‹ Histoire de DieppeChapitre 26 sur 99 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

Révocation de Tédit de Nantes.

Cinquante ans environ s'étaient écoulés depuis la prise de La Rochelle , depuis que les protestants n'étaient plus ni inquiétants ni inquiétés, lorsque, sous un misérable prétexte , les ministres de Dieppe et leur petit troupeau virent éclater contre eux une furieuse persécution. C'était l'orage précurseur du tremblement de terre !

Le 28 juin 1685 , sentence fut rendue contre les ministres et anciens de la religion prétendue réformée de Dieppe, les déclarant atteints et convaincus d'avoir parmi e/ax des relaps , les condamnant en /lOO livres d'amende envers le roi , et ordonnant que les ministres s'éloignassent de vingt lieues de la ville , et qu'au préalable le temple fût démoli.

Sur l'appel de cette sentence , porté devant le Parlement , il fut ordonné aux ministres, sans préjudice et par provision , de s'éloigner de trois lieues , sauf à laisser le temple debout jusqu'à ce que Sa Majesté en eût autrement ordonné.

Or, on commençait à savoir que Sa Majesté en ordonnerait autrement.

Au mois de septembre, Louis XIV révoqua i'édit de

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Nantes ou plutôt les lambeaux 4p cet édj^ qqi snbsi^taieni: eocore. L'édit de réYOcatiop portait iqjoai&MQO aux o^inisr très de sortir du royaume » et défense aux autres rejigiofiuaires de s'en évader, soq^ peiu^ de çoufiçcatioa de l^urs bieus. Deux compagnies de cuira^iers e^^rérent .à û|pppp pour mettre à exécutiop Téiiit rpyfil , c>9t-fi-dire pour chasser les ministres et retenir les bourg^pi^ *.

* Voici , sur l^s $pit^8 de U rféyocation de l*édit de Nantes à Dieppe, quelques détails écrits par un catholique, qui me semblent valoir la peine d'être cités. Je les extrais de ce manuscrit , intitulé Remarques sur la ville de Dieppe, qui provient de la bibliothèque dn roi, et dont j*ai parlé pluf (laiit, p. 59, note.

« Le roi continuant toujours à travailler , avec son application ordinaire, à parvenir aux moyens les pli|s dou^ pour détruire entièrement la religion prétendue réformée, et réduire tous ses sujets à 1^ catholique rorpaine , il jugea que de droit divin et linmain il pouvqit entièrement supprimer les édits concernant les privilèges que les prétendus réformés avoient arracliés , Tépée à la main et de vive force , des feux roys ses prédécesseurs. C'est pourquoy n'ayant plus de guerre étrangère à soutenir, et estant hpnoré pn craint ^e toutes le§ puissances du mpn^le , il crnt , ^t avep justice, qu'il pou voit casspjT et apéantjp ce fameux édit de IS'antes. .

M En eflet, au mojs de septembre 1685 , il révoqua ce fangeux édit , et donna une autre déclaration par laquelle il augmentolt la pension d'un tiers aux ministres qui voudroient se convertir , on au contraire il leur ordonnoit de sortir du royaume avec leur famille , et deff«nce aux autres sujets d'en sortir, sons peine de ga|lères et oonfiscatioq de leurs biens, pi de s'assembler ou faire qpelqqe exercice d^ la dit^ religion prétendue félo^'p^ée à rayenir; qu'ils feroient abjuration d'icelle et qu'ils ipoient à 1^ messe avec les anciens catholiques.

» Mais, comme ils ne se mettoient pas bien en peine d*obéir aux ordres de Sa Majesté , il fallut les intimider et chastier uw l^nr bourse , en leur envoyant fies cpirassiers ou 4ragpns à yivr^ pbfîz eux ^ discrétion, et se fajre traitef ep enfai|ts de |) mpe m^i^on.

» Ces cuirassiers ou missionnaires bottez arrivèrent à Dieppe quelques jours avant la feste^de tous les Saints, au nombre de huit compagnies, qui y furent toutes environ quinze jours, pendant lesquels les plus riches parurent assez constants ; mais les moins accommodez furent en* foule faire abjuration de l'hérésie (au cas qu'ils

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Chaque bourgems réligionnaire dut recevoir danH sa maison deux cuirassier^ chargés de Tépier, de le garder à vue.

En mètste temps, M. le marquis de Benvroo, lieutenant-

y rasient, disoteot'ilâ) entre les matos de rarclte¥e0que, ou des ou* fez des paroisses et autres prestres et religieux,

it Qiiel<|ues*uits des plus riches^ s*étant enanyez d'avoir en grand Bbnabre des botes ai joyeux et de bon appétit^ prirent enfin le pai ty de faire eemme les autres. J'ay dit joyeux» car ils les fiiisoièntdancèr avec la bande de violons en buvant de bons vins clairet et d'Espagne. Les premiers de ceux-U furent le sieur Chauvel , dit l'Avocat, Gabriel Bauldry, Bicbard de Caux, Jacob Asselin, et plu* sietfrs autres qui les imitèrent et allèrent» comme eux, signer leur abjuration.

