DEUXIÈME PARTIE
samedi , 3* avril , furent halles nos ancres , mis les voiles hault, partismes de la rade de Dieppe, > la conduite d'un doux vent nord-est, qui nous poussa sérieusement jusqu'au travers de la Hougue (le cap de la Hogue).
» •... Ce samedi 10* jour d'avril, vers le soir, nous vismes le cap de Finis-terres, environ au sud-sud-est de nous, et courusmes au sud-sor-oue^it toute la nuit.
» Le dimanche, 11'' jour, eusmes bon vent de nord, courusmes au sud-sor-ouest; le soir nous courusmes au sud, vent derrière, allant bon train.
» .... Le jeudi, IS"* jour, fuf prinse la hauteur du so* leil, et estions à 32 degrés de la ligne.
» Le vendredi , vismes le cap de Nun et la terre dite Afrique...
» Le samedi, 17% au soleil couchant, nous vismes deux isles des Canaries, Fort-aventure etLancei, au ouest-nordouest de nous.
» .... Le samedi, 24*', courusmes au sud-sor-ouest tout le jour. Le soir, à la fin du premier quart , vismes Tislc Saint'Jacques du Cap-Fert, et eusmes calme plat toute la nuit *.
» .... Le 11* (de mai), au matin, furent faits chevaliers environ cinquante de nos gens, et eurent chacun TaccoN lée en passant sous Féquateur, et fut chantée la messe de Suive sancta Parens, à notes, pour la solennité du jour, et prinsmes un grand poisson nommé aihatore, et des bonites, dont fut fait caudière^ pour le souper, en so* lemnisant la feste de chevalerie.
' Les 25, 26 et 27 avril, ils restent en face de Ttle Saint Jacques pour y faire de Teau. Le chef des avanturears qu'on envoie h la côte est Jehan Saisy , dit le Peintre. Cet homme était prohabkment le dessinateur de l'expédition.
* Cette expression est encore en usage parmi les marins de Dieppe. Vous voyez sur le port des cabarets dont l'enseigne porte ces mots : Ici on fait chaudière. Cela veut dire : « Ici on fournit une chaudière et du feu à qui voudra venir y faire cuire son
» .... Le joudi 27% jour du Saînt-Sacreniciil , la mer Gstoit limpe et scfeioe, et faisoit un petit vent d*est et avions le cap an sn*su*e8t. Ce jour, le capitaine, le mais-tre et Tastrologue du Sctore nous vinrent voir et disnèrent avec nous, et furent faites plusieurs récréations joyeuses , en louant et remerciant Dieu du beau temps qu'il nous donnoit.
» .... Le mercredi 9* (de juin), le Saorc eut empeschôment à cause de sou mast qui esloit empiré par haut , et le fallut accourçir; pouf quoy nous ne portions pas grand'voile.
» .... Le 12*' juin, prins Torient, à 37 degrés et demi de la ligne en rantarctique, et petites voiles pour attendre le Sacre,,,,
» .... Lo mercredi, 23* juin, la hauteur fut prinse à midi à 39 degrés et un tiers. Le soir il fit calme, la minuit bon vent d'ouest, et par l'estime de mon point esfions au droit du cap de Bonne-Ëspérance.
» .... Le 2À% environ midi , le vent fut grand, y eut tourmente, et fismes petites voiles.
» .... Ce jeudi, 1" juillet, fit la plus grosse tourmente el gros vent que nous eussions encore eus depuis notre départ de Dieppe, et crois que le dieu Eottis, accompagné de Favorinus et à'Africus Liho, faisoit ou celébroit les nopces de lui et de Tbétis , fort délibéré de la faire bien danser; et plusieurs grands poissons, comme marsouins et chauderons, s'assembloient par grandes troupes et faisoient saules et parades, et mesmes notre nef, et nous tous dedans , dansions d'une haute sorte.
» .... Le samedi, 3% la hauteur fut prinse k midi, k 3^ degrés 5A minutes, le temps beau et calme, faisant Test** nord-est.
poisson. » Les matelots, an retour de la pOcUe, étant payés en nature, c'est-à-dire en poisson, entrent dans ces cabaret^, font cuire en commun les produits de leur pèche, et mangent à U gamelle.
BEUXIËME PARTIE. * d39
» .... Le 6» on ne fit pas grand chemin.
