‹ Histoire de DieppeChapitre 27 sur 99 · CHAPITRE ÎII · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎII

BOMBARDEMENT ET DESTRUCTION DE DIEPPE; — SA RE- CONSTRUCTION. — SUITE i)E SON HISTOIRE JUSQU'A NOS JOURS.

bix ans ne s*étaient pas encore écoulés depuis la i*é vocation de Tédit, et là ville commençait à peine à sortit* de cet état de stupeur et d*àngbisse où l'avait jetée uiie perturbation si grande , lorsqu'elle fut frappée à tHort par une de ces catastrophes qiiî né se rencontrent heureusement qu'à de longs intervalles dans rbistôiré dés riatîoris. Ici , ce ne sont plus seulement des persécutiohs et des souffrances pour une portion de sfeâ habitants, c*ëst là ruine, la destruction de lu cité tout ëlilière : elle allait voit", comme Jéricho , crouler ses maisons et ses tours | elle allait encore une fois couvrit* de cendres et de débris ce sol d'où cinq siècles l'avaient si lentement fait retiaîtrê.

Ëbmb&i-âetnetlt.

Le 22 juitl 169& , le siêtir d'Âiibermenil , vetiant de iU siier, aveic le procureur du roi de l'amiratité» le corpsde-gai*de de Pottirvillis, dôht il était commandant , aperçut du haut de la tôte , vers le rtord , une flotte dont on ne

voyait que les huniers. Aussitôt il descendit de cheval pour braquer d'une main plus ferme sa lunette d'approche ; mais la distance était trop grande , il ne put reconnaître les voiles, et jugea seulement que c'étaient de gros vaisseaux qui mouillaient à l'extrémité de la rade. Reutrés en ville ils allèrent ensemble en donner avis à M. le matquis de Beuvron, lieutenant-général de la Haute- Normandie, qui se trouvait alors à Dieppe , et logeait dans la Grande-Rue , chez le sieur Gaulier.

Le marquis monta sur-le-champ au château : il voulait s'entendre avec le gouverneur, M. de Manneville, l'engager à presser les préparatifs d'une bonne défense , et donner Tordre de travailler nuit et jour à mettre en état l'armement du château et des batteries de côie.

L'inquiétude était grande dans tous les ports de la Manche depuis près de deux années. Pendant que nos armées de terre soutenaient encore avec honneur et constance le choc des Anglo-Hollandais, et remportaient sur nos frontières les sanglantes et cwiteuses victoires de Fleurus, de Steinkerque et de Nerwinde, notre marine commençait à déchoir de sa vieille renommée : Duquesne, cet illustre fils de Dieppe, avait cessé de vivre : Tourville venait de laisser disperser devant la Hogue , en Basse-Normandie, la belle flotte qui protégeait celle côte, déroute fatale , après laquelle nos quinze plus beaux vaisseaux s'étaient vus réduits à se faire échouer et à se brûler eux-mêmes en vue de Cherbourg. Depuis ce temps la flotte ennemie tenait la mer avec orgueil et en liberté , menaçant d'incendier nos ports et d'opérer une descente tantôt sur un point, tantôt sur un autre.

Toutefois, vers le milieu du mois de juin, on venait d'apprendre à Dieppe qu*elle avait été forcée de relâcher à Flymouih , par suite d'une attaque nianquée contre le fort du Camaret, et pour réparer quelques avaries survenues à ses vaisseaux. On ne s'attendait donc pas à la voir si promptement reparaître dans la rade. Le lendemain , au

PREMIEHe PARTIE. 161

point da jour, M. de Beuvron et les Dieppois se réveillèrent plus tranquilles. On n'apercevait plus rien à l'horizon , et douze forts vaisseaux danois et suédois, vaisseaux amis, chargés de blé pour Bordeaux, passaient en vue des jetées , les voiles gonflées par un bon vent de nord.

Était-ce là cette flotte découverte la veille par M. d'Auberroenil? Tout le monde le crut dans la ville. L'ennemi était encore à Plymouth ; on pouvait respirer. Âu bout de quelques jours, comme toujours il arrive , personne ne songeait plus au danger ; c'est à peine si l'on travaillait aux batteries.

