‹ Histoire de DieppeChapitre 39 sur 99 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

fut conclu que c'estoit une mine d'argent, par ceux qui disoienl s'y çonnoistre; mais quand nos capitaines eurent bien considéré le cousl et le temps qu'il y faudroit mettre pour en avoir quantité , ils trouvèrent qu'il y auroit plus de perdre que de gagner, par quoi fut conclu de ne s'y plus arresler. Et cependant qu'estions à remplir nos vaisseaux, nous aperçusmes dans le bois, sur la montagne, quatre ou cinq nègres du pays et un More blanc, qui portoient chacun une dardille ou deux, ayant le fer long, plat et aigu, bien poli, qui, par signes, nous montroient le lieu où nos gens avoient été tués, et puis nous montroient signe de l'autre costé , mais nous n'avions nul qui le sust entendre, et aussi qu'ils n'entendoient point le portugois. Ils s'assemblèrent à la fin jusqu'au nombre de dix , et approchoient au long de la montagne, branlant leurs dardilles. L'on tira vers eux plusieurs coups d'arquebuse, mais jamais ne bougèrent de leur lieu, par quoi nous estimions qu'ils ne savoient ce que c'estoit d'artillerie, ainsi qu'après ils le montrèrent assez bien. Car sitost que nous retirasmes vers les batleaux , ils accoururent de toute leur puissance vers nous , pensant en trouver quelqu'un d'escarlé derrière. Mais nous estions déjà dans les batteaux quand ils arrivèrent au bord de la mer, s^offrant de jetter leurs dards jusques dans le petit battcau du Sacre^ qui estoit le plus près de terre ; et combien que tous les arquebusiers des batteaux tirassent vers eux , ils n'en faisoient compte, et si n'y en eut point de frappé. On tira un coup ou deux de passe- volant, mais point ne s'en effrayèrent. Toutes fois le Flamand du Sacre , en laschant un passe-volant, en frappa un par la cuisse qui s'accroupit tout en coup en un mousseau, et les autres, tous ébahis, vinrent voir que c'estoit , puis retournèrent vers nos gens pour jetter leurs dards; maison tira encore un passe- volant, dont ils eurent peur ; et l'un d'iceux print son compagnon blessé et le chargea sur ses épaules, puis prinrent la fuite vers le bois. Mais le Flamand du Sacre tira encore un coup après eux,

^43 H1AT9MB HB DIE.PVK.

doDt plusieurs de nos geos discMent avoir f u lr»ppèr par lé dos celui qai esloit navré et eelui qui le portoit. Tobtés fois il les vit cbotr ei non point relever) et les autres de la bande s'écarlèrént ; et, en noos en Retournant h bord des navires , vismes une bande de sauvages ^ui venoient par dessus le .«ablon du costé db sur. Nous retournés à bord , fut conclu entre nos capitainfis et matstres de quitter oc lieu au premier vent servant.

V Le samedi matin, derfiier jotir de juillet^ le vent vint au sur-sor-ouest, et fismes toile au ouesi- nord-ouest et passasRïes plusieurs bancs à quatre^ à cinq, h sii et à buit brasses d*eao. Ainâ à dix lieues de la terre fut f>rinse la hauteur et se trouva Ï9 degrés juste, selon la déclinaison des Portogois, et selon la déclinaison de M. Pierre Mattôiere, astrologue du Sacre, nous estimions à 25 degrés b^ minutes, et environ raidi vismes plusieurs limes venant» de quelque cosié , q6*0R estimoit Keatf de eommencemem, mais ce n'estoit qu'herbes et ordures^ et vers le nord environ sept on huit lietîes, on voycrtt de gralids brisans qu'on estimoil bancs on batures ,r et ^ o» voyoil de la bune une isle ou deux, et vers le soir nous en visufies septy et ancrasme» auprès de la %^ isle nommée , pafr nos eaprfafnés^ YAndouiiie^ \i causé qo'efie est longuette v gresle^ et y fut dit la grand'messe sans consacrer,- et passasmes- le demeurant de la journée à^ Tancre.

