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Suite de Tiilstoire de Dieppe, depuis 1 443 jufiqii^en 1557.— Travaux et con4roctlûDd dans la ville. — Ptàspér'dé. — Commerce. — Cèmbai naval. — Jean Ange.
Le siège dtf iêikS ne figure pas dans les annales de Dieppe seulement comme un fait d*arme$ brillant et pit-^ toresque, il faut y voir^ avant tout, le terme de trente années de misères et de langueur, le prélude et l'heureux début d'un siècle de prospérité. En effet, cette cité de Dieppe , que nous avons laissée â florissante et en si beaux progrès au commencement du règne de Charles VI, aussitôt que rétranger est introduit sur le sol du royaume et s'y établit en vainqueur, tombe tout k coup dans un état stationnaire et presque misérable. Plus d'expéditions outre mer, plus de négoce^ plus de richesses, partant plus de trsfvaux ni d'embellfsséments dans k ville. Une fois soumise elle-même à la domination anglaise , son sort devient plus triste eucore : non-senlement elle ne s'enrichit plus, mais on l'appauvrit, on la ruine à force de tailles et d'impèts.
Après le siège au contraire, après son heureuse issue, totfl lui redevient propice. Il faut encore quelque temps ,
il est vrai , pour que son commerce reprenne son ancienne activité. Mais peu à peu les vaisseaux sortent du port pour chercher aventure, peu à peu les commerçants de tous les pays retrouvent Tbabitude d'apporter à Dieppe leurs denrées. Grâce à la paix toutes ses plaies sont bientôt fermées, et la protection que lui accordent tour à tour Louis XI , Charles VIII , Louis XII , François P', achève de lui restituer toutes ses sources de richesse et de la rendre plus florissante que jamais. Alors sa population va croissant tous les jours , sa marine marchande éclipse celles de toute la côte de Normandie , disons mieux , de tout le royaume; et de nouveaux travaux d'embellissement ou d'utilité se succèdent incessamment dans ses murs.
Toutefois, après avoir ainsi respiré librement pendant près d'un siècle , non sans quelques journées de deuil , mais du moins h l'abri de ces grandes calamités nationales auxquelles nous venons d'assister, la France , à défaut d'Anglais et de Bourguignons, se sentira déchirée par ses propres enfants. Les croyances religieuses , ou plutôt un mouvement immense de la société caché sous ses croyances, remettront en feu le royaume. Alors Dieppe verra de nouveau pâlir sa fortune; son port , ses marchés, ses comptoirs, tout deviendra silencieux et désert; et c'est à peine si par intervalle , entre deux rébellions , entre deux guerres civiles , quelques navires dieppois mettront encore à la voile et retourneront visiter ces mers que d'autres peuples désormais devaient sillonner à leur place.
Avant de passer à ce triste tableau , arrêtons-nous quelques instants devant la période de prospérité qui commence vers le règne de Louis XI, et qui s'étend jusqu'à la mort celui de Henri IL
Sans parler de l'achèvement des quais et des murs , et de beaucoup d'autres constructions secondaires, trois édifices ou plutôt trois ouvrages considérables furent entrepris et achevés dans ce laps de temps , savoir : le pont du Follet , l'église Saint-Remy et les canaux souterrains qui
conduisent les eaux de Saint-Aubin-sur-Scie dans toutes les fontaines de Dieppe.
Depuis longues années, on désirait qu'un pont vînt établir une communication commode et de tous les instant» entre la ville et le Pollet, son principal faubourg. Bien qu'il y eût entre les Polletais et les Dieppois si peu de sympathie et de si singulières dissemblances de mœurs, de costumes et même de langage, qu'on peut croire, d*accord avec de vieilles traditions , que les deux populations sont d'origine et de race différentes, néanmoins il existait entre elles des rapports journaliers trop fréquents, trop nécessaires pour que la construction d'un pont ne fût pas vivement désirée. Jusque-là, le seul moyen de traverser le port avait été un bateau passeur, et souvent, à- marée basse, le bateau ne pouvait plus passer.