Cependant, le 16 juillet, sur les cinq heures d'aprèsmidi, on vit entrer dans le port la Fatale, petite frégate du roi de 8 canons, traînant derrière elle un bâtiment de guerre anglais de 10 canons et de 70 hommes d'équipage qu'elle avait attaqué et pris quelques heures auparavant , à six lieues au large du Tréport.

Les quais éuient garnis de monde ; tous les visages rayonnaient de joie ; chacun se félicitait de ce beau fait d'armes , tandis que sur le vaisseau vainqueur toutes les physionomies semblaient sérieuses et préoccupées.

Le procureur du roi de l'amiranté , qui était dans la foule, ayant tendu la main au commandant de ia Volage, M. Baujeu , enseigne de vaisseau , pour l'aider à monter sur le quai , celui-ci se penchant à son oreille lui dit : « Je crois que vous allez avoir l'ennemi sur les bras. Cette frégate que j'ai prise était en vedette , et le gros de l'armée n'est pas loin. » L'autre lui répondit : « Allons de ce pas en informer M. le marquis. » £t ils se rendirent chez le marquis de Benvron.

Le capitaine du vaisseau anglais avait été blessé à la bouche d'un coup de feu qui l'empêchait de parler. Ses lieutenants se renfermèrent dans un silence obstiné. M. de Beuvron ne put obtenir le moindre renseignement.

Mais pendant qu'il procédait à cet interrogatoire, on commençait à apercevoir à l'horizon du nord huit ou dix

t6i HISTOIRE 0B Dlfi^PB.

gros points noirs carrés Qui annonçaient de fbrts navires ; ia nuit qui survint empêcha d'en découvrir davantage.

Le lendemain , ati point du jour, on reconnut que c'était Tescadre ennemie s'avançant à petites voiles , avec Vaissettu amiral portant pavillon bleu. Il était monté par lord 6ar* klay, commandant de Tescadre.

Du haut de la falaise du Follet , avec de bonneà lunettes, on apercevait, à côté des vaisseaux de haut-bord , des ga* liotes à bombarbes; on comptait les mortiers : évidemment il s'agissait d'ihcendier la ville.

L'art de lancer des bombes d'une assiette mbuvante avec autant de justesse que d'un terrain solide était une invention toute récente. Un Français , le jeune Renaud ^ en était l'adteur, et Duquesne en avait fait le premier essai sur Alger en 1681. Se serait-il jamais douté alors que douze ans plus tard , sous le règne de Louis , une ville française, sa ville natale, deviendrait fa son tour victime de cotte i[>elle mais funeste invention?

Cependant l'alarme était dans la ville : les femmes » les enfants, les servantes, travaillaient à vider les maisons. Il fallait voir les rues encombrées de meubles et de bardes ^ et chacun les charriant sur le dos dans les faubourgs» tandis que les hommes de tout rang, bourgeois et menu peuple, se reiidaient en armes à leurs postes, le long du rivage, derrière le chemin couvert.

Gomme on craignait un débarquement, les mesures étaient prises pour le repousser avec énergie. La noblesse du pays et à sa tête le marquis de Beuvron , accompagné du chevalier de Lorraine , envoyé par la cour, occupait les hauteurs ayant vue sur la mer. Le gouverneur, ses officiers et la garnison , composée de /iOO miliciens bretons et de douze compagnies bourgeoises, étaient postés en dehors de la ville sur le bord du rivage.

D'un autre côté , une compagnie de maçons , de couvreurs et de charpentiers fut spontanément organisée* £Ue devait redter en ville, parcourir sans relâche les rues et

PHËttlËIIB l^AUtife. 163

les places {^obliques afin d'éteiodi-e le feu dans chaque maison où éclaterait une bombe.

Un gros vent, qui dura trois jours et qui força la flotte à se tenir au large sur ses ancres , permit de prendre toutes ces dispositions. Mais le 21 1 le veut étant tombé , trois galiotes à bombes Vinrent se poster sous le château , et celle du Uiilieu , portant pavillon rouge an grand mât , fit partir une bombe qui s'en vint éclaUsr sur le sable près db parc aux huttres ^

C'était une sommation militaire adressée au château. Le château fit réponse par un si grand iëu de ses batteries basses , que les trois galidtes se retirèrent promptement hors de pbrtée et se rallièrent à l'ëscadre, qui resta encore tonte cette journée sur ses anct*es.

