‹ Histoire de DieppeChapitre 30 sur 99 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

et de remonter aux sources que m'indiquait M. Estancelin, bien convaincu.que ce n'était pas de contes populaires, mais d'une véritable et I)eile question historique qu'il s'agissait. Je me surpris alors disant avec mon vieil armateur : « Quel dommage que le bombardement ait anéanti les archives de l'amirauté ! »

Toutefois il n'est pas de naufrage qui ne laisse après lui quelques débris flottants : les preuves de ces anciennes expéditions , les vieux titres de gloire des Dieppois , ne doivent donc pas être tous et à jamais perdus. Déjà un hasard heureux, qui peut se renouveler, a jfait découvrir à M. I$stancelin le journal de voyage d'un des plus anciens navigateurs de Dieppe ; découverte qui confirme toutes les merveilles que la tradition racontait de ce navigateur. En effet, le nom de Jean Parmentier était célébré dans toutes les chroniques manuscrites ; on y disait ,- sans preuves, qu'il avait navigué dans les mers des Indes orientales concurremment avec les premiers vaisseaux portugais, et qu'il y avait , sinon devancé , du moins suivi de bien près Yasco de Gama. Le journal , dont le texte original a été retrouvé par M. Ëstancelin, est daté de 1529, et relaie la dernière expédition de Parmentier dans la mer des Indes , celle pendant laquelle il mourut. Or, comme la découverte de Gama est de 1497, et que dans ce journal on voit Parmentier naviguer sur ces mers dangereuses sans hésitation et en homme qui lésa déjà souvent parcourues, il devient plus que probable que les récits de la tradition sur son compte étaient vrais et fidèles.

De mon côté j'ai trouvé ou plutôt remarqué, car il ne s'agissait pas de le découvrir, un autre monument moins précis, moins positif dans son langage , mais qui n'en démontre pas avec moins de certitude et d'évidence combien , dès les premières années du seizième siècle, les relations des Dieppois avec les contrées les plus reculées étaient déjà fréquentes et anciennes, combien la connaissance des mœurs et des costumes de leurs habitants était

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chose populaire et familière à tous. Ce raohument est u& bas-relief sculpté dans l'iotérieur de réglise Saint-Jacques vers 1530 environ, et qui représente une série de personnages indiens, comirie on les nommait alors, c'est-àdire habitants de ces nouveaux mondes qui venaient de se révéler, soit à l*orient , soit à Toccident.

La découverte de IVL EsianceJin lui a donné occasion de faire une nouvelle publication beaucoup piuâ étendue que la première ^ Il i*a enrichie, non«-seu!ëment du journal de Parmeniier, mais d'une foule d'autres pièces et de documents , résultats de ses recherches ultérieures.

La lecture de cet intéressant ouvrage , qui résumait tout ce que j'avais lu ou entendu dire jusqtie-là , les faits nombreux qui m'ont été indiqués par M. Féret, pendant mon dernier séjour à Dieppe , les observations qu*a bien voulu me communiquer depuis mon retour une autre personne qui prépare un travail complet sur ce même sujet ^9 enfin le témoignage de monuments tels que le journal de Parmeniier et le bas-relief de l'église Saint- Jacques, tout a contribué à changer en conviction ce qui chez moi n'était encore que demi-croyance. Je ne me fais cependant ni le garant, ni le champion de toutes les prétentions des Dicppois ; mais il en est au moins trois ou quatre que je tiens pour bonnes et valables ; et , si les autres me semblent encore hypothétiques , ce n'est pas sans espoir d'en voir quelques-unes se justifier un jour,

i\]ais, maintenant, qui voudra partager ma conviction? Il est si difficile de faire accepter sur parole ce qui ressemble h un paradoxe! M'esi-il arrivé par hasard de dire ce que je pensais des découvertes des Dieppois , en ai-je parlé surtout à des hommes d'étude et de savoir, ils se

1 Recherches sur les voyages et découvertes des navigateurs normands^ suivies d observations sur la marine et les établissements coloniaux des Français ; par M. Eslancelin. Paris, t832, 1 vol. in-S*».

