DEUXIEME PARTIE
vonste dudil temple estoil de forme ronde et lambrissée , et peint d'antique. Auprès de ce temple il y a une piscine ou lavatoire , pavée à fond de cuye de pierre noire comme marbre , bien taillée à bonnes mouleures d'antiques , et sembloit être composée de grande architecture. £n un autre lieu plus à costé avoil une manière de puits ou fontaine carrée , profonde de six ou huit pieds , et dedans avoit plusieurs perches ayant chacune une courge au bout, dont ils puisent Teau ; et ce lieu estoit pavé à fond de cuve de semblable pierre que le lavatoire susdit; et ont en cestc isle plusieurs fontaines et puits semblables , et si y a plusieurs petites chapelles et oratoires en suivant la forme du grand temple. Les maisons sont fort petites et méchantes , les gens petits et maigres ; et nos gens ne virent guères de femmes , mais quasi toutes vieilles et maigres, pauvres et chauves... »
Suivent encore quelques détails sur l'île et ses habitants, puis on se rembarque. Alors s'élève un petit incident assez piquant : c'est une discussion entre le capitaine de la Pensée^ Jean Parmentier, et le Portugais embarqué comme interprète à bord du Sacre. Le Portugais soutient que cette ile est une Maldive; le capitaine prétend qu'il a tort, attendu qu'ils ne sont en ce moment qu'à demi-degré sud , tandis que les Maldives , selon lui , s'étendent depuis le T jusqu'au l^*" degré. On fait le grand-prêtre juge du débat, et le grand-prêtre dit que son île a nom Moiuque. Il paraît néanmoins , d'après sa position , qu'elle appartenait réellement à l'archipel des Maldives.
Les deux vaisseaux continuent, chemin faisant, à perdre quelques-uns de leurs matelots et mariniers ; mais enfin ils touchent au terme du voyage. Le mercredi 20 octobre ils abordent aux trois îles qui sont en avant de l'île nommée dXoT^Taprobane , qu'ils appellent i^capo^ane , et qu'on nomme aujourd'hui Sumatra. Ces trois îles , situées en face , mais encore à grande distance de la ville de
246 HI^eiBS ra BtBFM.
Ttcoo, soDt hftpiisées p^r eux b Pêmnentière, U L<mi$iif et la Marguerite, Ils desceodeot h terre ptifâieura joura de soke pour se raKitailier«
« Le dioiattcàe retooraasmoi^. k Tide , et y (ut chanté inease par noatre eliapeiaiD , et auas) y avoit chanté la aa^ medi; puis r«eueiUames du bois paur fairo racoutrer uostre aef ; et, pendant que itoua aHasmes li terre, lefaur, fifS de L^uéHeur , noiumé Thomas te Bmétanger , mourut. Et ailasmea , k> capitaine et moi , avec le capi<^ (aine du Sacre., \o\v Ykk , qui e&toit fort bien plantée da bois ; et si y «voit au bord de la luer une fontaiue d*eau dottcolbrt claire et exçellemiueut boQQe. te lundi, i9% fuauies requérir le demeurant de nostre bois , et recueil^ Usmea nasses eu cbeuiin atec les bouée$ et cordages, et si cusnies du poisson pour faire caudière , et jeuai»iaes deux; de nos nasses près de nostre nef. Le mardi on y trouva force poissons.
» Le nnereredi mourut uq nommé Nieoiaê Bou^
cher, et le jour de devant mourut Cotle^net FiaretU , argentier du Sacre, Ce jour, aprôs midi , parlismas des* dites isles.
» Le 38 octobre fiâmes voile en Test-nord-est , et pasi* sasmes entre la Parmentière et la Mai^tierite , outre la Marguerite et la Pan^nentUre , et la Louise , et une longue barre de bancs environ de huit ou dix lieues, et gissent nord^-nord-ouest sur^su^est. Ce jour fismes en-» viron huit lieues. Le soir mismes les voiles bas , et y a diverses marées; car n'y a isle ni cap qui n'ait marée di-* verse ^ mais la marée plus continue vient de Test.
» Le 29% au matin , nous vismes terre grande toute rangée quasi nor et sur. Le sau^edi nous approchasmes i dix ou douze lieues près.