» Le mercredi encore moins. •
Le samedi 24, vers le soir, ils voient la mer trouble ^ CD jette la sonde, la terre est à six ou sept brasses, et bientôt Tîle Saint-Laurent (Madagascar) apparaît devant eux. Ils envoient à la reconnaissance les barques de leur» deux navires : les naturels s'enfuient d*abord à leur approche; puis les deux jours suivants ils semblent s*appri' volser, et font quelques échanges de fruits et de provisions contre des patenôtres, des bonnets et du bougran.
Mais le mercredi, les Oicppois enhardis s'engagent plus avant dans les terres : le contre-maître du Sacre , Jacques {'Écossais, et Fasse, matelots de la Pensée, plus deux ou trois autres qui les suivaient , se mettent au bois avec les Mores, comme ils les appellent, dans Tespoir qu'ils leur feront découvrir de l'or et de l'argent. Mais tout à coup Jacques pousse un grand cri , et l'on voit accourir le contre<maîlre et Fasse qui étaient suivis de seize ou dix-huit Mores, tenant dards en leurs mains.
« Ceux du batteao firent sonner la trompette , afin que ceux qui estoient allé faire emplir les barillet» d'eao se retirassent an batteau, lesquels ne surent sitdt venir qn'ils virent tuer le dit Fasse et le contre^mattre du Saere . nooHDé Briant , et poursuivirent le demenraitt jusqu'au bord de ia mer, tenant déjà la chemise du premier qu'il» avoient toé, toute ensanglantée, et eekiî qui la portoit, de dépit qu'il ne mt^ ratterndre les autres de nos gens^ jelta la chemise c^tre terre et piéta dessus; puis retoutffètent dépouiller les autres, et euf prtnrent chacun lemr pièce;. puis les vinrent laver au bord de la mer, et »'en allèrent vers le coslé dn sur (sud). No» batteaux revinrent hien tard , et cpMx^ les capitaines surent la chose* advenue, forent fort courroucé» et marris. «.. »
NéainTK>in& ils ne mettent pas à la voile , (f pour ce que aucuiM disoient ip'fl } anoit mine é'w'gent* »
» .... Le jeudi, 29% fut dit une messe et un dirige pour les trépassés, et au soir fut délibéré de retourner audit lieu , pour avoir de Teau et pour voir s*il y a mine d'argent ou d'or. Nos deux batteaux et les deux batteaux du Sacre , équipés de mariniers avec des futailles pour Teau, arrivèrent au point du jour à la terre, où il y a une belle descente, et de prime face, nous allasmes chercher les lieux où nos gens avoient esté tués, et trouvasmes Briant en terre, hors le bois, sur le sablon, enseveli en des feuilles de palmes et enfoui de mi-pied dans le sablon, et dessus avoient mis une grosse boise sèche et planté un roseau au bout de la fosse ; nous ostasmes un petit peu de sablon de dessus sa fosse pour voir lequel c'estoit, et vîsmes à son visage que c'estoit Briant , et y aperçusmes aucuns coups qu'il avoit à la poitrine et au visage , puis fut retourné , et entrasmes au bois pour chercher les autres, et assez avant dedans, nous trouvasmes Jacques {'Écossais tout nud, couché à dentz, ayant diverses plaies par tout le corps, fut retourné, et lui vismes la poitrine toute couverte de dardilles et puoit fort. Auprès du lieu où il estoit, nous lui fismes sa fosse et le mismes dedans, en retournant vers la rive : environ quinze espaces *de ce lieu , nous trouvasmes Fasse tout nud , couché à dentz et percé tout à travers par les reins, si qu'on lui voyoit les entrailles et plusieurs coups de dards aux fesses et au costé , et fut retourné, et les tripes lui sortoient du ventre, et avoit plusieurs coups de dards à la gorge; en ce lieu on lui fit sa fosse et fut enterré en priant Dieu qu'il lui plust avoir merci de leurs âmes : cela fait, nous nous retirasmes du cosié de la fontaine qui est du costé du nord, environ à cent vingt-cinq pas, y furent roulés nos vaisseaux qui furent légèrement emplis par la bonne diligence de nos gens avec le bon ordre qu'y mirent nos capitaines ; et à mesure qu'on les emplissoit, on les conduisoit aux batteaux, et pendant qu'étions là, fut regardé l'arène du bord de la mer qui sembloit toute argentée , et