Ce ne fut qu'en 1511 que la première pierre du pont fut posée^ : il fallut faire de grands travaux et beaucoup de dépenses pour fonder solidement dans ce terrain vaseux les six gros piliers qui devaient soutenir les arches : cependant au bout de huit ou dix ans l'ouvrage était terminé. Ensuite on fortifia les deux têtes du pont , principalement celle du côté de la ville ^. Deux grosses tours en défen-
* M. Méry pense qu'un pont de bois avait dû être établi antérieurement à la fondation du pont de pierre en 1511. 11 appuie cette conjecture sur un fait rapporté dans Tinventaire des archives de THÔtel -de- Ville. On y lit qu'en 14î7, les habitants ayant fait la demande de construire un pont pour traverser de la ville au Pollet, sur leurs deniers d'aides et d'octrois, une commission fut adressée le 17 novembre 1427 au bailli des eaux pour dresser procès-verbal et informer de la nécessité et commodité dudit pont.
Ce qui semblerait indiquer qu'il fut donné suite aux demandes des habitants, c'est qu'on lit la phrase suivante dans les lettres patentes données par Louis XI à Eu le 26 septembre 1463 : « et pareillement couste grand argent à maintenir et réparer les » quays et pont dudit Hable. »
^ Plus tard, en 1591, le pont fut défendu du côté du Pollet par un grand ravelin fortifié. Ce ravelin est figuré sur les plans de Dieppe
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dirent l'entrée : au milieu des deux tours régnait une longue voûte, qui se terminait par une forie porte en maçonnerie, contre laquelle se relevait un pont-levis. Sur le fronton de cette porte, entre les deux arbres du pont-levis, on ne manqua pas de placer une statue de la Vierge avec des vers en lettres d*or à' sa louange.
Quand à l'église Saint- Remy, ce fut quelques années plus tard, en 1522, qu'on entreprit sa reconstruction. Il existait une ancienne église de ce nom , dont la nef et les bas-côtés s'écroulèrent, dit-on, vers l'an 1250 ; le chœur seul était resté debout ; et depuis celte époque, les fidèles de la paroisse s*en étaient contentés. Mais l'accroissement de la population rendait nécessaire soit <l'agrandir l'ancienne église , soit d'en construire une nouvelle. Ce dernier parti fut préféré, parce que les débris du vieil édifice menaçaient ruine.
Nous montrerons ailleurs où était situé l'ancien Saint- Remy*, et en visitant la nouvelle église , telle qu'elle est aujourd'hui, nous aurons occasion d'examiner en détail les époques où furent construites ses diverses parties. Elle ne fut terminée que dans le dix-septième siècle ; à l'époque où nous sommes, en 15'45 , le chœur et ses collatéraux étaient seuls complètement achevés. Le défaut d'argent et les troubles de Ja réforme empêchèrent qu'on n'y mît la main pendant près de quatre-vingts ans.
Il n'en fut pas de m^me des conduits souterrains qui amènent à Dieppe l'eau que répandent ses fontaines. Cet ouvrage, que les historiens de la ville proclament, non sans raison, digne des Ramaioâ, car il est d'une hardiesse étoimante, fut complètement terminé l'an 1557, après vingt-cinq années de travaux. Jusqu'à cette époque, les Dieppois n'avaient bu que de l'eau de puits assez malsaine
du dix-septième siècle. On le dénioltt en t689 pour pratiquer un passage en droite ligne du pont à la grande rue du PoHet. * Voifez 3* partie.
^ftEHirERC PARTIE. 51
et souvent sanmâtre. Les étrangers, qai AtStxsAerii à Dieppe, se plaignaient si fort de cette triste boisson , et les habitants eax-mêmes en souffraient si souvent, qu'ils cherché* rent, nMinporte à quel prix, tin moyen de se procurer des eaux douces. Il existait à la dislance dedeut petites lieues de Dieppe, dans la vallée de la Scie, au pied du coteau occidental qui abrite le village de Saint-Aubin, une source réputée par Tabondance et la bonne qualité de ses eaux. Les Dieppois en firent Tacquisition , et réSDlurent d*en conduire les eaux dans leur ville ^ Mais ily avait deux grandes difficultés à vaincre : d*abord , comme cette source est au delà de la rivière de Scie, il fallait la faire passer sous le lit de la rivière ; ensuite il fallait percer la montagne qui s*éfève entre Dieppe et la vallée de la Scie , montagne qui a prèsi d'une lieue à sa base.
Ces obstacles furent surmontés : on pratiqua sous la rivière et sous la tiiontagne une voûte assez large pour que deux homtnes pussent y passer de front, et sous cette voûte on fit régner te canal ou conduit dans lequel devaient couler les eaux de la fontaine. La partie de celte voûte qui passe sous la rivière de Scie est un modèle en petit du tunnel construit sous la Tamise. Ce grand travail, sans cesse interrompu par des éboulements et par des difficultés qu'on n'avait pu prévoir, fut poursuivi avec une admirable persévérance, et le succès
* M. Méry nous apprend qu'avant d*aller chercher les eaux de la vallée de la Scie, les Dieppois avaient songé à conduire dans leur ville une dérivation de la rivière de Varenne.
