XXVI
Ce que devient le parti protestant après la prise de La Rochelle. — Progrès du catholicisme à Dieppe. — Décadence da parti religionnaire.
Enfin la prise de La Rochelle * vint enleTer tout prétexte k ces mesquines persécutions. De ce jour, comme on sait, il n'y eut plus dans le royaume on seul huguenot qni pr!t les armes pour soutenir sa croyance : ceux de Dieppe , qui depuis long-temps n'étaient ni de force ni d'humeur à guerroyer, devinrent plus pacifiques que jii* mais. L'édit de Nantes leurrestaitcomme sauvegarde; mais il avait déjh subi tant de commentaires, de rec^fication^ et de retranchements , que pour conserver ce qu-il en restait , la prudence leur commandait de se tenir pour contents, de ne pas donner signe de vie , et de se con* damner h une existence monotone et muette. Aussi les volt- on dès lors disparaître de Thistoire. Les chroniques qui nous servent de guides ne daignent plus faire mention d*enx , si ce n'est pour dire de loin en loin qu'on leur fait défense de tenir telle ou telle école qu'ils voulaient fonder ; qu'on les condamne à payer tel ou tel impôt, voire mênie, comme en 1629^, à contribuer à l'érection des églises catholiques.
* Le l*»* novembre 1628.
>L'an 1620, les paroissiens de Saiat-Remy prirent la faptatsie d'agrandir leur église ; è cet effet, il fut décidé qu'on lèverait 18 ç|eniers par livre ^u loyer de chaque maison de la paroisse , pendant neuf années. Les religionnaires refusèrent d'y contribuer : la justice d'Arqués les y condamna; et sur l'appel le Parlement confirma l'arrêt , si ce n^est pourtant qu'il ordonna que leurs meubles qui avaient été saisis leur seraient rendus , pour ne pas trop enfreindre redit de liantes, qui les affranchissait de pontri|)iier aux bâtiments des églises.
Alais en revanche ces cbrqnjque^ nou9 ^pprenoeqf joqr par jour les nouveaux pas que fait le catholicisme, et ayeç quels constants progrès il parvient h reconquérir pre^u^ toute la population. D'année en année les (ondatioqs catholiques se succèdent : ce sont d*abord des pères capucips qui viennent s'établir au Follet ' , puis des pères de TOra^ toire qui fondent un collège dans la ville^ puis des canner déchaussés', puis enfin des pères minimes ^ (.^s jésiiifes viennent aussi travailler ^ la vigne du Seigneur et 9e fonder une bQune maison^; enfin, depuis les religieuses de |a
1 £d TanDée 1613 les pères capucins obtinrent un établissement an PpU^t, et le ô juin 4I9 [prirent à cet eff§t possession d'un terrain que leur acheta une dame pjeuse. Ils éUifièreqt une petite cbapelle, et eurent tant de charités et d*aumônes qu'au mois àe décembre ils se trouvèrent en état d'augmenter leurs possessions par un achat de terrain de la valeur de 6,000 llyres. En 1630 leur couvent fut encore considérablement agrandi.
^ Voyez ci-dessus, page 145. Quatre ans atant la fooflation du coUégp, M. le cardjnal de JoyeusQ, arch^y^tfuç 4^ i^qupn , avt^lt établi et fondé de ses bienfaits à Dieppe la congrégation des pères de roratoire. Ils célébrèrent leur première messe le 3| octobre 16^.
' Le 28 juillet 1631 on tint assemblée de ville pour receyolr di^ps Dieppe les révérends pères carmes déchaussés , et les laisser s'y établir, pes religieux prirent d'abord une maison à louage ; puis, la trouvant incommode , ils en achetèrent une autre qu'jls inaugurèrent le 34 déçepabre. Ils se bâtirent ensuite une église et deux chapelles qui pe turent terminées q^*en 1675.
^ C'est à tort que npus plaçop^ les pères ipinimes h l^ fin de cette liste, car ils vinrent les premiers à Dieppe. Nous en avons vu prêcher quelques-ups dès 1576, quand la rétt^rme éfait encore puissante ; et depuis cette époque ils ne quittèrent pi^s la ville. Mais ce fut vers le milieu du dix-septième siècle qu'ils construisirent leur église, et que leur ordre prit à Dieppe une grande importance.
^ n £n ce temps-là (1618), dit la clironiqiie catl)oiii|ue, il yint à Dieppe «les révérends père-s jésuites par forme de m ssion et pour fiire leur résidence ; à quoi quelques principaux lia|)itants s'opposèrent foftemeut. i^Uts , comme la peste moissonuajt le peupli;, deux de leurs pères s'exposèrent au péril , et secoururopt les pcs-
Visitation de Sainte-Marie S jusqu'aux carmélites*, ursulines ' et autres , il n'y eut presque pas une congrégation ou communauté de filles qui, dans. le courant du dixseptième siècle , ne vînt s'établir à Dieppe. Ce vit^il arbre catholique , que dans le siècle précédent les auditeurs de Yénable et du sieur de Saint-Paul avaient émondé si près du tronc , reverdissait alors , et poussait des rameaux plus vigoureux qu'une plante encore jeune et vierge. De même qu'en 1560 on s'arrachait les petits livres^ et que pour un Marot on donnait 20 pistoles , de même alors on payait au poids de l'or un débris de reliques , un fragment de choses saintes échappé aux dévastations huguenotes. C'était à qui ferait des offrandes aux paroisses , à qui réparerait les églises et rendrait aux autels leur ancienne splendeur ; chaque jour de nouvelles processions , des cérémonies plus magnifiques et suivies d'un concours plus nombreux. En Tannée 1656, nous voyons que la translation des corps de saint Victor et de sainte Pauline, accordée par le pape aux pères minimes de Dieppe , fut célébrée
tirérés avec tant de courage que cette charité leur gagna les cœurs et leva toutes les difYicultés formées contre leur établissement. » Ils édifièrent leur chapelle en 1615.
L'ancienne maison des jésuites est comprise dans les construclions actuelles de THÔtel-de-Ville. On n'en voit plus aucune trace.
1 Au mois d'avril 1641, les religieuses de la Yisitation de Sainte- Marie s'établirent à Dieppe, une dame leur ayant donné 1,000 livres de rente pour leur fondation. Elles furent d'abord logées en ville ; mais, en 1643, elles s'installèrent au Pollet, et s'y construisirent un couvent.
* An mois d'août 1615, madame de VielRouen , sœur de M. le premier président Scvin, fonda de ses deniers un monastère de carmélites. La maison ayant été achetée, les sœurs en vinrent prendre possession vers la fin de l'année.
3 Le l^r février 1616 , mademoiselle Marie Desmarais donna la somme de 2,800 livres pour faire l'acquisition d'une maison sise près du rempart du midi pour y loger des religieuses ursulines. CeUes-ci vinrent à Dieppe au mois de septembre. En 1669 elles agrandirent beaucoup leur couvent.
avec une incroyable magnificence. Et chaque année c'était des solennités de cette sorte , tantôt des translations de reliques, tantôt des canonisations de saints.
A côté de celte résurrection , de cette marche triomphale du catholicisme , on voyait dans les rues de Dieppe, sans cesse tapissées , jonchées de fleurs et parfumées d'encens, le protestantisme moribond, timide, taciturne, s'effacer pour n'être pas vu. Quel contraste ! Un siècle auparavant , ces processions tremblaient à son approche et se dispersaient devant un de ses regards !