Mais le lendemain 22» vers huit heures dil mfttitt> te flot commençant à monter, on2e galiotes filèrent sur une ligne en travers de la petite rade dès Cordiers ou pé-* cheurs à la cotée ^ puis les vaisseaiix « les frégates et tous les autres navires se rangèrent majestueusement^ moitié à gauche, moitié à droite des galiotes, formant ainsi un imthense demi-cèrcle de trois lieUes environ » e'est-à-dire depuis la pointe d'Ailly ' jusqu'au delà du Camp de César, Cent vingt voiles composaient cette formidable flotte.

A nenf heures , un coup de caiion parti du vaisseau amiral donna le signal aux galiotes, et aussitôt un bouquet de bombes s'éleva dans l'air.

Les batteries des Dieppois ripostèrent. Elles n'étaient pas riches en mortiers; mais on y comptait» tant sur les deux hauteurs que le long do rivage, environ trénte-hUlt canons de 36 et de 2^ ; plus , quelques pièces plâcéèS à l'extrémité des jetées, et enfin toute l'artillerie du château. Le feu fut d'abord bien nourri et sembla jeter du

* Aujourd'hui l'étf^blissement des Baibs.

* Le cap où est maintenant construit le phare de Sainte-Mal'gtierite.

trouble dans Tescadre. Une galiote à bombe fut assez maltraitée pour être obligée de se retirer au large. Quelques navires furent démâtés ; enfin , jusqu'à midi , le feu du rivage ripostait non sans quelque avantage à celui des ennemis. Mais ceux-ci avaient quatre coups à tirer contre un : leurs boulets bien lancés sur les batteries les plus avancées, les seules qui fissent de l'effet , finirent par démonter quelques canons. Au même instant, des pièces trop vieilles ou chargées outre mesure crevèrent avec fracas ; cVn fut assez pour rendre la défense impossible.

Au bout de quelques heures la plupart des feux de la côte et même du château étaient éteints, et Tennemi pouvait s'avancer et se mettre à son aise pour achever son œuvre de destruction. Les bombes qui , depuis le matin , ne cessaient de pleuvoir, furent dès lors lancées avec une incroyable furie. La ville était bâtie en bois ; le feu prenait aux maisons comme à de Fétoupe. Dans le premier moment, quand il n*y en avait que quinze ou vingt qui fussent enflammées, on pouvait les secourir; mais bientôt les fontaines furent à sec , et ce n'était plus par maison, c'était par rues entières qu'on voyait éclater l'incendie ^

Groirait>on que pendant cette horrible journée, au milieu de ce bruit et de cet embrasement , une partie des miliciens auxquels était confié le soin de garder la ville et d'arrêter les progrès du feu s'amusèrent à piller les maisons et à boire le vin de ces pauvres bourgeois qui faisaient faction sur le rivage'? La plupart trouvèrent la

^ Ce qui rendait très-difficile de combattre l'incendie, c'est qu'anssit^t que l'ennemi voyait s'élever quelque part une colonne de fumée qui lui annonçait qu'une de ses bombes venait de réussir , il tirait sur'ce point comme à la cible, afin d'em|iéclier qu on n'arrêtât les progrès du feu; et en effet , au bout de quelques instants, la place ne devenait |>lus tenable.

* Une chose peut-être |>lus extraordinaire que la brutalité de ces ivrognes, c'est le bel esprit du gouyerneur, qui trouvait matière à rire et à faire rire la cour sur l'horrible spectacle qu'il avait sous les

iDort dans ces oi^ies. lies maisons prenaient feu, s^écronlaient et les enterraient dans les caves ^

Le bombardement dorait depuis douze heures lorsque la nuit survint sans pouvoir rendre le ciel obscur ; car les bombes, avi c leur pluie d'étincelles et ces tourbillons de flammes qui dévoraient la ville dans toute sa longueur, jetaient dans Taimosphère plus de clarté que le jour même. Cependant Tenncmi n'était pas encore content de son ouvrage et tenait en réserve un moyen de destruction plus affreux que Tincendie. Un gros vaisseau chargé d'artifices, de chaînes de fer et de projectiles de toute sorte , devait être dirigé vers la côte de manière à ce qu'il s'engageât à l'entrée du chenal. On comptait que son explosion renverserait de fond en comble les deux jetées et boucherait ainsi l'entrée du port , sans compter que tous les édifices de la ville, que le feu ne pouvait détruire, s'écrouleraient comme par l'effet d'un tremblement de terre'.