» Celuy qai parut de tous le plus opiniâtre , fut un nommé le Monnier^ bon marchand drappier, qu'on fut obligé de mettre prisonnier au obasteau , ayant demeuré long-femps fort constant. Ses enfants, ayant esté transférez hors la ville, ont enfin fait abjuration; mais, à dire le vray, leur conversion n'est guères sincère , comme ou le reeonnott fort bien par leurs disepurs familiers et par leurs actions; 11 est vray anssy de dire que relUgio suadelur non imperaéur,

M Cela est si vray que, ni le dégast et le désordre que causèrent les euirassiers chez les religionnaires les plus riches , ni les peines et les tourments qu'ils firent souffrir aux autres qui estoient moins accommodez, ne furent pas capables de faire une conversion véritable et sincère.

» Ceui de ces cuirassiers qui estoient logez chez quelque reli* gionnaire riche et bien accommodé, se contentoient souvent de faire bonne chère, de fracasser des meubles , faire du dégast dans la maison , et diminuer tant qu'ils pouvoient la bourse de leur li6te poor remplir la leur; mais, lorsqu'ils se trouvoient logez chez quelque huguenot moins accommodé que les autres, et où il n'y avoit pas de quoy faire bonne clière ni d'argent à attraper, pour lurs te zèle les emportoit , et faisoient toutes sortes de duretez a leurs malheureux hôtes, et souffrir toutes sortes de tourments, non pas tant pour les obliger de se convertir que pour leur faire dire où ils mettoient leur argent.

» Il y eut deux de ces cuirassiers entr'autres qui, ayant esté logez dans la Grande rue près les Carmes , chez un marchand de

général de la Haute-NormaDdie, faisait redoubler le guet et la garde sur toute la côte pour s'opposer à Tévasion des huguenots.

En dépit de tant de précautions , tout ce qu'il y avait à

toille nommé Despommades , après TaToir bien tourmenté en plusieurs manières différentes, et n'en ayant pu tirer autant d'argent qu'ils en espéroient, ils s'avisèrent de luy arracher les poils de la barbe et luy mettre des bougies allumées dans les narrines pour le faire convertir. Ils prirent ensuite la femme du dit Despommades, à qui ils brusloient la plante des pieds pour l'obliger de baiser le crucifix qu'ils luy présentoient ; ce qu'ayant réitéré plusieurs fois, la bonne huguenotte leur dit ( en parlant du crucifix qu'on luy faisoit baiser si souvent) : Vraiment il serabiau , car il est bien léqué,

» D'autres de ces missionnaires bottez prenoient les licts , matelats et belles couvrepoinles de leurs hôtes , puis les étendoient sous les pieds de leurs chevaux pour leur servir de lictière.

» Tout cela , bien loin de les faire changer sincèrement de reli« gion, ne servit qu'à les faire i-ésoudre de sortir du royaume contre les ordres du roy, et de passer en Hollande ou en Angleterre. En effet, malgré les sévères menaces et la garde exacte que l'on faisoit sur les costes et passages, il y en avolt toujours bon nombre qui risquoient l'évasion avec ce qu'ils pouvoient emporter ^ desquels on voioit revenir souvent des charrettes pleines qu'on avolt rattrappez et qu'on mit en piison jusqu'à ce que Sa Majesté en eût ordonné; et nonobstant cela, ils ne laissèrent pas de continuer toujours à s'enfuir.

» Une bande des plus considérables fut celle de la famille de Jean de Caux, Thomas de Caux, des sieurs Neel fils , et quelques autres, qui , au commencement de mars 1686 , s'embarquèrent de nuit dans la barque de Michel Gosse, appartenant audit Thomas de Caux. Le dit Gosse, ayant pris un congé pour aller à la chasse du poisson aux côtes d'Angleterre, jetta l'anchre étant à la petite rade pour attendre la nuit , et dit à quatre ou cinq de ses gens anciens catholiques qu'il attendoit quelques bannettes de chapeaux et autre marchandise qu'on vouloit embarquer à Pour ville pour frauder les droits de sortie, et qu'il y avoit bon lot à gagner ; ce qui fit ouvrir les oreilles à ces grossiers animaux ; et aussitôt consentirent d'échouer avec la marée, le vent leur étant sud-snd-est fort favorable à renflouer leur barque. Etant donc échouez au signal qu'on leur

Dieppe de protestants tant soit peu riches , bien nés , industrieux , se trouva , au bout de quelques années , transporté sur le soi anglais.

