DEUXIEME PARTIE
Qu'on juge de Tindignation des Dieppois à la nouvel'c de ce massacre. Goligny demanda vengeance au roi ; mais Charles IX se réjouissait au fond de l*âme et sa cour s'applaudissait tout haut de voir Tamiral délr&aé. En effet , le succès de la colonie eût donné à l'amiral une espèce de royaume, son parti en eût acquis de Timportance; il y avait donc lieu de bénir les Espagnols plutôt que de les combattre. Quant aux Dieppois, les nouveaux troubles qui survinrent, et dont leur ville sentit le contre-coup, les empêchèrent de venger eux-mêmes leur querelle : mais ils ne faisaient qu'ajourner cette dette de sang ; plus tard les flibustiers la payèrent.
Dominique de Gourgues n'attendit pas> si long-temps. Ce gentilhomme de Gascogne, navigateur habile, avait voué haine à mort aux Espagnols , dont il avait reçu des outrages personnels. En apprenant l'assassinat de Ribault il ne se contient plus , vend tout son bien , fait construire deux navires , les arme , les équipe à ses frais , et le voilà cinglant vers la Floride avec des compagnons déterminés comme lui. Il attaque à son tour le fort Caroline, passe la garnison au fil de Tépée, et, pour que la vengeance soit complète, les vaincus sont pendus à des arbres sur lesquels on écrit : Non eonime Espagnols, mais comme assassins.
Ce coup d'audace n'empêcha pas l'Espagne de rester
nue relation de cette seconde expédition à la Floride, et de la catastrophe de Ribault. Il s'était embarqué avec ce capitaine pour dessiner les côtes où Ton aborderait, et prendre la topograpliie dos villes, rivières , etc. Étant parvenu à se sauver avec le neveu de Ribault et Laudonnière, il arriva en Angleterre , et s'occupa du récit de son voyage, ainsi que des 'dessins destinés h l'accompagner. Théodore de Bry, l'ayant trouvé à Londres en 1587, l'entendit souvent parler de ses voyages, de ses manuscrits, de ses dessins; il en fit l'acquisition. C'est ainsi que la relation de Jacques Lemoyne s'est trouvée conservée dans la collection de Théodore de Bry (fie partie). — ( Voyez , dans la Biographie universelle, Tarticle RIB4ULT, par M. Eyriès.)
280 nigTOIRB M Picm.
mattreaie de ia Floride • et la France o'esstya paidiiUii endisputer la posMisioQ. G*étak ver» le Canada qu*eHe derait désormais concentrer tous ses efforts.
Tant que dorèrent les guerres civiles, il se fut question ni de colonies ni d'expéditions d'outre-'iner ; maiâ aussitôt que Henri IV fut affermi sur. son trône, il rendit en faveur d*un gentilhomme breton , le marquis de La Roche , des lettres patentes à peu près semblables à celles que François I"' avait accordées en 1540 au sire de Roberval. In-» vesti du titré de vice^rai , M. de La Roche partit pour le Canada, mais il échoua dans toutes ses tentatives de co* Ionisation et fut contraiut de revenir en France confesser son imprévoyance et ses revers.
Ce fut alors que Henri IV, pour récompenser les ser-* vices du gouverneur de Dieppe, Aymar de Chastes, lui confia cette vice-royauté, du Canada dont avait si mal profilé M. de La Roche, ^ialheureusemept M. de Chastes mourut quelque temps après; mais il avait choisi pouf son lieutenant un homme d'un grand mérite , et qui devint le fondateur et le père de la NauvetU France. Champlain, c'était son nom , dirigea avec tant de sagesse et de perse-* vérance les diverses expéditions qui lui furent confiées , qu'en dépit des intrigues du père Cotton et de ses jésuites qui voulaient le supplanter, en dépit des fautes de la cour qui donnait la vio^-royauté du Canada k des hommes tels que M. le prince et M. le maréchal de Montmorency, il parvint h élever et à maintenir un établissement. Avec l'assislance de Pontgravé, de Démons, de Pentraincourt et de Lescarbot, hommes de cœur, d'esprit et de dévouement, . il jeta les fondations de Québec, et bientôt la nouvelle co-» lonie devint pour la métropole la source d*un grand commerce et d'abondantes richesses. £n 1627, le cardinal de Richelieu consolida l'œuvre de Champlain en concéda t le Canada, non plus comme un apanage et une vice-rt)yaulé à des gentilshommes oisifs qui n'étaient bons qu'à en accaparer les revenus, mais à une société de commerce dite
ta Cùfnjpagnie des cent associés , qui dernH es décupler la prospérité et les trésors. Depuis ce temps jDsq»>n 1759, cette belle colonie resta en ûoti'e pouvoir' ; la triste paix de 1?63 Doos en dépocrflla sans retour, et nous ne consetifâtnes de nos possessions dans F Amérique septeit^ trionale qd'tiii bout de plage stérile sur le banc de Terre- Neave, où Ton daigna nous accorder la permissieo de sé^ cfaer le produit de nos pêches.
