DEUXIEME PARTIE
vioDS de Tean pure pour épargner nos victuailles. Depuis cejour jusqu'au IS"" de janvier, nous continuasmes à faire marchandises avec eux , et leur vendismes du rouge de Paris, de la toile et des bougrans, des miroirs et des pâtenostres, pour de For, du riz et du miel, des cocqs et poules pour vivre , et ne sçusmes avoir de poivre que deux bachars pour ie Sacre et pour nous.
» Et pour ce que la nuaison se passoit , vivres nous failloient , nos gens se raouroicnt , et quatre hommes du Sacre furent noyés à la barre d'Indapoure, le 15* jour de janvier.
» Pour ces raisons et plusieurs autres , le samedi 22 de janvier, nous devadasmes et fismes voile au ouest-sor ouest pour retourner à notre pays. »
Ainsi se termine le Journal tenu à bord de ia Pensée. Avait-il une suite? son auteur pendant le retour a-t-il continué de noter ses observations quotidiennes? rien ne l'indique, et il importe assez peu de le savoir.
Gomnoe monument historique et même pour ainsi dire comme oeuvre littéraire , cette chronique marine doit , ce me semble, inspirer le plus vif intérêt. Indépendamment de la naïveté et de la justesse des observations, de la simplicité concise du récit, et de ce charme qui s'attache aux paroles de quiconque peut dire fêtais ià , telle chose m' advint 9 il y a dans le journal de Parmentier ample matière à réflexions. Les marins seront surpris de voir combien la marche de ces deux vaisseaux était habile * :
' Leur traversée de ^fadagascar à Ticou fut de deux mois et demi seulement (du !•' août au 19 octobre). Beaulieu, qui naviguait un siècle après (1620), employa six mois à faire le même trajet (du l*!" juin au l*** décembre). Les détails que celui-ci donne de sa navigation attestent son inexpérience de ces mers , et font ressortir Thabileté des anciens Dieppois. Aussi est-il probable que les traditions étoient perdues en 1620 ; on avait assurément des occasions plus fréquentes d'étudier le chemin des Grandes-Indes du temps de Parmentier que du temps de Beaulien.
25 s HiSTOias vm diefpe.
ils remarqueront qae pour doubler le cap de Boone-Espérance Parme»tier manœuvre comme ^n le ferait aujoar* d'hui, avec une expérience consommée des djMger» dont est entoorée cette pointe terrible ; qu*il s*élève à une graade hauteur pour être porté plus aisément dans le canal de Alozambique; que dans la mer des Indes il suit la direc* tion qu'on a depuis jugée la oteilleure ei kr pins sûre pour éviter les moussons et tous les périls qui menaceat sm* ces niers le navigateur ignorant. Quand vieat la saison du départ ils s'aperçoivent que la nuaison se passe, et bien vite on les voit mettre à la voile. En un mot, tout concourt à prouver que nos Dieppois n'en étaient pas à leur coup d'essai S que déjà plus d'une iois ils avaient doublé le cap
1 Le fait suivaDt, extrait d'un auteur portugais , témoigne de ço 4u« lk)u» avainçoDa*
. « Avendo poucos diaa que et rei ( Badur de Chitor ) era parttdo para Ctiampanel, na entrada de juilio do anno de 1527, clte^ou ao porto .(îe Dio liûa nao franccdn que ge armara no porto de Diepa*, de que era capitûo , e piloto hnm ÉsteTfto Diaz Brigas de Atconha poifngtiês, eom até (ftiarenta Francefte!»^ y
( Jaao de Barros, quart» decada da Asia, Dos/eitoi gneos Par* iuguesesfiserâo no descobrimento.econquUta dos mares, e terras do Oriente. £m Madrid, Impressâo real, i615. Ub. Y, cap. vi, p. 296.)
» Il y avait peu de jours que fe roi (Badour de Ctiitor) était parti pnar Ciiampanel, au Commencement de juillet de t'annëe 1527, (juaad un vaiaseaa français , qoi avait été arme dairs ]e port de Dieppe"**, arriva au port de Diu. Ce vaisseau avait un équipage de
* As naos francesas forâo très. Hàa aportou na ilha de S. Lourenço, da quel era o Frances que nella nchou Diogo da Fonscca, como se disse 110 capilolo ir do Livre lil. Ouïra era e»ia de que dqui tiatia Joâo de fiarros ; et da outra era capitâo, e pilote titiin portugiies nalorni de Villa do Conde, que se charnava O Bosailo. A quai uao se perdeo en huâ bahÎH da costa occideutil da ilha Sumatra.