* M. le Tlromte Ernest de BlossevUle.

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sont récrié ou ont souri. Heureusement Je me souvenais en avoir fait autant sur la jetée de Dieppe, assis à côté de mon quaker voyageur.

Il faut donc ne se point contenter de simples affirmations , il fout exposer les preuves auxquelles je me suis rendu ; Je dirai également celles qui me semblent plus donteusesi , et enfin quelles causes ont contribué à envelopper d'un si profond et si long oubli ces glorieuses découvertes dont rhonneur, après tout, ne rejaillit pas seulement sur les Dieppois , mais sut* notre marine et sur la France elle-même.

Quatorzième siècle. — t^remiers voyages. — Établtsâements vût ta côte de Guinée. '

« La plus commune opinion a donné, Jusqu'à présent, tet avantage aut Portugois , d'avoir paru les premiers qui ayent découvert et habité ces costes^ mais c'est une Vieille erreur qui a pris sa naissance et son accroissement dads la longue possession qu'ils en ont eue , et le grand pouvoir qu'ils s'estoient donné parmi ces peuples. Cette gloire est due aux François, et surtout aut Dieppois, qui ont navigué plus de soixante ans avant que les Portugois en eussent eu la connoissance.

» Comme la France commettçoit à respirer, sous Charles y, des guerres et malheurs qu'elle avoit souffert soos le roy Jean, son père, les Dieppois, de tout temps adonnés au commerce, attirés par le profit qu'ils y trouvolent et la commodité de leur havre , se résolurent aux voyages de long cours , de passer les Canaries , et de costoyer T Afrique. Pour cet effet, ils équipèrent, au mois de novembre de l'année 1364, deux vaisseaux du port d'environ cent tonneaux chacun , qui firent voile vers les Canaries, et arrl- Yèrent vers Noël au cap Vert, et mouillèrent devant Rio-

Fresco , dans la baie qui conserve encore le nom de haie de France..,.

» Au sortir du cap Vert (quMIs nommèrent ainsi, comme j'ai dit, pour la verdure élernolie qui l'ombrage), ils coururent le sud-est et arrivèrent à Boutomiei ou Sierra-Leone^ ainsi que depuis Tout nommé les Portugois; de là ils passèrent devant le cap de Moulé, d'où les habitants de ces deux places, et de toutes les costes, furent étonnés, croyant que tous les hommes estoient noirs ; et enûn , ils s'arrestèrent à l'embouchure d'une petite rivière, près de Rio-Sestos, où est un village qu'ils nommèrent le Petit-Dieppe , à cause de la ressemblance du havre et du village , situés entre deux costeaux : là ils achevèrent de prendre leur charge de morphi ( ou d'ivoire) , et de ce poivre appelé maiaguette. Et l'année suivante, 1365, à l»fin demay, furent de retour à Dieppe , ayant fait des proGts qui ne se peuvent exprimer, n'ayant demeuré que six mois dans leur voyage.

» La quantité d'yvoire qu'ils apportèrent de ces costes donna cœur aux Dieppois d'y travailler, qui depuis ce temps ont si bien réussi qu'aujourd'hui ils se peuvent vanter d'estre les meilleurs tourneurs du monde, en fait d'yvoire

» Au mois de septembre suivant, les marchands de Rou^i s'associèrent avec ceux de Dieppe , et au lieu de deux vaisseaux en fu-ent partir quatre, desquels deux dévoient traiter depuis le cap y ert }usqu*SiU Petit'Dieppe, et les deux antres aller plus avant pour découvrir les costes.

» La chose ne fut pas exécutée ainsi qu'on l'avoit projetée ; car un de ces vaisseaux , qui dévoient passer plus outre, s'arresta au Grandes est re , sur ia coste dite Maiaguette, y trouvant une si grande quantité de ce poivre, qu'il crut devoir en charger, et qu'il ne pouvoit faire plus grand profit ailleurs. Il en prit sa charge , et l'autre passa plus outre. Le grand accueil et la douceur

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