ce qui arriva pn 1621, lorsqu'on apprit les préparatifs de guerre et les remuements qui se faisaient à La Rochelle. Aussitôt on écrivit à M. d^ Montigny, alors gouverneur de Dieppe, de s'assurer, n'importe par quels moyens, des huguenots de sa ville. Le duc de Longueville lui-même était porteur de ces ordres ; il arriva le 2 mai au matin, et, après en avoir conféré avec M. de Montigny, il arrêta que , pendant que les réformés seraient au prêche dans Jes faubourgs , les portes de la ville seraient fermées, et qu'on ne les ouvrirait qu'après que toutes les maisons dps huguenots auraient été visitées et leurs armes transportées au château. On eut beau se presser pour terminer ce désarmement, il fallut plusieurs heures, et, pendant ce temps, les pauvres protestants se morfondaient derrière les portes closes , frémissant de colère e\ d'inquiétude. EnGn on leur ouvrit , et M. de Longueville leur fît dire que tout cela se faisait par ordre du roi , paaiç

quatre qui existaient déjà, on assigna à chaque compagnie un quartier, et de là les huit quartiers dont on parle ici. Plus tard i| y en eut douze. Voy&t ci-après chap. ]II.

qu'on n'empOcherait pas leurs exercices de religion ; qu'on ne révoquerait pas un seul article de Tédit , qu'en conséquence ils restassent bien paisibles et ne s'étonnassent pas si, pendant toute la nuit , ils entendaient sa compagnie de chevau-légers marcher par la ville ; que c'était de peur de désordre et nullement pour leur faire du mal.

Ces belles paroles ne les apaisèrent point,, et quand, à la nuit tombante, la cavalerie eut commencé sa promenade, bien loin de demeurer tranquilles dans leurs maisons, les voilà qui descendent dans les rues, formant des groupes çà et là , et se laissant aller à des soupçons si ombrageux , à de si vives appréhensions , qu'ils prennent la résolution de se bien défendre , et , puisqu'il n'avaient plus d'armes , de mettre le feu à celles de leurs maisons qui touchaient aux logis des catholiques. Étonné de résolutions si furieuses , le duc de Longueville fit cesser la ronde ; mais le lendemain , trouvant que les esprits étaient plus calmes , et pensant qu'au grand jour leur petit nombre les rendrait moins entreprenants , il fit publier la déclaration que le roi rendit plus tard \ Niort , déclaration qui enjoignait à tous ceux qui professaient la religion prétendue réformée et qui avaient atteint l'âge de quinze ans de comparoir au greffe de leur bailliage, et d'y déclarer, jurer et signer qu'ils désavouaient tout ce qui s'était passé, fait , traité et conclu en l'assemblée de La Rochelle , ou ailleurs , par les ministres révoltés.

Selon l'espoir de M. de Longueville , le plus grand nombre se soumirent et vinrent signer, quoique bien à regret ; mais tout ce qui restait de vrais zélés , et à leur tête les deux ministres , préférèrent quitter. la place : trois ou quatre chaloupes qui les attendaient le long de la côte les passèrent une belle nuit à l'ancien asile des réfugiés dieppois. On pense combien leur fuite rendit l'église de plus en plus faible et chancelante : les anciens tâchèrent bien de su|)pléer par des lectures à l'absence des pasteurs ; mais , du moment qu'il n'y avait plus de ministres on pouvait, aux

termes de Tédit , faire fermer le temple et les contraindre de baptiser leurs enfants et de célébrer leurs mariages dans les églises catholiques. Pour prévenir une telle disgrâce, leurs frères de Paris leur envoyèrent un pasteur; plusieurs autres vinrent ensuite : toutefois , comme la guerre avait éclaté oon-seulement du côté de La Rochelle, mais dans le Languedoc , l'édit se trouvant suspendu de fait , on ne continua les exercices qu'avec précaution et mystère. On dit même qu'à la nouvelle d'un avantage que les huguenots du Languedoc avaient obtenu devant Montpellier sur les troupes du roi , les catholiques de Dieppe avaient résolu par vengeance de courir sus à tous les réformés de la ville et d'en faire une petite Saint-Barthélémy. Mais un lieutenant de l\L de Longueville découvrit le complot , et protection fut accordée aux protestants. Peu de temps après, la paix conclue devant Monlpelllier ( le 22 octobre 1625) vint dissiper leurs alarmes et remettre l'édit en vigueur.

Quand la guerre se ralluma quelques années plus tard» on ne les troubla pas dans l'exercice de leur culte , mais ils furent en butte à toutes sortes de vexations , à une entre autres qui leur était ruineuse. Les Kocheilois rôdant sur la côte et menaçant sans cesse d'une descente , il fallait nuit et jour établir un cordon très serré de sentinelles sur les remparts et le long du rivage : cela rendait le service de la garde bourgeoise très- fatigant. Or, les protestants n'étant plus admis à en faire partie , on s'avisa de leur en faire supporter la charge d'une autre façon : pour cela on les taxa à un certain nombre de nuits de garde par semaine , et pour chaque nuit ils devaient donner huit ou dix sous , plus ou moins, selon qu'il plaisait aux échevins et au gouverneur. En vain les pauvres diables offraient de monter la garde pour ne pas payer, on leur répondait qu'ils étaient gens à s'entendre avec les Ilochellois, tandis que, leur argent étant bon catholique , il n'y avait pas à s'en||déûer.

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