En môdie temps que CbampiaHi créait rétablimetHent du canada, la mer des Antilles! toyait un I^ppots^ bravant ks Ëapignob, fonder trne autre colonie non moins célèbre, celle de nie Salnt^Ghristopbe et de la Martinique , notre premier établissenaent aut îles Sons le YentV
^ Ut Anglais t'étainit ainlwrés de Qnébe» «d ià^* Va €alti« Diste dieppois, Donmé Kertb| C4)iiiiiiaiidait leur escadre ; mais, en 1633 , le Canada fut rendu à la France , et c'est depuis cette époque, jusqu'en 1759, que nous Tavons possédé sans interruption.
* Si rtionneur d'atolr fotfâé fe» eotonles françaises dans les Mes du Vent ap^arlleiit à m 0ief>(idis, ettoi é*y ayolr iatrodait Is cM-^ ture, qui éft a fait «t ^i en inaifitient la proS^ité , est dO 1^ un de If^ra concitoyens.
« Les Hollandais sont les premiers qui transplantèrent le caféyer de Moka à BataTia, d'où ils en envoyèrent quelques pietés à Anister dam. Att comuieneement an dix^frahième siècle, l^s maglstrai» de cette tiUe en enfo^èrevit «m k L«uis XIV. Cet arlMste f qui fut sdigné au Hrà'm des Plantas de ^ari», destinée n'être ^«'on objet da curiosité el d'étude ^ a été le père de tous les catéyors plantés depuis dans les lies françaises de FAméiique.
» En 1713 , de Cfieux , issu d'une des familles les plus distin* guées de la ville de Dieppe, où il est né lui-même, ayant été HomsAé Ii4»rfteii*lrt du tîA à la Hf aniaiiitfef, Oettaada et obtint an des eaféyers éleiés da»s les serres du Jai^. Cet arbuste était très^ délicat , et e^igeafl les phis grandes piéia«tioifs dass son trans^ port, lift tratersée fat longue et pén^Wej reaa douée detttt tellement fàra qem l'é^ttlfHige fot réMt et la plos foiMe ration^ De Clieux leprita de ta sienne po«r arroser et sMver s«d précieux arbvste.....
» Un de ces terribles ouragans auxqael» la Ma r i in wp i s est trvp
288 UlSTOiaE D£ DIEPPE.
Vandrosques Diel d*£nainbuc était bon pilote , homme de résolution et d'honneur ; il courait les mers depuis son jeune âge , et s'était rendu fameux dans maints combats. Yei^s 1625 Tenvie lui vint de ne plus s*en tenir à la course, et de tenter quelque exploit plus hardi. Ayant choisi quarante marins intrépides , il monte un brigantin de huit canons, construit à Dieppe de ses propres deniers, et s'en va dans la merdes Caraïbes, avec dessein de s'emparer de quelque coin de terre , et d'y établir un port , une station pour les vaisseaux français traQquant dans ces para* ges. Après s'être vaillamment défendu contre un galion espagnol de trente- cinq canons, il aborde à l'île Saint- Christophe. Ce lieu lui semble dans une situation favorable, et il en prend possession; mais par un hasard singulier,' Warner, navigateur anglais , débarquait au même instant à l'autre extrémité de l'île avec les mêmes projets. Les deux nations , au lieu d'en venir aux mains , se partagèrent de bonne amitié le territoire , et firent un pacte d'alliance offensive et défensive qui devait avoir son effet nléme dans le cas de guerre entre les deux mères-patries. Après huit mois de séjour dans cette contrée fertile , d'Ënambuc revint en France , son navire richement chargé. Il fut présenté au cardinal de Richelieu, et lui mit sous les yeux un projet d'association pour le commerce des Autilles. Le ministre, ayant goûté les plans de d'Enambuc, lui délivra une patente pour fonder sa colonie , et signa le premier l'acte d'association. Quelque temps après, voulant rendre sa protection plus eSQcace , il lui donna des secours
souvent exposée ayant détruit tous les cacaoyers qui en formaieut la principale culture, de Clieux, qui avait multiplié ses caféyers dans ses pépinières , les distribua généreusement à tous les planteurs, qui en savaient apprécier les avantages; bientôt Saint-Domingue, la Guadeloupe et les Iles voisines participèrent à la multiplication de cet arbuste, dont les produits sont encore leur richesse la plus sûre et la culture la moins dispendieuse. » {Hecherches, etc., par M. Estancelin , p* 106.)