» Le Ittndi,- 2^ jour d'aoust, au mattin, noa» débala^mes et fut mis le cap au ooest-Ufor-ouest y au nor-ouest et aa ouest, et jusqu'à midit fut toujours envoyé le petit batteau devan^t à tout la sonde, et trouva^t>n encore plusieurs buncs et batures y jusques* environ ÛTk lieucfs de la 6"" isle y où nou9 avions ancré y et toutes ees isles furent nommées ies isies de Crainte,' k cause des craintes qu'elles nous do.inèFem, et chacune à part fut nomnïée d'un nom propre : la l""*, prochaine de terre ferme, fis te Mateure,* la 2», i'Enchaisnée^ la â% iaBogmiiofine; la U% LiniiiU; la &", i'isle Sain^Pierre^ la ¥^ l' AridouiUe^

BKUXIÈHE PARTIS. 243^

la 7*, i'jévMiturée, et l6 lieu où nos gens furent tués fut nommé le cap de Traison. Le soir fismes petite voile au ouest^nord-ouest.

» I^ mardi , h midi , il calmit , et la mer grosse et jarlense , et fut nommée la mer Sans Raison , et est il savoir que depuis que nous commençasmes à doubler le cap de Bonne-Espérance , les gens de nos navires commencèrent à devenir las , faillis et vains , ayant maladie de reins et aucuns aiguillons de fièvre; autres avoient mal de jambes , qui se faisoit comme par taches meurtrières de gros sang, et aucuns avoient les jambes et les cuisses couvertes de pourpre , sans les autres maladies que aucuns avoient gagnées par leur mérite en noslre terre avant que partir ^.. »

A mesure qu'ils font du chemin » leurs gens deviennent plus malingres et plus souffrants. Le 6 août , un nommé Guillaume Richer succombe : c'est le premier depuis le départ de Dieppe qui soit mort à boi d ; en peu de jours ils en perdent deux autres : le fils PontHlon et un nommé Jean Dessaux, u lequel avoit langui un mois ou deux, et fut ouvert pour voir d'où le mal lui venoit. Fut trouvé > qu'il avoit le poulmon fort empiré, et avoit le creux du corps plein d'eau rousse et noire, tirant au jaune, et avoit une grosse apostume à la jointure du genoil, sous le petit os qui meuit , qui n*apparoissoit point par dehors, il fut ensoveli à la mode marinière : Dieu en ait l'asme. »

« Le jeudi 5% la hauteur fut prinse à 16 degrés. Ce Jour se montra au ciel une nuée en cinq ou six endroits , au* cune pièce de la nuée descendante vers l'horizon de la mer d'une manière d'une chausse à pris ras, la pointe eu bas, puis se allongeoit , longue et gresie , tenant toujours à la maistresse nuée, dont nos gens eurent peur, craignant que

* Le manuscrit nomme tons cérémonie celle de ces maladies qui commençait alors à se réfumdfe en Europe.

ce ne fussent puchos ou tiphotis; mais cela ne fit aucune chose ; et aussi ceux qui ont vu des puchos disent qu'ils se forment autrement , et que la pointe est en haut et le large demeure en la mer, et que la pointe est crochue et se tient en suspens , et attirant Teau ^ »

Après un mois de navigation, qui n'oiïre rien de particulier que la rencontre d'une ile inconnue, nos deux vaisseaux se retrouvent , le 7 septembre , au droit sous ta ligne , ayant mis quatre mois moins quatre jours à doubler le continent africain depuis leur premier passage sous Téquateur, c'est-à-dire à faire plus de deux mille lieues.

Ils se mettent alors à longer la ligne , marchant à un demi-degré tantôt nord , tantôt sud. Pendant cette navigation , ils découvrent une île et y abordent. Les habitants leur font bon accueil : le grand-prêtre de Tîle vient s'agenouiller devant le capitaine et lui présente un gros limou en signe d'amitié.

a En ceste isle avoit un temple ou mosquée de façon assez antique et magistralement composé de pierre. Le capitaine le voulut voir tant dedans que dehors: le grand-prêtre le fit ouvrir, et entra dedans , et l'ouvrage lui plut fort , et , en espécial , une closture de hucherie , de mouleures d'antiques , les meilleures qu'il vist jamais , avec balustres mignonement tournés , si que le menuisier de nostre nef s'ébahissoit de voir si bon ouvrage. En ce temple avoit des galeries tout autour, et au bout un lieu secret clos de hucherie , comme un Sanctus Sanctorum, Le capitaine le fît ouvrir pour voir ce qui estoit dedans et pour savoir s'y avoit nulles idoles dedans; mais il n'y en aperçut qu'une faite de coques de noix de palmes. Le comble ou

* On voit, par ce passage, qu'il y avait à bord un certain nombre de marins qai ne naviguaient pas pour la première fois dans ces mers de l'Inde, puisqu'ils connaissaient par expérience ces sortes d'orages, qui ne se rencontrent ^ae sous cette zone.

Page 1