Quelques-uns eurent le malheur de tomber dans les

avoit fait, aussitôt parurent lesdits (^e Caux et autres , tant grands que petits , de Tun et de l'autre sexe, au nombre de dix huit ou Tingt personnes. Alors ces ctnq matelots, anciens catholiques , se Toyant ainsi joués, voulurent, à ce qu'ils ont dit à la Rye. se jetter à IVau pour se sauver et en venir dom^er avis; mais ils en furent de force empeschez par les autres, qui estoieiit de concert avec ledit Gosse et de Caux , et fureut liez au fond de la barque pendant l'embarquement desdits susnommez, lequel estant fait avec la diligence possible, oainle d'estre surpris, ensuite de quoy ils mirent voile haut, et le cap vers la coste d'Angleterre , où ils arrivèrent à la Rye en peu de temps, n'ayant eu aucune traverse ni rencontre mauvai^ie à leur évasion, ce qui fut bi»'ntost divulgué par la ville, tant par ceux qui prétendoient à leur succession , que par d'autres dénonciateurs dans l'espérance d'y avoir patt conformément à la déclaration du roi.

» Queli|ues autres pensoient en fa're de mesme dans la barque d'un nommé Desauiioys de Caen, qui, passant par Dieppe, y avuit chargé quelques marchandises di^clarées ; mais, depuis l'embarque^ ment d'icelles , on s'aperceut , je ne sçais comment , que ledit De* saunoys ou ^es gens avoient adroitement embarqué quantité de petits paquets qu'ils n'avoient point déclaiez; ce qui donna occasion à un oflicier de la lomaine d'y aller visiter, ainsi qu'à ceux de l'amirauté , le.squels tn)u\èrent lesdits paquets cachez les uns sous du tabac, les autres fourrez dans lesdits ballots acquittez, et en d'autres endroits dudit vaisseau , qui furent tous conduits à la romaine pour en faire l'inventait e et en poursuivre ensuite la confiscation par devant le jogt^^ «tes tra tes, qu'il accorda avec l'amende et confiscation de ladite barque, dont la vente fut sursise.

» Dans ce mesme temps , monseigneur , coadjuteur de l'ar*

chevesque de Rouen, arriva icy le I6« dulit mois de mars, accompagné de six prestres de l'Oratoire, fort habiles gens, pour rétablir une mission, afin de tascher d'amener les nouveaux convertis à la fréquentation de l'église et à bien user des sacrements.

» Pour revenir aux nouveaux endurcis plutost que convertis, ils ont presque tous oublié le chemin des églises qu'ils avoient com-

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mains des cviirassiera et des dragons lancés à leur popr- §uite : ils y trQnvèrent la mqri, ou firent jetés d^ns les cachots.

Pendant ce tf mps , M. de Méd?ry , archevêque de Ranen, s'était rendu à Dieppe pour exhorter les consciences et recevoir les abjurations,

£nfin le teu^ple, b^U en yertu de Tédit de Nantes , et qqi ne comptait pas encore quatre-vingts ans , fut démoli et rasé. Les matériaux furent donnés, un tiers à TégUse Saint-Reray, un tiers aux religieuses de T Hôtel-Dieu , un tiers à rhôpital.

Ici doit se terminer Thistoiredu protestantisme j^ Dieppe ; il ne survécut pas à ce désastre. Ce n'est pas qu'il ne refttât encore dans la ville quelques fidèles trop bons croyants pour porter lâchement leur abjuration à Tarche- Têque et trop pauvres pour trouver un batelier qui s'exposât à les passer à Douvres , mais le protestantisme n'en

wencé de teqir, voyant qu*pn pe les a p§s poussez plus vivement, (ascbaut (|e s'évader toqjqurs du mieu)( qu'ils peuvent, ce qui ^' (j>|))igé de faire fPQqter la garde par les cptpmunes dp pays, le long des costes de I^ mer, pour ep empescher l'évasion , çg q\\\ incom- |i)0(i|e fort |es pauvres paysans, eàUnts obligez de venir, pour cet effet, de trojs op quatre liepes loiq dans |es (erres pour monter |a garde. On a ordonné aqssy de^ barques arn^éçs pour le noesnoe sujet.

» Mais toutes ces pboses se trpMvants inutiles pour empescher l'évasion des reljgionpaires , parce qu'ils corrompoieut par argent cepx qui dévoient les en empesclier , on fit cesser cette garde si onéreuse au pauvre peuple. Ceux des religionnafres qui sont restez ont trouvé le pioyen de s'évader pour passer en Angleterre qu en Hollande, ep donnant cautioQ de leur retqur, dont plusieurs ne se sont pas soMpiez , popr y fenouvcller leurs vœux devant leurs ministres, et protester que ce qu'ils ^voient fait «voit été forcé; qu'ils moprroiept à l'avepir CQpstamn^ent pour leur religion, et qu'ils venoient concerter avec eui de qpelle manière ils se comporteroient parmy nous, qui n'avions aucun soin de notre salut, étants une fuis assurez par notre curez que i^ops serions sauvez; c'es( ce qpe qi'a osé dire un de leqrs présonnptueDx politiques, v

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était |)as hairtlils moft et éteint à Ote[}pë. Pendant tout lé dix-huitièrtie siècle , il ne fit t)as la Itioihdre tfentâiivfe pour sortir de ses i-uihes; et aujourd'hui, dans tiotl'e temps dé tolérance fet de liberté, c'est à péirte, comme noua le disions en coriitriençant , sMl coihptë (}uclquëâ familles qui lui soietit testées fidèles.

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