‹ Histoire de DieppeChapitre 43 sur 99 · DEUXIEME I^ARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME I^ARTIE

mettre en scène , Tartiste aura voulu les faire reparaître ensuite, mais pêle-mêle et en confusion. J'ai d'abord cherché à trouver un lien entre toutes ces figures , à leur supposer une action commune : je n'ai pu y réussir. Ainsi , ce sauvage qui vient après le troisième groupe me semble tout à fait isolé, sans aucune relation avec les figures qui précèdent ni avec celles qui suivent; seulement,, il paraît appartenir à la première famille, à celle des Américains. Que fait-il? danse-t-il? fait-il effort pour arracher ce tronc d'arbre qu'il vient d'émonder avec une sorte de serpe? c'est ce qu'il serait difficile de déterminer.

Il y a peut-être quelque liaison entre les six figures qui suivent. Ces trois hommes nus, armés de boucliers et de lances, c'est une tribu qui va combattre ses ennemis. Le pei-sonnage qui est en avant, portant à sa ceinture un car* quois plein de flèches, et dont le bras droit aujourd'hui cassé tenait sans doute un arc , c'est peut-être le chef de la tribu ; enfin ce sauvage chargé de fers, et dont les cheveux relevés et noués derrière la tête semblent annoncer une race différente, c'est sans doute un des ennemis de la tribu, vaincu et prisonnier, que cet autre homme va conduire en esclavage. Ces six figures me semblent devoir rentrer dans la troisième famille : celui que nous supposons le chef est coiffé d'un turban , ses reins sont revêtus d'une draperie ; les guerriers , il est vrai , sont tout nus , mais ils portent des espèces de petits casques en cuir et des boucliers, les uns en plumes, les autres en écaille de tortue; il y a chez eux une apparence de demi-civillsation; L'artiste a probablement voulu représenter des Indiens, •des Madécasses , ou, pour adopter la dénomination générale qui leur est donnée dans le Journal de Parmentier, des Mares,

Les douze ou quinze personnes qui viennent ensuite concourent évidemment à une action commune ; il y a là intention de représenter quelque cérémonie racontée par

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les voyageurs, et les costumes sont assez particuliers poar qa*il soit probable que l'artiste a tohIu placer la scène dans un lieu déterminé. Sans me hasarder à prouver si c*est dans l'Ile de Sumatra , à Jata ou sur la côte de Geytan , je crois pourtant pooToir dire que ces personnages appartiennent encore aoi contrées orientales* Quant à la xérémonie, que ingnifie-t^elle ? je n*ea sais rien» Quel est cet enfant qu'on porte sur cette grande civière? est-ce un ils de prince? est-ce quelque fétiche? cette parade est^ elle rel^;ie«se? peut*être quelque voyageur nous Tappi^n'drait-il. Mais pour nous, tout ce que nous voyons, c'est qu'il y a grande hnhre autour de ce palanqoifl ; les uns battent du tamlxmr, les autres soufflent dans de longs cor* nets 08 trompettes; un homme portant une espèce de hallebarde mn-che e& avant, comme pour faire faire pktce. ^*avoiie que j*ignere complètement ce que tout ceki si^

Je m'expfiqde aussi asses difficilement cesdeui 8âmva« ges qui semblent lutter; et quant an dernier, celui qui tient un long jav^ot, marche^-il es tête de la petite bande joyeuse? est-il au coiHraire isoté et sans rapport avec les autres? c'est ce que je ne pois décider. Je remarque seulement qwe ce personnage ^ et les trois qui le précèdent^ sont entièrement nus et ta lôte ornée à peu près comme le premier groupe, h moins toutefois que leur coiflare soil composée de grandes feuilles plutôt que de plumes.