Le dimanche , dernier octobre • ancrasmes à deux lieues près de la terre ; et le lundi nostre grand batteau et celui du Saore^ furent il terre , et uagea«»içs lengneoieiU
DBUXIEMK PAIITIC. <47
^e long de |a costo sans trouver descente. Mais, à une petite anse, noqs trouvasmes lieu assez convenable pour descendre , et se vint présenter devant nous plus do trente des gens du pays avec rondelles, dards el épées. Sitost que nostre truchement et facteur, nommé Jean Masson, cul parlé à eux , il s'en mit deux ou trois à l'eau , et vin** rent à nostre batteau , apportèrent un peu de rii pour des couteaux et des miroirs , et qn coq et un poussin , que notis renvoyâmes , parce qu^ils vouloient un bougran , et nous montreront du poivre , disant quMl on cpoissoit fort en cestc isie , et qu'il y crolssoit de l'or ; mais qu'il y avoit h trois de )&, vers le sur, une ville nommée Ticou, où le roi, nommé sultan M egUioa, se tenoir , et s'en vinrent trois avec nous, qui nous promirent nous y mener, moyennant que chacun enst un bougran rouge, et cinq quartiers de toile blanche , un couteau et un miroir.
» Le mardi matin, lO*" dudit mois, nous vint une es* quife de terre , et trois hommes dedans , dire au capitaine que le rot lui mandoit qu'il fuat le bien venu , et qu^il jucnast ancrer son navire entre la terre et trois islota qui fiont devant la ville de Tioou , et que nnstre navire y le^ roit sûrement et en bon abry, et que le roi lui vouloit faire quelque présent. £t le capitaine lui dit qu'il remer-^ cioit le roi , et qu'il avoit volonté aussi de lui faire queU que honneste présent, et l'aller voir à terre. Et les ancres furent levées, et allasmes ancrer entre la grande terre et le prochain islot; et quand nous fusmea arrivés et jettes les ancres hors, arriva une autre esquife de terre, qui fit pressent au capitaine , par le roi , de deux chèvres , un quartier de coques et un boisseau de riz,, avec feuilles de beiol et chaux vive, et d'une racine forte, mise en une escuelle de cuivre en façon de tasse, et une feuille dont ils font grand état , et en mangeant souvent devant et après le repas, avec un peu de chaux desteinie, el en la maschant donne bonne odeur, et rend un suc rouge qui leur teint les denta et leur conserve. Le mercredi , il vint en-
248 HISTOIRE DE DIBPFB.
core une esquife de terre , et le roi attendoit qae le capitaine descendist; le capitabie dit qu'il n'iroit point à terre, qu'il n'eust de bons pleiges *■ dans sa nef, et ils dirent qu*ils auroient des pleiges assez. Il fut conclu que Jean Marre, Nicolas Bautt et moi irions à terre, et demeura deux ou trois pieiges pour nous dedans le bord » à celle fin que nous eussions connoissauce de ceux de la terre , qui estoient plus suffisants pour estre pleiges de nos capitaines. Nous descendus en terre fusmes reçus assez humainement de ceux du pays, et conduits jusqu'aux lieux où le lieutenant, nommé Tue Biginderais ^, nous attendoit avec toute la seigneurie de la ville de Ticou , lequel vint aa-dcvaut de nous , le saluasmes , pensant qu'il fust le roi , ainsi que nous avoient donnée entendre ceux qui nous conduisoient. Après la salutation , il nous mena sous un arbre où tous ses gens l'attendoient et s'assit à terre les jambes croisées comme un cousturier, et , à sept ou huit pieds ou environ, ses gens s'assirent , et en manière d'une couronne, les ïambes croisées , et nous fit signes que nous fassions comme les autres, ce que nous ûsmes, et nous lui vismes prendre des feuilles de bétel et aux principaux , et nous en fit donner que nous mangeasmes. Après cela , ledit lieutenant demanda qui nous estions, qui nous menoit, qui nous cherchions. Jean Masson lui dit , en t,angue tnaiaye, que nous estions François , et qu'il y avoit sept ou huit mois que nous estions partis de nostre pays pour les venir voir, et que nous apportions de bonnes marchandises de nostre pays , dont il nomma plusieurs espèces, et aussi pour avoir de leur poivre et autres marchandises : ce qu'ils écoutoient volontiers. Us demandèrent si nous es* tions point gens de guerre ; il leur répondit que nous es*
* Nous croyons qu'il y a erreur dans cette dénomination ; mais nous la donnons telle qu'elle est au manuscrit : nous observons seulement que l'on peut lire Biginde raïa.
( Note de M. Estancelin.)
