DEUXIÈME PARTIE
avec laquelle les habitants de ce lieu les reçurent , joints à la rivière et à la richesse de ce poivre , firent qu'ils appelèrent ce lieu Paris, Les deux antres, cependant , faisoient leur charge sur ces costes , où ils avoient déjà esté, et, à trois semaines Tun de i*autre , retournèrent au bout de sept mois richement chargés de cuirs, d'y voire et de ce poivre, qu'ils portèrent ensuite chez les autres nations.
» \.e quatrième vaisseau passa la coste des Dents, et poussa jusqu'à celle de l'Or, d*où il en rapporta quelque peu , mais quantité d'yvoire. Comme ces peuples ne leur avoient pas fait si grand accueil que les autres , surtout ceux de la coste des Dents , qui sont très-méchans , les marchands , sur le rapport de leurs commis , se bornèrent au Petit-Dieppe et au Grand-Sestre ou Paris, où ils continuèrent d'y envoyer, les années suivantes, même une colonie , d*où vient qu'encore aujourd'hui le peu de lan* gage que l'on entend de ces peuples est françois^
» Le grand profit qui se trouva dans le débit de ce poivre donna envie aux estrangers de faire ces voyages et d'aller eux-mêmes choisir ce qu'ils acheptoient des Dieppois ; c'est pourquoi, environ l'an 1375, dix ans après que nous y estions , ils commencèrent d'y traiter; mais voyant que les François y avoient partout des loges , comme à Cap- Vert, Sierra 'Leone et Cap de Moule, \e Petit- Dieppe et au Grand-Sestre, et que les Mores les aimoient de sorte qu'ils ne pouvoient souffrir les autres, ils quittèrent le commerce , qu'ils reprirent par après , et depuis ont toujours continué.
» Gomme le profit commença à diminuer, par la grande quantité de marchandises que les François et les estrangers apportoient de ces costes , ceux de Dieppe et de Rouen
1 Ils n'appelleùt pas le poi?re iextos à la portugaise , ni grain à la hollandaise, mais malaguette; et lorsqu'un yaisseau aborde, s*îls en ont, après le salut ils crient : Malguette tout plein, tout plein ! tant à terre de malguette !qm est le peu de langage qu'ils ont retenu de nous. (Yillaut de Bellefond, p. 159*160.)
902 HlStOIliË Bë béefpë.
résolarent de renvoyer au même endroit , plus bfts , où seize ans auparavant le premier navire avoit trouvé de Tor.
» Pour cela , au commencement du règne de Charles VI, en Tan 1 380, ils équipèrent à Rouen un vaisseau du port d'environ cent cinquante tonneaux , appelé ta Nostre-- Dame dehon voyage, qui partit en septembre, quoiqu'il fu>t prest long- temps auparavant , mais parce qu'ils avoient déjà remarqué que les pluyes qui tombent sur ces costes auï mois de juin, juillet et aoûst, estoient très-dangereuses et causoient plusieurs maladies , dont il est mort beaucoup de monde dans leurs habitations.
>> Ce vaisseau arriva vers la fin de décembre à la rade des lieux Où seize ans auparavant ils avoient esté. Les habitants, qui avoient reconnu que dans les terres plus avancées ils recherchoient les marchandises qu'ils avoient achetées de nous, et que nous les traitions doucement « apportèrent quantité d'or ; et ce vaisseau , neuf mois après, retourna à Dieppe richement chargé : ce fut ce qui commença de faire fleurir te commerce à Rouen,
L'année suivante , ils envoyèrent jusqu'à trois vaisseaux , qui partirent de Dieppe le 28 Septembre, nommés ia Vierge y le Saint -Nicoias et l'Espérance. La Vierge s'arresta au premier lieu que l'on avoit découvert (qu'ils appelèrent ia Mine), pour la quantité d'or qui s'y apportoit des environs. Le Saint-Nicolas traita à Cap-Corse elMourés au-dessous de ia Mine; et i*Espérance alla jusques au Akara; ayant traité à Fantin^ Saùou et Cormentin , dix mois après ils retournèrent, et seurent si bien persuader les marchands , leur vantant le pays, la douceur des habitants, et la quantité d'or que l'on en pourroit tirer, qu'enfin ils résolurent de s'y établir et abandonner plustost tout le reste.
» En 1383 , ils y. envoyèrent trois vaisseaux , deux grands et un petit, qui devoit passer au-delà d' Akara pour découvrir le reste des costes : les deux grands estoient