Aussitôt que la marée du soir se fit sentir, le vaisseau fut lancé ; mais comme personne n'osa monter à bord , il ne suivit pas exactement la route qu'on s'était promis. Un courant imprévu l'ayant fait dériver, il alla échouer à plus de cinquante pas de l'entrée du port, et le bonheur voulut

yeux. Voici ce qu'on lit dans un Mémoire du temps : « I! y eut des

» t)ombes lancées sur le château le cuisinier du comte de Man-

u neville eut si grand'peur d'être écrasé dans sa cuisine que, von* » lant s'en sauver, à cause, disoit-il , que la grande fumée qui en » sortoit par la cheminée servoit d<> visée aux bombardes pour tirer » dessus, il fallut l'y lier avec des cordes pour l'obliger à continuer V son devoir et à faire servir la table du gouverneur, qui en lit » bien avec sa compagnie', et en divertit la cour par ses lettres jour* » nalières sur l'attaque et la défense. »

Ml y a quelques années , un habitant de la rue de la Barre , faisant vider son puits, trouva au fond plusieurs têtes de morts et des pipes d'une forme très- ancienne. Ces têtes et ces pipes appartenaient peut'êtie aux miliciens bretons.

' Cette machine infernale avait été inventée par un Français nommé Fournier, protestant réfugié en Angleterre.

qu'en échouant 11 penchât du côté de la mer. C'en fut assez pour déjouer tous les calculs : l'explOBion eut lieu, mais sans faire beaucoup d'effet sur la ville ^

La détonation fut si épouvantable qu'on l'entendit ad Tréport, h sept lieues dé là^ et même, assure-t-on, jusqu'à Rouen. Au premier moment^ tout le monde crut qu'il ne restait pas pierre sur pierre dons le port ; mais bientôt on s'aperçut que l'ennemi avait manqué son coup»

Vers six heures du matin , le bombardement , qui avait continué pendant toute la nuit , fut suspendu quelques instants ; mais à la marée montante les bombes recommencèrent à pleuvoir. Le feu se ralentit vers midi ; enfin, dans la soirée on n'entendit plus tirer, et la nuit se passa dans un mornë silence. A la vérité les galiotes avaient fini leur tâche, il ne restait plus rien à incendier dans la ville.

Le gouverneur et M. de Beuvron, qbi ne pouvaient croire à ce plaisir féroce de faire le mal pour le mal et de réduire une ville en cendres pour se donner le spectacle d'un inbendie , s'imaginaient toujours que l'ennemi allait débarquer. Aussi, jusqu'au dernier moment, ils exigèrent que tout le monde restât sous les armeâ et à son poste.

Ili avaient fait fermer , par précaution , les portes de la ville pour que nul ne fût tenté d'y rentrer. Qu'on se figure pendant ces deux journées tous ces bourgeois cloués sur le rivage, condamnés à voir brûler leurs maisons sans pouvoir y porter secours, exposés aux coups de l'ennemi sans moyens de les lui rendre , car dès la fin du premier joui* presque toutes leurs batteries étaient hors de service.

Jamais , je crois, pareille désolation n'était tombée sur une cité. Dieppe n'était plus qu'un monceau de décombres

' Les maisons du Petit-Veoles et do MouliD-à-Vetit , quartiers voisins de la jetée, furent découvertes et eurent leurs fenêtres brisées. Une barre de fer de cinquante livres tomba dans le Pollet sur le couvent des Capucins. On trouva, sur les falaises et à un quart de lieue environ , dans Tintérieur, des morceaux de fer et autres corps d'une grande pesanteur.