DfiCXIÊHE PARTIS. 249
tions marchands, et que nous ne demandions que paix et amour ; mais qui nous voudroit faire tort, c'est qu'estions gens pour nous défendre , et que nos capitaines avoient grand désir de trouver bonne paix et amour avec eux ; et ils dirent qu'ils le désiroient ainsi. Et après plusieurs paroles, où n'entendions rien, car Jean Masson ne nous disoit pas tout en françois, le lieutenant du roi se leva et tous les seigneurs et nous aussi , et fusnies conduits à Ta maison de l'un des principaux de la ville, où nous fusmes traités à la mode du pays. Une natte de jonc blanc fut étendue sous nos pieds; et fut présenté pour nostre souper un plat de porcelaine plein de riz à demi cuit à reafd , sans sel , et environ un demi-coq haché par morceaux, avec le brouet qu'ils mirent sur le riz , et la grande tasse de cuivre pleine d'eau claire , et mangeasmes tout à la belle sans d'appétit , avec du pain que nous avions apporté de la nef qui bien nous servit ; et puis , après souper, nous couchasmes au lieu où nous avions soupe, sur la natte de jonc blanc , et nos manteaux nous servirent d'oreiller. Le matin nous retournasmes à la nef , et vînt avec nous le chahandar * de Ticou , qui est quasi tout , gouverneur du roi et priseur sur toutes les marchandises qui s*achètent ou vendent , et tient les poids et les mesures, et nul n'oseroit vendre ou acheter sans son congé , et crois qu'il a lui seul tous les offices du royaume, car nous n'y vismes pas d'autres officiers ; et Dieu sait les belles promesses que ledit chahandar nous fit tant de bien faire vendre nos marchandises, desquelles il nous promit d'avoir bientost la dépesche, que de nous faire charger du poivre. Nous venus en nostre nef, il fut recueilli honorablement de nos capitaines, ainsi que si c'eust esté la personne du roi. Le capitaine lui fit un présent assez honneste , et lui fit montrer de plusieurs sortes de
^ Beaulieu, qui lit le même voyage en 1620, nomme cet orficier sabandar.
S50 HlfTOIBC DE MBPPE.
1109 inar^baadtees, Mais il disoit que Ton ne savoit fiirc marcb^odi^ , tant q»« Ton eust fait le présent au roi; et eust bien voulu que l'on eust e^té ce même jour le faire ; mais il fut différé jusqu'au dimsuiche, 7« novembre , ce que nonobstant que tous les jours venuit quelque messager dire que le roi n'attendoit que ce présent • et pourquoi on dilTéroit tant Cependant nos capitaines firent faire des habits triomphants pour se présenter devant le roi en bon ordre pour faire le prient.
A Le dimanche , V novembre , nos capitaines équipèrent les batteaux , et descendirent en bon ordre à terre avec les présents, et je n*y sus aller à cause d*un heurt que j'avois eu à la jambe en retournant de terre en descendant k nostre nef, parqnoi je n*en ferai pas long récit, ^ cause que je n*en ai rien vu ; mais le présent fut honorablement porté et honorablement reçu , selon la coustnme du pays, avec bonne pais , alliance et amour. Par foi promise entre France et Ticou , promettant tons esire amis de leurs amis et ennemis de leurs ennemis , et eux à nous par ré* ciproque, tant qu'ils diraient tous: Ticou! France! France! Ticou ! Après ces choses, les capitaines louè^ rent une maison pour mettre les marchandises , et nostre capitaine Jean ParmenHer demeura huit jours à terre pour faire fortifier la maison , et aussi pour connoistre des poids et mesures, et apoluter des coustumes avec le dia-itandar^ où il se trouva fort empescbé , et à grande difficulté accordèrent-ils ensemble,
» Le dimanche, W jour de novembre, pour ce qu'il m'estqit un peu amendé de ma jambe, j'allai voir le capitaine à terre 9 et me tips huit jours avec lui et ausires huit jours avec son frère» à cause du barbier àxjtSaor^^ qui memédicamenloit durant ce temps. L'on fit quelque peu de marchau^ di^es avec ceux de la ville et les marchands de dehors, eu-» viron jusqu'à une livre d'or, d'un pende miroirs, de coins de fer, et sept ou huit aunes de rouge, et non sans fort barguigner, et ne fit-on austre chose pendant quinze jours que