** Les vaisseaux français éiaient au nombre de trois. L'un arriva à l'île de Sditit-Laareul; c'était ik celui-ci qu'appartenait le Français qoe Dio^'o da Fonseca y trouva, comme ou l'a dit dans le eliap.ii du Liv. UI. Le secoud éiait e vaisseau dunt parle ici Jean de Uarros, et le troisième était coaitiiandé par un capitaiue*pilote porlujjais ûalif de Villa do Condc! , et nommé O Rosuda. Ce dernier vaisseau se perdit dans une baie de la côte occidentale de l'ile de Sumatra.
Gomorin; or, comme le premier Portugais qui soit allé au delà de ce cap est Jacques Lopez de Sequeira qui naviguait en 1510, on conviendra que si les Dieppois n*ont pas précédé les Porliigais dans ces pars^es, ils ont bien le droit de prétendre qu'ils les ont visités à peu près en même tempsi Le journal de Parmentier coosiate un fait qui démontre que UiopfK aussi ïntû que Lisbonne avait éé'jk vu quelques-lins de ses fiib re^eutr de TÀrclûpel tnâien : sur cftiaciHi des deux vaisseaux nous voyons un interprète à qui la langue tnaia^e est familière; cetut du Sacre est un Portugais, cetui de ta Pensée un l^pois^
A côté de ce oiouuuieQt , je veui maintenaut eu mou^ trer un autre qui, quoique parlant uu langage différem , me semble digne de senir de pendant au journal de Jean Parmeutier.
quarante Français enviroo , et il était commandé par un capitaine* pilote itortijgais, nommé Etienne Diaz, dont le sobriquet était Brù gas (c'esl-àdîre querelles ou rixes). »
(Jean de Barros, quatrième décade de TAslc, Des faits des PortugùU dans la découverte et ta conquête des mers et des terres déponent Madrid, Imprimerie rojMile , 1615, Lit. V , eh. ti, p. 296.)
Ainsi , de Taveu d*an Portugais, Toilà trois vaisseaux dieppois qui, deux ans avant Parmentier (juillet lii27), se trouvaient dans les mers de l'Archipel indien. Ils étaient nécessairement partis en 1526, et rien ne prouve qu'ils fussent les premiers qui tentassent ce voyage.
Un autre fait résulte de ce passage de Barros : c'est cette coutume alors fréquente à Dieppe de prendre à bord des navires fiançais des pilotes étrangers, en échange, pour ainsi dire, des nombreux pilotes dieppois qui s*eu allaient servir dans la marine des autres nations. N'est-ce pas encore nn argument de plus pour admettre la possibihté de la présence de Vincent Yauez Pinzon sur le vaisseau monté par Coosin en 1488 ?
t II se nomme Jean Masson. (Voyei ci-dessus, dans les ei^traits du Journal.)
Bas-relief de Téglise Saint Jacques.
Dans riatéricur de Téglise Saint-Jacques , du côté de l'Évangile , sous la voûte de la contre-aliée du chœur , la seconde travée, en partant de la chapelle de la Vierge, est murée du haut en bas, à fleur des piliers collatéraux, par une maçonnerie recouverte de la plus riche sculpture. Au moyen de cette muraille faite après coup, la travée se trouve close et forme une petite salle dans laquelle se réunissaient jadis les trésoriers de la paroisse : on la nomme encore aujourd'hui U Trésor.
Intérieurement il ne reste de Tancienne décoration de cette salle qu*un bel escalier , véritable chef-d'œuvre de la sculpture en bois ; le reste a disparu : ce n'est qu'à l'extérieur que la muraille de clôture porte encore les traces assez bien conservées d'une grande magnificence. L'artiste s'est complu à fouiller la pierre, à lui faire exprimer tous les gracieux et brillants caprices du style de la renaissance. Si un odieux badigeon ne recouvrait pas ces dentelles légères, on en sentirait mieux encore la délicatesse ; mais en dépit de ce grossier enduit , on devine la grâce et la finesse du ciseau. Ce sont surtout les ornements et les arabesques qui sont traités avec supériorité ; les figures semblent un pou lourdes : il est vrai que presque toutes celles qui sont à la portée de la main ou du bâton ont été mutilées plus ou moins, soit par les protestants en 1562, soit à des époques plus récentes.
Mais par bonheur il n'était pas aussi facile d'atteindre et de profaner une suite de personnages sculptés sur la frise de celte charmante façade ; la frise, supportée par cinq pilastres à haute base , lesquels sont séparés par sept petites niches peu profondes , terminées en coquilles , peut bien être à la hauteur d'environ vingt pieds au-dessus du sol.