Deux chartes conservées aox archives du département sont relatives à ce projt>t : l*une, du roi d'Angleterre, porte la date du 4 oe« lobre 1434; Tautre* de Farchevèque, a étéécriteen 1455.
Les eaux devaient être prises un peu au-dessus d'Arqués» et conduites dans un canal à ciel découvert.
M- Méry présume que cette entreprise a été abandonnée à cause de rînsurfisance de la pente, qui n'eût pas permis de faire jafifir l'eau au-dessus du pavé des rues.
finit par couronner tant d'efforts. La voûte une fois terminée, on construisit au pied du château, près la porte de ]a Barre, un réservoir d'où partaient une grande quantité de tuyaux chargés de distribuer, non -seulement dans les places publiques mais dans un grand nombre de maisons particulières, ces eau;: bienfaisantes dont la conquête avait été si longue et si labopieuse.
Le premier jour où Teau coula dans ces canaux fut une grande solennité pour la ville ; on fit cette première expérience à la fontaine du Puits-Salé : le clergé et le peuple $*y étaient rendus en cérémonie avec la croix et les bannières. Pendant quelques instants la foule resta dans Tattente; puis tout à coup, lorsqu'on vit Teau jaillir, Tair retentit de vivats , de chants religieux et d'actions de grâces ; on eût dit l'eau du désert obéissant à la verge de Moïse.
C'est en descendant dans ces longs souterrains, c'est en parcourant leurs nombreux détours bien plutôt qu'en se promenant dans la ville actuelle, qu'on peut se faire une juste idée du degré de richesse et d'importance auquel Dieppe était parvenu dans le seizième siècle. L'histoire des cités pendant leurs périodes de prospérité ne consiste guère que dans les plans et les devis de leurs architectes. Les événements dramatiques, les sièges, les combats, les incendies, les famines, fournissent à l'historien une plus riche moisson ; mais les peuples payent bien cher l'intérêt qu'ils inspirent ! Quand ils sont heureux , au contraire , quand leur commerce fleurit, quand leurs coffres se remplissent, quand rien ne trouble le règne de la paix et des lois , alors on n'a rien à dire d'eux , car chaque jour ressemble à la veille; il n'y a de nouveau , d'année en année, que le chiffre croissant delà population, l'agrandisssement et l'embellissement des villes.
Telle est aussi l'histoire des Dieppois pendant l'heureuse période à laquelle nous assistons. Après avoir décrit les grands travaux qu'ils accomplirent^ que nous res(e-t<il à
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PBBMIÈAE PABTIE. 53
rapporter? Rien, sinon qu'ils commerçaient en paix, que chaque année leur ville devenait plus marchande , plus riche, plus puissante et plus peuplée. Les chroniqueurs que je consulte prétendent que vers 1550 on ne comptait pas à Dieppe moins de soixante mille habitants ^
S'il reste encore à cette époque quelque chose de pittoresque et de varié à raconter de cette ville, ce n'est pas dans sa propre histoire, c'est dans les annales de sa marine qu'il faudrait puiser. Or, nous l'avons déjà dit, quelques pages seront spécialement consacrées par nous à suivre dans leurs courses lointaines ces marins aventureux. Il est vrai que nous ne parlerons alors que de leurs expéditions d'outre-mer , de leurs voyages , de leurs découvertes ; tandis que sur les mers qui baignent nos rivages, à titre, non plus de navigateurs, mais de marins et de soldats, il faut aussi les voir acquérir un autre genre de gloire dans de brillants et continuels combats contre les Flamands ou les Portugais, leurs rivaux.
Parmi ces faits d'armes nautiques il en est un qui doit être cité : c'est une prouesse , un coup d'audace qui fit l'admiralion de tous les gens de marine de la France et de l'Europe. En l'année 1555 , la gouvernante des Pays- Bas, au mépris du droit des gens, venait de saisir et de confisquer à son profit tous les navires français trafiquant dans les ports de Flandre. Il fallait tirer prompte vengeance de cet affront. Henri II donna l'ordre à Goligny, son amiral, de mettre une flotte en mer. Malheureusement nos ports étaient vides, nous n'avions de vaisseaux que sur nos chantiers, a Je ne connais, dit l'amiral, que les bour- » geois et les marchands de Dieppe qui puissent fournir une » flotte à Votre Majesté. » Il fallut donc avoir recours aux Dieppois; ceux-ci, fiers de cet honneur, répondirent qu'ils ne demandaient au roi que moitié des frais de l'armement, faisant du reste leur affaire. La seule condition qu'ils met-
' Il D'y en a guère aujourd'hui que seize à div-sept mille.
