DEUXIEME PARTIE
leur côté, savaient si bien qu'ils n'a?aient aucune protection à attendre, ils s'isolaient tellement du gouvernement, agissant uniquement pour leur propre compte, qu'ils ne donnaient pas même avis de leurs découvertes au roi ni à ses conseillers.
Quelle différence dans le reste de TEorope I A Lisbonne, en Casiille , les rois, mieux avisés ou investis d'une autorité plus forte , curent à peine entendu parler des nouvelles Indes, que, comprenant les profits qu'on en pouvait tirer, ils se firent les premiers commerçants de leurs royaumes , équipant des vaisseaux , armant des flottes , s'adjugeant les terres nouvelles, en exploitant les trésors, et pour comble de précaution s'en faisant déclarer, par le vicaire de Dieu, souverains et propriétaires de droit divin.
Sans doute les belles découvertes de quelques-uns de leurs sujets, le génie des Gama, des Colomb, leur avaient donné droit à la possession ou du moins à l'exploitation d'une partie de ces riches contrées; mais nos navigateurs dieppois , qui n'avaient eu ni moins d'audace ni moins de génie , qui avaient les premiers planté leurs drapeaux sur tant de rivages , qui pouvaient à si bon droit demander aussi leur part au saint-père , parce qu'ils ne sont que de simples marchands isolés, sans appui, parce que dans leur pairie les rois s'amusent à guerroyer en Italie et à faire les chevaliers au lieu de prendre place à ce grand festin du nouveau monde, les voilà dépossédés de leurs découvertes et réduits à se faire corsaires s'ils veulent encore naviguer.
On a dit souvent : La France a le secret d'inventer, mois elle n'a pas l'art de profiter de ses inventions. Jamais adage ne fut justifié par un plus éclatant exemple.
A la vérité, trente ou quarante ans après que la carrière était ouverte , le roi François P' s'avisa de vouloir y entrer. Quand tous les souverains de l'Europe s'étaient adjugé leur lot, l'idée le prit d'avoir aussi le sien, et il fit faire à ses frais deux ou trois expéditions sur les côtes de
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r Amérique Mptentrtonale } fxplorfttioui hsfûieê et sa^ vatites^ qai complétèreût la eofioaissaitce q(i*oti poMéëait déjà de cette partie du nouveau contiiiefif , maia qui, pour la fortune de la Frauce , ne prddoisireât aucuu réiuUat solide ni durable ^ Un défaut de suite dan^ la Vcrto&té du souf erab et dans là politique de aoti ccmseil, Ofle certaine légè»reté inaouciaute f une façon de vivre et de gouverner au jour le jour, furent cauae que ces entreprises échoué* renti pour ainsi dire, avant de naître*
Maia d'od vient, dira-'t^on, qu'à défaut du roi de Fl-auce une compagnie de mardiauda fran^^ia ne a'éleva paa pour tenir tête lut tisurpateurs couronnés? 91 dès le qualor* adème siècle k» eoniftîérçants d'Honfteor et de Rouen a'aa« aocièrent avec cent de Dieppe pottr fonder dea compcoira sur la côte de Guinée, pourquoi n*aurait-on pas vu, en 1 bMf
< La première de ces expéditions eut lieu en 1524. François I'^ éti avait donné la direction à Jean Verazzani ou Verazzano , pilote florenfiii , qui avait déjà navigué dsins ces mers «eptenfrioitate». YnaÉiMiio pareouftit 1(49 dârt<!a d'AMéfiqaè, depuis le ^ degré de totitade aord jusqn'a Terre*Keete. Ik écrivit tm roi de France une lettre %m est parvenue j^s^'à neus , et %tii renferme une descrip^ tion curieuse des hommes et de la nature de ces contrées. On con« serve à Florence, dans la bibliothèque SCrozzf, une description cos« niogrâpbique des cétes que Verazzano avait reconnues, et Ton yrali sur cet autographe qnll avait cherché un passage par le nerd pouf arriver aoa lnâei orientâtes. Quant à la kttra éerifa au roi 4e France t en la tronve dans la eollaelian de ftamosio^ Maie Leaeiir* bot, dan» son ifi&twte dé la NùUviUe Fntnce (Paris, l§69)y donne une relation détaillée du voyage de Verazzano.