iioos fdsfiied ë (erre , (mr qdol hos eat)ltaihes déiîbérè^ënt de eut retirer' et iH» marchatidises aa plntost. fil' Raôut Parnieittiër^ q\il esHrit defAetiré à ierf e i M [frenidrè eongé d« Aoi et des ortnchaires : cfe sont lèÈr gfarids seigneurs du pays de Ticmi; mal^ ({(land ee vint au partir, le ùhuéaftdnr he tottlat point laisser àWet qa'il n'etst tfâ sieff frère , et encdré un austfè de TiVaie , 4ul e^tcdt en dstage i»fl SHcfe. Le capitaine lui promit qti*H ne (jartiroit puint de la terre que les austres ne fussent venus, nuiiobstaot toutes pronfiesses , toystnt que nous faisions nos apfilrests pour partiry le chatandar assemblai plus dé cinq cents kommes 4 ayant chacun une perinlsaUe emmanchée de roseau ou de bois ,> une rowdeFle et un ais. Le Portugois Ati Sacfe i qui aliloit et tenoit dan» fô vilte , fut arreni de ces eboscs^ et tint prier au capft^ine, qui leur bailla ostagè' jUs(|Q'àr ce qt^e les leurs fussent tenus ^ ptfnr éviter 1» tous belliqueirt débats,- qdî S(ynl dangereux de tous costés ,• et qu*il estoit content de demeurer pour un, et je dis que je demeure^oîs volontiers pour Fâulre. Le capitaine dit que je ne demeurerôîs point , et M* Jean Lepeintre se présenta pour y demeurer, ce qne le capilarine accorda.- On fit tenir le ùhabandar^ et le fortugois kri dit ce qui avoit été ordonné, dont il fat content i car if ne toulut point (\xi^ M* êean demeUrast , mais que je demeuraisse avec le Portugois putrr ostage ; le capitaine ne touloit^ mlats je le priai de demeurer, ce qui m*aeeordii bien aftec le chahartdar. Il nous mena chez notre premier hoste , e< nos gens se fetil-èrent à bord en hm ordre,à tout lairces à feu , arquebuses et rondelles , et nous voyions en aplatit dans lu ville grande fknte de gens portant rondelles et darrdfltes ,• dont je faisois semblant de rire ^ et nosif e hosté me regardoit et rioit. »
Le ca^ïtaitTC de la Pensée est coîïjtrariW de monfrer les éents ,' de débarqué]^ son monde bien armé sur lé rivage, avec tambbnr, Mre et trompette > ce qui cause un peu
2ÔÎ HISTOIRE DB blEPPB.
d'effroi à ceux de Ticou. Après quelques démêlés on finit par s'entendre et Ton s'embrasse ; mais le chabandar, qui devait six marcs d'or au capitaine par suite de leurs échan* ges, refuse de les payer ; alors le capitaine déclare la guerre à ceux de Ticou : le chabandar se décide enfin à payer.
Sur ces entrefaites , le capitaine de ia Pensée va rendre visite à Moian, le grand- prêtre de Ticou, et à l'aide du trucheman entame avec lui une conversation très-curieuse.
« Il lui fit demander qui estoit le premier homme, père de tous les hommes ; il dit que c'estoit Adam et sa femme Eve, et qu'ils eurent huit enfants; mais le propos, pour cette heure, ne dura point longuement à cause d'autres orançaies qui estoient présents , et fut dit qu'ils en parleroient plus à plein une autre fois ; par quoi en un matin notre capitaine se délibéra de l'aller voir et mena seule* ment avec lui Nicolas Août , le truchement et moi. Le capitaine lui fit demander s'il avoit bien connoissance comme Adam, transgressa le commandement de Dieu , et par la transgression fut banni du paradis des délices , et fut sujet à mort , et après mort , aller en enfer, lui et tous les humains; il dit que oui , et nous conta comment le diable ou serpent présenta le fruit à la femme, en donna à Adam,, et comment il s'enfuit et cacha, et que Adam mentit à Dieu , et qu'il dit qu'il n'en avoit point mangé. Le capitaine lui demanda s'il savoit bien qu'il lui feroit miséricorde , il lui dit que oui; il demanda plus outre, s'il avoit connoissance comme Dieu envoya son Verbe divin se faire chair en terre , et s'incarner dans une Vierge , par l'opération du Saint-Esprit , et comment le Verbe qui est fils est engendré du père , ainsi que la parole est engendrée au cœur et à la pensée de l'homme , et que le Saint- Esprit procède du père et fils , qui est l'amour de Dieu : notre truchement dit qu'il ne sauroit lui dire tout cela : il lui demanda s'il avoit ouï parler de Jésus-Christ et de la Vierge Marie , il dit que oui ; et pour ce que le truche-
ment ne trooToit bien parler de ces choses » le propos fut changé.