PREHIÈRE P^IITIE. 167

e( de c^nixes çhaiJides 4'oû s*échappait çà et 1^ une épaisse fu(T)ée. Sur deux iqille sept eeqt vipgt-cii^q piai^ns dont se ponapqs^it ifi vi))e, J^\\\e huit cent cinquante-d^ux avajpn( ^té birulées qu con^plétenient détruites ^

Toutefois quelqpea édifices restaient encore debout : d'fibQrd les d^nx ^glisçs ; elles étaient baiies en pierres, et les cimetières qui les entouraient les avaient isolées et ga* raniies du feu des inaisons voisines. Cependant que de bonibes et de bon{ets durent frapper cette haute tour Saipt- Jacques I on ep voit encore les traces : là, ce sont de larges troqs dans ces élégantes dentelles, daps ces délicats réseaux de pierres; ici des aiguilles brisées, des clochetons oiutilés. Mais au dedîins les désastres étaient plus graves encore : la vonte du choeur ét^it défoncée , Tautel et les stalles avaient pris feu , et l'admirable plafond de la chapelle de la Vierge , chef-d*œnvre de la plus fine sculpture , était réduit en poussière. Heureusement le curé Qabriei Letellier était un homme de çcenr et tout dévoué k la conservation de ^on église Tapt que dura le bombardement il travailla de ses propres ms|ins à éteindre |e feu ; marchant à la tête de ses bedeani^, armé d*un long bâton garni d*épûpges, il i^*exposait ^ tous les dangers ^ Il faut citer aussi un gardien des Capucins, le père Fidel , vieillard plein de courage, qui contribua puissamment i la conservation de la tour dans laquelle , par trois fois , le feu avait éclaté'. Ce brave homme, au commencement de l'action, était allé sous le feu de Fennemi donner Tabsolution générale à tous les bourgeois et soldats combattant sur le ri-

* y. le mémoire de Vaaban , 1699.

' Un de ces bedeaqx fut taé à ses côtés d'qn éclat d'obus.

^ Lorsqu'on déblaya , dans ces dernières années , les voûtes de Saipt-Jacques pour entreprendre les travaux de restauration que Ton fait à cette église, on trouva des masses d'ardoises, de plomb et de clous , le tout fondu ensemble comme une espèce de lave. Ces scories provenaient évidemment de l'incendie des toits de réglise en 1614.

▼âge ; cérémonie toachaute, et qui inspira à cette population pieuse un redoublement de fermeté et de résignation.

Le clergé de Saint-Remy ût aussi bien des efforts pour préserver son église; mais elle fut encore plus endommagée que Saint- Jacques. Elle perdit ses cloches; le haut de la tour, le chœur, la sacristie et presque toute l'aile méridionale furent ruinés.

A côté des deux paroisses on voyait s'élever du milieu des décombres Thôtel-de-villp, dont le beffroi avait été renversé ; les couvents et les églises des minimes, des carmes, des jésuites, des carmélites, des ursulines. Tous ces édifices avaient hurriblenient souffert, mais ils se tenaient encore debout ; enfin , dans chacun des trois quartiers on retrouvait aussi quelques habitations sauvées comme par miracle, grâce à leur position retirée, à leur isolement, et aussi grâce au zèle et au dévouement du maître charpentier Dollque, de Féchevin IVlittautet de quelques matelots sous les ordres des sieurs Leber et La Gaillonière^ Ces habitations sont les seules maisons de bois qu'on voie encore à Dieppe. Par malheur elles n'ont rien de remarquable, tandis que toutes les belles maisons des quais et du LMouliu-à-Vent, le quartier des riches, et entre autres la superbe demeure ou plutôt le palais d'Ango, véritable merveille de la sculpture en bois, furent brûlés et consumés de fond en comble.

* Il est probable que si la police de la ville eût été confiée à seâ propres magistrats, et si raiiturité militaire n*eût pas accaparé le commandement , le désastre eût été moins complet. L'exemple de ces trois ou quatre citoyens qui parvinrent à préserver leurs maisons et celles de leur voisinage, prou\e que si le service eût été partout bien organisé on eût sauvé bon nombre d'habitations. Ce fut une faute d'empêcher les bourgeois de faire eux-mêmes la garde autour de leurs demeures : mieux valait mettre les miliciens sur le rivage pour s'opposer au débarquement, et les bourgeois dans la ville pour combattre le feu. Mais le rivage était le poste d'honneur, et le gouveraeur crut fane merveille en y envoyant les bourgeois.

•▼^5^-*' '-iJL , ^'-

PREIIIIEIIE PARTIE. 169

Page 1