‹ Histoire de DieppeChapitre 33 sur 99 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

établissements et des comptoirs, oui conservé long-temps VbsA)ituded*appe\er Petit-Dieppe, Petit-Paria, Grand- Sestre, haie de France, les lieux qu'ils avaient trouvés ainsi baptisés. Ces dénominations sont marquées sqr toutes les cartes qu'ils ont publiées dans le dix -septième siècle. Le fait est facile à vérifier, et pour ma part j*ai parcouru cinq ou six cartes de cette époque copiées sur des cartes étrangères, et j*ai trouvé qu'elles reproduisaient toutes ce nom de Petit-Dieppe, au milieu d'une foule d'autres noms à terminaisons portugaises ^

1364, sons le règne de Charles V. Ils imposèrent des noms françois aox endroits les plus considérables de la coste ; ceux de Petit- Dieppe , de Grand'Sestre dit Paris, et plusieurs autres , s'y sont conservés malgré les changements que les Portugois y ont voulu apporter lorsqu'ils se sont prévalus des guerres qui troublèrent la France et qui traversèrent le progrès de nostre commerce, de mesme façon que de nostre temps les HoUandois se sont prévalus des guerres d'Espagne et de Portugal pour chasser les Portugois de la plus grande partie des Indes.

i » Dans cette première traite de 1364 , les Dieppois emportèrent de Guinée une telle quantité de marfi ou y voire , c'est-à-dire des dents d'éléphant , que la plupart des artisans de leur ville s'appliquèrent h le mettre en œuvre : d où vient qu'il n'y a point de lien en Europe où les tourneurs travaillent mieux en yvoire. » ( Description de l'Univers, parAUain Manesson-Mallet. Paris, 1683; Thierry, 5 vol. in^S», t. 111, p. 146.)

Le même passage est reproduit dans l'ouvrage intitulé : Relation universelle de V Afrique ancienne et moderne , par le sieur de la Croix. Lyon, 1688. Amaulry, 4 vol. in-12, t. II, p. 493-94.

^ « A six lieues est de la rivière de Junco est un enfoncement considérable dans les terres, en manière d'une anse profonde qui sert d'embouchure à la rivière de Tabo. Il y a sur le bord oriental de la rivière un village qui a été autrefois bien plus considérable qu'il ne l'est aujourd'hui ; il est pourtant encore assez gros et fort peuplé : mais les habitants assurent que c'étoit tout autre chose quand les Normands étoient établis sur une petite isle fort agréable qui est dans le milieu de la rivière. Us y avoient un comptoir considérable par le nombre de ses édifices et par le commerce qu'ils y faisoient. Ils l'avoient appelé le Penr-DieppB. Quoiqu'il y ait plus

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Les étrangers ne pouvanl pas être soupçonnés de fabrt* quer des romans en noire honneur, je crois que leur témoignage est ici tout-puissant. Qu'on songe d'ailleurs que Tacte d*iissocia(ion entre les marchands de Dieppe et ceux de Rouen, pour envoyer quatre vaisseaux îKla Côte-d'Or, était une pièce authentique, officielle, déposée en septembre 1365 au greffe de l'amirauté ; que Tcxisteuce de cette pièce était chose publique : toutes les chroniques manuS'^

(Vun siècle que ce coiqptolr ne subsiste phis , les nègres du pais ont toujours conservé le nom de PetU-Qieppe à cette islc; et les Anglois, Hollandois et autres Européens qui trafiquent à la coste ont continué de nommer ce lieu le Petit-Dieppe, et le marquent ainsi sur leurs cartes. » ( Voyages du chevalier des Marehais en Quinëe, Ues voiiines, et Cayenne , en 1726 , 1720 , etc.; par le R. Père Labat. Paris, 1730, Saugraln.)

Au risque de trop multiplier les citations, je veux encore extraire de ce voyage le passage suivant relatif au fort de la Mine :

(1 L'établissement que les Européens ont à la Mine est absolument l'ouvrage des Normands, c'est-à-dire des Dieppols et de ceux de Roiien , qui firent une compagnie et une société de commerce (*H 1306. L<>s Dieppois avoient reconnu les côtes d'Afrique, depuis le cap Vert jusqu'à Rio-Sextos, sur la côte de Malaguette, dès l'année 1364. Us se bornèrent , pendant quatorze ou quinse ans , au commerce de l'ivoire, du poivre, de l'ambre gris, du cotlon et de quelques autres marchandises. Ce ne fut qu'en 1 380, sous le règne malheureux de Charles VI , qu'ils reconnurent la côte d'Or , au«delà du cap de Trois-Pointes, et que leur vaisseau, appelé la Notre- Dame-de-boThVoyage , étant rentré à Dieppe neuf mois après en ôtre parti, apporta, outre les marchandises ordinaires, une quantité d'or qui enrichit bien vite la compagnie, et qui l'encouragea à pousser plus vivement son commerce dans ce riche païs.

» Ils firent partir de Dieppe, en 1382, trois vaisseaux, dont Tui», appelle le Saint' Nicolas, s'arrêta au lieu qu'ils nommèrent la Mine d'or, à cause de la grande quantité de ce métail qu'ils y traitèrent, et dont ils rapportèrent une trôs-riche charge après dix mois de navigation.