Dix ans après, en 1534, François P**, sur l'invitation de Philippe de Chiibof, son amiral, chàigea un navigateur de Saint-Malo, nomitié Jacqtres Carfiet , d'alfer de rkmveau etplôrer lea cetes reconnues et décrites fêt Yerazaaoe. Carfùr partit de ftaiat'Malo, le 20 avril ia34 , av€C deux navire» de ùO tomteeUx et de soixante hommes d'équipage cbacoa. Après une navigation très-beureose, il vint atterrir sur la cô.e orientale de Terre-Neuve, à peu près à l'endroit où Verazzano en avait abandonné la reconnaissance. Il péné-^ tra dans le ftetrve iSatttt-Laurettt , et acquit la eertttade qtfe Terre- Neave était eéparée de eoeffiefit. th reto^ k saMMafo, le 6
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one «emblabie aMociation ae forniar et créer des étftbiisae* ment9 coloniaox sur telle ou telle c6te nouvellement découverte par les Dieppois?
heu eireonatanees étaient bien changées. Pour traiter de puissance à pnifisancc avec les rois de Portugal et d*£8pagne , pour opposer des flottes i leurs floties . il fallait toutes les richesses et toutes les forces militaires d'un grand État. La bourse de simples marchands peut fonder des co< lonies • mais ne peut pas les défendre. La compagnie des Indes elle*même , cette vaste association qui est presque un gouvernement , pourrait-elle subsister sans Tappui des armées et des vaisseaux de ligne de l'Angleterre?
Pendant les premières années du seizième siècle, les Dicppois n'ayant pas encore l'expérience de celte impos** sibilité de former des établissemente fues dans les paya
septembre 1534, il en repartit le 19 mai 1835; et, dans ce second voyage , il remonta le fleuve Saint-Laurent jusqu'à sept ou liult lieues au delà de reodroit où, depuis, la ville de Québec a été bà< tie. Étant revenu en Franca en lô3ô, il reçut Tordre de mettre une troisième fois à la voile en 1540. Le but de cette expédition était de fonder un établissement. Cartier devait ^tre sous les ordres de Fr'tnçois de la Roque, seigneur de Robcrval, qui était nommé viceroi de tous les pays environnants. Ce vice-roi ne partit que plus de dix-huit mois après Cartier , qui resta pendant ce temps aban-. donné à ses propres ressources { pressé par la disette, il fut oblii;é d'évacuer rétablissement qu*i) ivait à peine ébuuciié sous le nom de Nouvelle France,
Tel fut le pr<}mier essai de notre gouvernement pour fonder une colonie* On voit comment les mesures étaient prises, et avec quelle sagesse tout était concerté ] Le sieur de Hoberval, après s'être fait attendre li )ong»temps, rencontra Cartier qui s'en revenait en Frant e. Il voulut le forcer à retourner au Canada; mais Cartier, qui savait l'état des choses, prit sur lui ds désobéir.
Cet habile navigateur a laissé un Journal de ses voyages. Lesoarbot le cite eu antier dans son fiisloire de to Nouvelle' France. namusio l'a inséré dans sa collection. Lorsque le dépôt des cartes et plans dala marine a publié le PUoie de Terre^Neuve, on a voulu c )nsacrer Us découvertes de Cartier, en écrivant les noms qu'il leur avait donnés au-dessous de ceux qui sont usités aujuurd'bui.
qu'ils découvraient , et conservant un souvenir séduisant des grands profits que leurs pères avaient tirés du Petit- Dieppe et de leurs autres comptoirs de Guinée, conçurent le dessein de tenter de semblables entreprises. Ainsi nous voyons, en 1508, le sieur Ango, père du célèbre armateur, confier ia Pensée \ un de ses navires, à un pilote nommé Thomas Aubert, pour aller fonder un établisement à la Terre-Neuve, dont les rives avaient été découvertes quatre ans auparavant par deux vaisseaux , Tun dieppois , l'autre breton , et qu'un pilote de llonfleur, Jean Denis , avait visitée depuis ce temps, en 1506 ^ Thomas Aubert reconnut qu'on pouvait faire sur cette côte un grand commerce de pelleteries, que les mers qui la baignent offraient une abondance extraordinaire de poissons et surtout de morues. Ango, profitant de cet avis, renouvela souvent ses expéditions vers cette côte et en tira de beaux profits. Mais quant à l'établissement qu'il avait essayé d'y fonder, il reconnut bientôt que ce n'était pour lui qu'une source de dépenses, et ne tarda pas à l'abandonner.
Cette expérience et quelques autres aussi peu profitables persuadèrent aux Dieppois que fonder des colonies était un métier de rois; que des commerçants devaient faire du
* On a vu plus haut que c'est sur un navire du même nom , appartenant à Ango fils , que , vingt ans après , Parmeotier faisait voile pour Sumatra.
* Ces faits sont attestés par un écrivain espagnol , Navarette, qui ajoute même que le capitaine Aubert ramena et conduisit à Paris le premier sauvage qui y eût paru. Dans le Discours du grand capitaine f conservé par Ramuzio, les mômes faits sont attestés. Voici ce passage , extrait de l'ouvrage italien :
« £ sono circa 33 anni che un navilio di Honfleur, del quale era capitano Giovanni Dionisio, ed il pilotto Gamarto di Roano primieramente vi and6, e neU'anno 1508, un navilio di Dieppa detto la Pensée, il quale erà già di Giovan Ango, padre del monsignor lo capiiano e viscomte di D'teppa vi andè , sendo maestro over patron di detta uave maestro Thomaso Aubert, e fu il primo che condusseqni le genti del detto paese. v