54 HisTOiM mm dibffe.
taient à leur offre, o'éuit que les c^faincsli de vaisseau seraient tous enfants de la TiUe, afin qœ s'il y a?«t de rhonneur à recueillir il ne revint qu*à eus.
Les choses ainsi conclues , dix-œuf navirei, on plotôt dix-neuf bateaux-pécheurs, dont les plus forts n^étaicnt que de cent vingt tonneaux , furent équipés et armés < n guerre. Les capitaines nommèrent pour chef de cette petite armée navale Louis de Bures, sieur d'Épinevitte, qui montait ie Saint 'Nicolas^. Coligny lui envoya une commission signée du roi-, en le remerciant au nom de Sa Majesté de ce que lui et les siens entreprenaient pour rhonneur do royaume.
Voilà donc nos dix-^neof harques marcliandes transfert mées en flottille royale; elles sortent du port par une bdie matinée (le 5 août 1555), et s*en vont mouiller sur une ligne au milieu de la Manche , en vue de Douvrea et de Boulogn(s attendant qu'il vînt à passer quelques voisseaux sous pavillon de Flandre. Le 11 août , au point du jour, vingt-quaire grandes voiles furent signalées au sud->ou€s! : c'était une flotte flamande, toute composée de hourques, espèces de grands vaisseaux élevés et fort longs, bien armes de canonsi et du port de quatre à cinq cents tonneaux. Ces vingt-quatre navires arrivaientd'Espagne, chargés d'épices et de marchandises pour les Pays-Bas^ Se reposant sur la force et le nombre de ses embarcations , Tennemi s'avançait h pleines voiles, sans daigner se détourner ni donner la moindre attention à ces coquilles de noix qu'il apiu cevait devant lui.
Cependant les Dieppois, jugeant que c'était jouer gros jeu, mais ne voulant à aucun prix gagner le large, s'étaient
On a conservé à Dieppe les noms de tous ces illustres hateniix pêcheurs; c'étaient : Le Saint- Nicolas, TÈmérHlon, le Faucon , l'Ange, la Bnrbe, In Lévrière, la Palme, leSoleilt le Saint-Jean, l'Once, la Belelti, la Comtesse, la Gentille, le Petit^Coq, le Petit-Dragon, le Redouté, le Ryais, et deux petites goélettes ou barques dont on ne dit pas les nom:*.
âéjà fd»gét eu ]totfliiUe. Aidé» fnr la matée^ tt cm^bnè de Toite» »f ee adresse, II» se trouvèreat tMl à coup et eonnn^ à l'improvfste an œilieo de Feseadre enoeiacu»^ tes Fb^ mand», Iwiffd» de leur satinrel , et rendus pkw pesaaisi par la Gonfnace e» kNirs Ibree» , avatent à petoe «ta 1» Mips d» lâtl^r luie veèée d» leur fomikyaie» «rlèlkn^ quei déj^ le harpcwi éiail laficé sur letursi naxires^ Les Dieif^pûs , ki liacbs et la pH|a» a la maii , s'élaHiçtiml à l' abordage; ce ttVtaât dépà fttu» Mti ooiEkal» e'éiail wa astrauL 3.1^» Fbi^ maiids qtiitta»! tesi'» caiM»6 $e défendir^l en §vm d^ rœur k coups d'arquebiise^ éf* grenades et de l^ce«u i$ mêlée devint l« rieuse « et le brav« ebef dts fi)tiep(M))k « ^ capitaiiie d'Ilpiotnille, fut frappé n^ettelkniieMA. Om se hfi^ lût arce tant de ragé que perafMntit ae s'en aperçial ; wm$ looi k coup des ierrc«ts de fteunes! et de imé^ »'^!^l d^nne des henrqiies, el au aaèiie iiKtftaai i^ P^im^^ lueUt lée par le capàlaiiie di«pq|ki)»s Jkatteeiu»i«i« pKaraii aiXMSÂ lente ea fèii. BèaaeQum « sair le pedol d'^ïe aec4l# « a^ate (<ût jeter sur celte hemrf|tte« qtk'A tenait liarfooikie« dée laiMOe^ à feti et dcà iDalièfea coinbiistibies ; nkm^ tt'ayafkt pu «e dégager asseï ifite. Mm propre vaisseau avait été t^tei^t pai ^ •flamiiiea. Ausaitâi tout cbaoge de fade } U ne si*â^it ^ii» d^ se battre , Baais^ d*éviter llaeeiidie, de s*i$oier de K^a éi^nkX idalbêttreiix naf irea 0Rflan3até& Dan» cette Kerrible cmïitmon treis «àisaeaiit die. pois soat éeraste entre i^wk bou(v qHea énormes, H eoiilé» baa, cerpa