» Ticou est situé sous Téquateur, justement en la terre de TaproifanCy au coslé du ouest ; la coslegist sur quart du su-est. La ville de Ticou n*est pas grande, et y a deux ou trois rues ; elle est close aux deux bouts de gros pieux fichés en terre, et là sont les portes; et pour la closture, il y a des boises traversantes passées à travers deux gros pieux , par les mortoises qui y sont. Les maisons ne sont pas de gros bois , et sont toutes d*une façon , mais y en a de plus grandes les unes que les autres. Le lieu ou ils se tiennent est élevé de terre environ quatre pieds, et est tout sollé dé petit sollage à demi rond, de trois doigts de large et lié de petites harchelles , et là dessus^ aux bonnes niaisons , ils mettent des nattes de jonc dessus , et ont une autre boise élevée environ de deux pieds de terre au long de la maison, sur quoi ils marchent, et se siessent à l'entrée de la maison^ et a une coque pendue pleine d'eau, de quoi ils lavent leurs pieds devant que marcher sur lesdites nattes, et la maison est toute ouverte proche , et la closture est faite de roseaux fendus en trois ou en quaire, et y a environ un doigt d'espace entre deux roseaux , et sont tenus de harchelles , et de jour cela est roulé et tenu d'un crocq en haut ; de nuit, on le décroche et s'abat jusques sur le plancher : il n'y a autre estage en la maison que cestuy là. La closture de la maison est de roseaux ou de feuilles de palmes , de quoi la maison est couverte comme une bouche; les orançaies ont de gros bracelets d'or aux bras, les manches de leurs cris ouvrées d'or, aucuns ont la tête toquée de toile , aucuns ont de petits bonnets à dix à douze carres; ils ne sont point pénibles à faire quelques ouvrages, et plus du temps ils ne font rien ; les femmes besognent à filer du coton ou à filer des toiles dont elles se vestent ; leur vie est bien austère. Au repas , ils ont pour tout mest un petit plat de riz à demi cuit à l'eau, sans sel, et aucune fois un petit peu de poisson
^^4 HistatHË ote niÊt^^e.
mena comme le doigta séché «a soleil^ qo'ifs marngent, et c'est quelque bon graad banquet quand il a qiielque c»q haché par raorcelets , rostis snr les chdrbons oo bouillis en uû pea d'eafi , et mesiés avec le riz ; ils boivent de Teau, puis atiGuife fol9 du nn de palme , qdi a le goût bon aa matin , qtiand W est nouveau cueilli à Tarbre ; uinïs an soir, il a M mauvais goût , et aussi ils n'en boivent guère. Leur cotfcher est sur le sollage de leurs maisons , «ne ilatté dé jonc sous eux ; \\h ne sont point forts, mais fins et as^ tocicut i grands flaiteiirs, raenieor» et maraut ; toujours demandent. Qui eust voulu obtempérer à leur reqiieste , riouâ n'avions point marchandises pour y fottrnir. Ils sont fort bargoîgnenx ; p]us qù^Écoêsais on Houihets; car^ après iharehé fait ^ ih veulent rabatire du prix , où ils se dédisent? et n'est si sage qdi aucune fois n'en fust courroux eetoffe eux. Mais nous le portions f^lus patiemment à cause qtie voyions que c'estoit coutume dn pays; carie roi et lêd plus grands sont tous faits à ce niodle. ...
....... Et partismes de Ticou le 27 novembre j et plusieurs de hos gens fnrent pris des fièvres chaudes; et estimions que c'estoit des mauvaises eaux qtie nous avions beues ^ terre ; cdr, de tous ceux qufi se tinrent à terre, n'en réchappai qu'un on deux , que tout ne fat malade fut de fièvre èhaude mal oé plus, et en mourût une grande partie; et pour le preteier notrt chtf et capitaine^ Jean Patitientier, commença et trépassa le 8* décembre ,• et hait jours après que la fièvre le prinst. Ses obsèques furent faites en Tislot. »
Voilif donc le chef de l'ettlreprise, le capitaine leail Parmentièr qui succombe. De ce moment le découragetneht s'empare des deux équipages. Ils lèvent l'ancre de devant Ticou,- ne sachant s'ils doivent aller plas avant ou reioarner dans leur pays. Enfin ils? vont U Andtipoi^ vre ou Indapoure , dans l'espoir d'y trouver du poivre ; mais ils ne peuvent entrer en commerce avec les habi-
DIUKIEME FAIT». S 65
iantSf Alors on se met de nouveau k délibérer sur le parti à prendre.