Après ces quatre figures dont il me semblerait difficile S^ déterminer h pays, viennent trais personnages qui ncKS reportent dans les régions africaines. Comose condeaîoii âi cette longue séHe de ^uvages, l'artiste , avec une intention qu'on serait presque tenté de croire maligne , noos a donné des' sauvages par excellence, c'est-à-dire trei» grands innges de la haute espèce des orangi-outang& Ces trois singes sont peut-^e tes figures ks rniem sculptées , ks plus finement étudiées de tout le b»^elief. il scnôl iid-

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possîfolé ^ rendre avec pla9 d^esprit et de vérité Fallure et les gestes à demi humains de ces êtres bâtards et dis-» gracieux ^

De quelque manière qu'on interprète ee monument» qu'on y voie , comme je le propose , une mosaïque des di* verses espèces de nations découvertes par les Dieppoiss qu'on veuille , au contraire , y chercher la représentation (l'un fait , d'une action quelconque dont tous ces persoo** nages seraient les acteurs, ce que je crois impossible; ou» enfin , qu'on suppose que ce sont autant de figures isolées jetées au hasard et sans intention, toujours est*ii qu'on devra reconnaître que ce bas-relief est une image des moeurs et des costumes des pays situés au delà de l'équa-» teur. Or, quand même il n'existerait à Dieppe ni souve** nirs, ni traditions, ni manuscrits attestant les grandes dé* couvertes des navigateurs de cette ville; quand même vingt autres preuves directes ou indirectes ne témoigne* raient pas des immenses richesses que ces découvertes ont répandues sur leur ville , de leur ardeur pour les voyages et pour les hasards de la mer, du rôle grandiose qu'a joué ce port de Dieppe comme entrepôt du commerce des deux Indes, je crois qu'il suffirait, pour le deviner, pour en acquérir la certitude, de retrouver dans une église, en dépit de tous les canons catholiques, un monument tel que le bas-relief que je viens de décrire.

On voit bien, dans certains ports de'mer» suspendre à la voûte d'une chapelle de petits navires artistemcnt imi<*

^ Après avoir décrit le bas-relief, je devrais peut-être chercher si les innombrables petites figures semées sur toute la façade ne se rapportent pas au môme sujet; je crois qu*en effet il y a filtre elles et celles de la frise un rapport harmouique : elles sont, poQr ainsi dire, l'accompagnement, Torchestre du bas-relief. Ainsi, on voit çà et là des singes, des oiseaux, des hommes nus; mas tontes ces figures sont en général si mutilées, qu'il serait presque impossible de les étudier : on serait réduit à faire sur leur compte des conjectures trop vagues et trop imparfaites.

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tés, ex veto de quelques patrons ou matelots; ftmé ce ne sont là que de simples offrandes à la Divinité : leslmages, surtout celles de pierre , restent exclusivement consacrées à Dieu ou aux saints. Ici, au contraire, voici un bas-relief sur lequel sont représentés des idolâtres, des nudités, tout ce qui est en horreur à TÉglise ! Quelle est donc la puissance qui a pu donner rentrée du temple au sculpteur profane par qui cette pierre a été ciselée? Cette puissance , c'est Torgueil d'une ville ; ajoutons aussi ce culte pieux que les hommes aiment à rendre au génie et aux grandes découvertes de leurs semblables.

Ce monument ne nous apprend pas seulement quelle était alors à Dieppe la passion des voyages , la splendeur du commerce et l'importance des navigations, il nous prouve jusqu'à quel point ces contrées lointaines devaient être déjà connues, combien de fois elles avaient été visitées, observées, étudiées, puisque d'un côté les élèves et les successeurs de Descaliers les traçaient sur leurs cartes, et que de l'autre les sculpteurs et les artistes en donnaient des portraits si détaillés et si fidèles.

Deux coutumes qui s'étaient introduites dès le commencement des voyages expliqneront>comment , en 1530, il se trouvait déjà à Dieppe des hommes capables de peindre ou de sculpter les costumes de ces régions situées à deux ou trois mille lieues. D'abord il était rare que soit le maître charpentier du bâtiment, soit ses apprentis, ne sussent pas un peu dessiner; souvent même on faisait monter à bord un dessinateur de profession , lequel prenait des croquis de costumes, d'armes, d'instruments et ustensiles, en un mot de toutes les singularités qu'on rencontrait dans le pays nouvellement découvert. Ces dessins étaient annexés au rapport du capitaine, et déposés avec ce rap|X)rt au greffe de l'amirauté. Si l'expédition faisait du bruit, les curieux et les artistes de la ville ne tardaient pas à aller consulter et copier les dessins ^

i Presque toutes les relations des voyages des seizième et dix-

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