et bieas. Par beoheur, les autres parrienneitt à se dégager et à gagner io haut dM Te»t Lea Flamands, au contraire i looies alertea i la mar nœuvre, ne peuvent manier leurs grov el kxiirds bâtiments ; on en voit josqu'è douae a'engloutir ^ demi-ceit$iim&>dans les flots« Ceux qui â*éehappent aoiu assaillis par lea Dieppois , qui leur font la chasse « les entourent , les attaquent de nouveau à TabordagOt Çt flnisaent p«r |t*en emparer^ I^e lendesiam, i2 août, dèa le lAatin < la flottille, veuve de son eàpitaine «et réduite à quaterae ou quin^ie voiles, ntais vietorieuse» et traînant à la remorque six de ces grandes boiiv-
qiies flamandes chargées de poivre , d'alun et de riches denrées, rentra dans son port de Dieppe en présence de toute la population répandue sur le rivage , au bruit des cloches eu volée et de toute l'artillerie des remparts.
Dans cent autres rencontres, soit contre ces mêmes Flamands , soit contre les Portugais , sur les mers de Tlnde comme sur les côtes de France, on vit nos hardis pécheurs déployer le même sang-froid , la même adresse , la même intrépidité. Ce sont là des pages oubliées de nos annales militaires qu'il fait plaisir de remettre au jour. Ce qui rehausse encore le courage des Dieppois à cette époque , ce qui distingue leurs exploits de ceux des pirates et autres petits coureurs de mer, c'est qu'il s'y mêlait presque toujours un certain point d'honneur national. Dans leurs entreprises commerciales, aussi bien que dans leurs combats, il y avait du grandiose , du spontané , du chevaleresque. . te profit tout seul ne leur sufiSsait pas ; il fallait l'ennoblir par des .périls, par des tentatives glorieuses, ou le racheter en quelque sorte par du désintéressement.
Un homme contribua puissamment à imprimer à leurs entreprises ce caractère généreux et élevé. Cet homme, dont la figure à demi héroïque , dont la vie mêlée de si haute puissance et de si tristes revers méritent d'obtenir ce qui lui a été dénié jusqu'ici , une place dans l'histoire de notre pays, c'est Jean Ango, fils d'un riche armateur de Dieppe , armateur lui-même , mais si riche et si audacieux qu'il équipa des flottes pour faire, en son nom, la guerre au roi de Portugal, et se donner le plaiàir de ravager les côtes de ce royaume.
Un tel personnage n'est pas seulement un caractère qu'il faut peindre, c'est une énigme qu'il faut expliquer : l'occasion s'en ofl'rira bientôt. Quand nous parcourrons, dans le beau viflage de Varengéville , les débris encore brillants et gracieux de la superbe maison de plaisance qu'Ângo s'y était fait construire, alors nous nous étendrons sur l'étrange fortune de cet homme, nous le montrerons rece-
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Tant à Dieppe le roi François 1" avec la pompe et la magnificence d'un potentat, couvrant les mers de ses vaisseaux et même de ses armées, puis enfin terminant sa vie dans Tabandon et presque dans la misère. En racontant ce que nous aurons pu recueillir de son histoire si peu connue, nous donnerons mieux encore que dans ce chapitre l'idée de ce qu'était Dieppe pendant la première moitié du seizième siècle, de l'état de ses richesses, de sa population et de sa puissance commerciale.
Mais, en ce moment, un autre spectacle nous appelle; nous touchons à une grande crise, et Dieppe va se trouver enveloppé dans la disgrâce commune. La guerre civile va fermer et rendre désertson port si florissant : les persécutions religieuses vont décimer sa population , éteindre son commerce, et empêcher, peut-être pour jamais, le retour de sa prospérité.