» Ces heureux succès firent résoudre la compagnie à s'établir solidement sur cette côte, au lieu appelé la Mine, quand même ils seroient obligés pour cela d'abandonner tous les autres établissements qu'ils avoient au cap Vert, à Mouré, au Petit-Dieppe, au

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crites en font foi. Or , comme Villaut de Bellefond et les autres voyageurs que nous venons de citer écrivaient avant 16d/i, c*e8t-à*dirc avant l'incendie des archives de Fainiraaté , il y a lieu de croire que pour entrer dans des détails aussi particuliers , pour rapporter tant de faits circonstanciés , ils n'avaient pas seulement consulté les souvenirs et les traditions des habitants des côtes de Guinée, mais qu'ils avaient fait prendre à Dieppe , par quelques

Grand et Petit-Paris, et en d'autres endroits. Pour cet effet, ils firent partir de Dieppe trois vaisseaux en 1383, dont les deux plus prands étolent lestés des matériaux propres à bâiir une loge. Us mirent la main à l'œuvre dès qu'ils fureitt arrivés; et, pendant que les OflB s'appliquoient au commerce avec les naturels du pais, les autres, aidés (ar ces mêmes natareU, bâtiront la loge , où ils laisfèrent douze hommes a\ec des vivres et des marchandises de traite, et les instructions nécessaires pour connoltre te pais et augmenter le commerce qu'on avoit commencé d*y établir. Ces deux vaisseaux revinrent à Dieppe très-richement chargés , après un voyage de dix mois; le plus petit, qui avolt ordre de découvrir les côtes vers l'est, ayant été emporté par les courans , rtprit la route de Dieppe, et arriva trois mois avant les autres. On le fit partir à l'instant que les autres arrivèrent, et on le chargea de marchandises de traite et de tout ce qui étoit nécessaire pour ceux qui étoient demeurés à l'établissement de la Mine , qui s'augmenta si fort en moins de quatre années par les François qui s'y établirent , qu'on fut obHgé d'agrandir les bâtiments, de les enfermer d'une forte muraille avec des tcuirs et des batteries , et d'y bâtir une église qu'on voit encore aujourd'hui, au lieu de la petite cliapelie qu'on y avoit élevée dans le commencement.

>' Voilà l'époque véritable de la fondation du château de la Miue, qu'on ne peut avancer ni reculer qu'entie 1383 et t3»6.

» Cet heureux et riche commerce continua sur le même pied jasqu*en 1410 , que les guerres civiles commebcèrent à désoler la France pendant le règne de Charles Yi, et une [lartie de celui de Charles Vil , son successeur. »

On trouve également dans la coltection de Théodore de Bry, au voyage de Samuel Braim (Samuelis Brunonis civis et chirurgl Ba^illemis pnitissima navigalio)^ page 40, de nouvelles pi cuves que le fort de la Mine avait été primitivement bâti par les Français.

personnes de la ville , des notes et des renseignements qu'alors il était facile de se procurer.

Enfin, s*il était besoin d'une autorité plus imposante encore » ne suffirait-il pas de citer ce passage des lettres* patentes de 1668» dans lesquelles Louis XIV, accordant aux Dieppois un hôpital général, disait pour motiver cette faveur : « Il est de tout temps sorti de notre bonne » ville de Dieppe les plus expérimentés capitaines et pilop tes, et les plus habiles et hardis navigateurs de TËurope; » ceux de ce lieu-là ont fait les premières découvertes » des pays les plus éloignés. « Il est évident que si le roi n*eût voulu faire à la ville qu'un compliment banal , il se serait arrêté à la première phrase ; mais il a ajouté : Ceux de ce iieu-ià ont fait les premières découvertes des pays les plus éloignés, Colbert aurait-il laissé Louis XIV délivrer en termes aussi solennels un brevet aussi glorieux, s'il n'avait su que ceux de ce lieulà avaient des titres pour justifier leur droit à cet honneur?

Pour moi , il est peu de faits historiques qui me semblent mieux démontrés que la présence des Dieppois sur les côtes de Guinée vers 136/i. Assurément la Guinée n'est pas au bout du monde , elle n'est séparée de nos contrées que par dix-huit cents lieues environ , et pour l'aborder il n'y a pas à franchir l'éqoateur ; mais néanmoins, de toutes les belles navigations dont les Dieppois revendiquent la gloire, j'avoue que c'est à celle-ci que je donne la palme. Elle me semble , à cause de sa date, plus merveilleuse que l'entreprise de Colomb elle-même. Qu'on imagine ce qu'U fallait de témérité , de constance, d'exaltation , d'amour des hasards, de curiosité sublime, pour tenter à cette époque un semblable trajet ! Je sais bien que ces pécheurs étaient de sang normand, héritiers de ces hommes téméraires qui, s'abandonnant sur leurs mauvaises pirogues, avaient navigué depuis le pôle jusqu'à nos rives comme un troupeau d'oiseaux de mer; je sais bien

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que chez eux l'habitude de courir TOcéau s'élait perpétuée comme une tradition, comme un besoin de leur race, et depuis le onzième siècle les côtes d'Espagne, d'Italie, de Sicile, n'avaient cessé d'être visitées par eux; mais autre chose était naviguer en deçà des colonnes d'Hercule, autre chose se lancer, dans l'inconnu, sur ces mers réputées si terribles , au delà de ce cap de Nun , que l'imagination de tous les peuples européens peignait comme infranchissable, que les Portugais, de leur propre aveu , n'osèrent dépasser que quarante ans plus tard , et qu'en 1431 un navigateur vénitien nommait encore luoghi incogniti e spaventosi a tutti i marinari *.

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