« Aucuns disoieot qu'il falleit aller en Java; d'autres disoient qu'il valloit mieux retourner à AndripQivTG ou jen Priame, et qu'on y vendroit nos marcbaodiHeg , et qn'qn y trauveroit du poivre; d'autres disoient qu'il ^'en failoU retourner au pays à cause des morts et malades des deux navires , et aussi de uos victuailles qui esloient fort einpirées. P<ir quoi çéqx du Sacne et de (a Pensée concluojeut d'i^voir les aviti de toute la communauté des deui^ navires, ^ savoir lequel leur seotbloit le meilleur de passer entre Pi 9lieF en Java oq de s'en retourner au pays,
« J.e 2iS décembre, furent envoyés au Sacre ^ Guii- Umrn^ Sapin, çontre-miïisitre de <a B*^nsée, Jean Leroux et moi » pour quïr et voir enregistrer U délibé-^ ration de ceux i\\ï Sacre» lesquels, après plusieurs belles rpïponUauces à eux faites par i>P Pierre Mauclero et le maistre du Sacre, des fortunes et inconvénients à eui^ advenus, cornij^p d'avoir perdu ieur capitaine, deu3^ COqtreTii)^is(res^, pju^eprs bons compagnons, leur grand baie^tq, et encorp plijsiqqrs malades en leur bord en daugefd^ niPi1i les victuailles empirées et grand nom* bre de breuvage çoqlés , et puis (a tmaison du ie^nps qui approcUoH qU il faudroii fsir^ sept oy, huit ^nois davantage, si i^^n attendait qu'elle fu^t venue; sur quoi il y en eut treize ou quatorze qui dirent qu'jlîi s'en vn^ijo^ept relç^rner en fr^nçç , et neuf on dix qui dirent fl^'ll» VQuloiçnt dW^x^Javai aucuns dirent qu'ils (eroiçnt toiit ce qu'il plairoit aii| maistre t niais qu'ils eussent des victuailles , qu'on \^ menast où l'on ifOud?oit,
» Ce mesme jour, après disner, le maistre du Sa^^^ 4(« 4*i^f« Mçkuç^^e^f4> el AnWin^ d^ ta S^r4p vinrent ^ iiÇ, P^ns,4^, j^ir m^. la ilélib^wliou ô« low «09 g^is»
tous délibérés d'aller oa Ton voudroit moyennant qu*il y eust victuailles pour les nourir. Sur quoi fut dit qu'on leveroit les ancres pour aller chercher lieu à visiter les viciuailles et tournasmes vers Indapoure.
» Le jeudi , 29*" dudit mois , Jean M assort fut à terre au port A'Aiidripoivre où ceux de ce lieu leur dirent qu'ils portassent échantillon de leurs marchandises à terre et qu'ils a voient de l'or pour les acheter, et non point de poivre.
» Le pénultième jour de décembre , nous portasmes échantillons à tous les marchands et firent marché d'une pièce de drap, mais ils nous dirent qu'ils n'osoient acheter tant qu'ils eussent congé du roi , et que nous lui eussions fait un présent et au chaéandar , et on leur dit que le prix fust fait et que eussions délivrance de nos marchandises , que nous leur ferions un présent honnête et dont ils n'auroienl occasion se plaindre de nos toiles : ils en vouloient avoir huit pour un facel , un bougran pour deux coupens,
» Le dimanche, 14' novembre, le maistre et moi fusmes voir le capitaine à terre, et m'y tins avec lui le demeurant de la semaine. En ces jours , vinrent plusieurs voir et barguiner nos marchandises, mais on ne leur pouvoit rien vendre; toutes fois, vers la fin de la semaine, on vendit un peu de coins de fer, et des miroirs , et quelque ))eu de patenostres d'ivoyre et d'étain en rouge en trocher de victuailles.
» £t cette semaine, nous fust dit qu'il y avoil un orançaïe nommé Moroudou , qui avoit prédit notre venue deux mois avant que nous arrivissions ; nous fusmes voir ledit homme et lui fismes demander par notre truchement comment il savoit notre venue, il répondit qu'il l'avoit vue au ciel.
» Le premier jour de l'an , le bateau du Sacre et le nostre furent à terre pour avoir des victuailles , car nous en avions besoin, car nons ne mangions que dn riz et bu-