‹ Histoire de DieppeChapitre 49 sur 99 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

en hommes et en argent , avec l'aide desquels d*£nambuc sut garantir de la jalousie des Espagnols son établissement naissant, et le faire respecter de ses voisins les Anglais, qui tentaient quelquefois de dépasser les limites convenues. Quand la colonie de Saint-Christophe ne réclama plus sa présence, d'Énambuc passa, en 1635, à la Martinique, suivi de cent hommes , demi-soldats , demi-cultivateurs , qui l'aidèrent à bâtir le fort Saint -Pierre, Il travaillait avec une ardeur infatigable à la prospérité de cette nouvelle colonie, lorsque la mort le surprit en 1636. Le cardinal , en apprenant cette' nouvelle , dit au roi : « Votre Majesté vient de perdre un de ses plus utiles serviteurs*. »

^ Le cardioal avait aussi favorisé rétablissement des Dieppois sar la côte du Sénégal. Voici ce qu'on lit dans Asseline, sur Tan 1638 :

a Ce capitaine dieppois ( le capitaine Lambert ), ayant pratiqué, les années précédentes , la traite du Sénégal avec le même navire, qui en fut surnommé le Sénégalois , les marchands de Rouen et de Dieppe ( lesquels faisoient une compagnie de commerce) s'efTorcèrent de l'entretenir et de l'envoyer en ce pays-là avec deux autres navires, dont l'un estoit chargé de provisions de bouche et de guerre , et l'autre d'ouvriers et de matériaux propres pour y bAtir une habitation et faciliter, par ce moyen, le commerce qu'ils avoient entretenu jusqu'alors avec beaucoup de dépense et de pertes, ainsy que ceste compagnie représenta au roy, qui eut la bonté de leur en accorder la permission en faveur de M. le cardinal de Richelieu , à l'exclusion de tous les autres marchands firançois. Comme ces vaisseaux furent équipés avec beaucoup de diligence et conduits avec bien du bonheur, ils arrivèrent au Sénégal l'an 1638. D'abord chaque Dieppois se mit en devoir de rendre ses services à la compagnie. Les uns firent monter sur la rivière des barques chargées de marchandises qu'ils devaient traiter avec les nègres , les autres s'occuf^oient à construire , avec des briques et d'autres matériaux qu'ils avoient apportés, une habitation pour la sûreté des hommes et de ce qu'ils avoient de précieux. Mais cette habitation, qui fut la première que les chrestlens avoient faite en ce pays-là, ne subsista que jusqu'au temps que nous marquerons sur l'an 1661.

» 1661. Lorsque le Sainl-Lou y s iparXii du Sénégal, il laissa l'ha-

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Ce fut quelques années après la mort de d*£naoibuc qu*on vit apparaître les flibustiers. Richelieu venait de mourir S et la protection qu*il accordait aux colonies ne lui avait pas survécu. Bientôt le royaume tomba dans un tel état d'agitation et de trouble , que personne ne songea plus à donner signe de vie à ces milliers de Français transportés au bout des oiers. Se voyant ainsi abandonnés, effrayés de leur isolément, la plupart des colons émigrèrent de leurs habitations et vinrent se réfugier sur la côte septcntdofiale dd Saint- Domiugne , se cachant dans les forêts qui la couvrent f et faisant , pour se nourrir, la chasse aux bœufs sauvages dont Tile était peu peuplée; de là vient que d*abord on les nomma boucaniers. Bientôt leur nombre croissant chaque jour, et la chasse devenant moins prodcrclite, il fallut chercher un autre genre de vie. Quelques-uns entreprirent des défrichements et des essais de culture ; la plupart dédaignant cette vie sédentaire , et préférant les hasards et les périls de leur première profesèioo « se lancèrent sur TOcéan. Ils s'établirent d*abord en confrérie , sons le nofn de Frères de ia céte^ mettant leiirs biens en cotnmtm et ne reconnaissant d*atitre supériorité entre enx qne celle de fa force et de Fadresse. Subdivisés en petites sociétés de cinquante ou cent hommes au plust ils se mirent à vc^uer nuit et Jour dans de grandes

bttatioD des Dieppoto en très-bon estât, sous la conduite du sieur liOuysGaaUieri commis de la compagnie des marchands de Dieppe^ de Honen et d'ailleurs. Je diray, en passant , que caste habilatioii eeftoH dans une petite isie de la rivière de Sénéga, à une lieue de la mer , et que les Dieppois avoient egté contraints de s*y establir et d'y retirer leurs inarcbandise»^ Toyant qne la mer ayoit percé la hutte de rembooclnrre de cette rivière et qu'elle renversuit les bâtiments de l'bid»it«tioa qne le sieur Cavlliev avoit fait construire environ Tan 165a , après que celle du capitaine Lambert, dodt nous avons parlée est eeté sapée par les vagues et teftibée en ruines peu après sa mort. »

Telle ftit Toriglne de la colonie du Sénégal.

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9m%tiut VAUTIB. 291

barques déeouTertes, comme des sauvages, r«U toujours filé sur rhorizon. Apercevaient-^ils une T(Hle, aussitôt ils bondissaient sur leurs rames; et si le navire venait d'Espagne , malheur à lui : c'était un duel à mort. Sans consulter leurs forces ni celles de Tennemi, les frères s'élançaient à l'abordage , et, point de milieu , ils exter<> minaient l'équipage , ou se faisaient tuer jusqu'au dernier. Vis-à-vis des autres nations, ils n'éprouvaient pas cette haine implacable; mais la vue d'un Espagnol les transport' tait de fureur.

La renommée des Frères de la côte et les ricliesses qu'ils amassaient engagèrent bon nombre de leurs compatriotes à les aller rejoindre et à s'enrôler dans la confrérie ^ Vers le milieu du dix-septième siècle on voyait fréquemment sortir dq port de Dieppe qnelques petits lougres ou brigantins armés de quatre canons , chargés , en guise de filets, de haches, de pistolets, d'arquebuses et de poudre : trente à quarante hommes de bonne mine, l'air résolu, chantant à pleine voix, se tenaient debout sur le pont. Ne demandez pas où s'en vont ces bateaux : J ta pêche aux Espagnols , vous répondraient les enfants du port.

Indépendamment de ces petites associations isolées , on compta bientôt à Dieppe jusqu'à sept grandes sociétés qui armaient des navires pour la flihuste : c'est ainsi qu'on désignait ce genre de piraterie. Flibuste est un vieux mot qui signifie hutin ; de là le nom de flibustiers.

Parmi les flibustiers dieppois , plusieurs se sont illustrés par des traits de bravoure béroiquos et presque fiibuleux. On cite les Oupré, les Boutants, les Thomsi^ Langlois. Pierre Legrand est un des plus célèbres. Voici cofiiment

^ L'exemple des Dieppois fut spivi par beaucoup de marina des autres ports de France ; déjà, parmi les Ifoucanier» et autrL^s réfugiés à Saînt-DomiBgue, on comptait des Bretons et des Roehellois ; mais les Dieppois étaient incomparablement plus Bombieux et pins influents dans la confrérie que tous ka autres Français.

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il débuta dans la carrière. Il croisait depuis quinze jours au débouquement de Babama , lorsqu'il vit Tenir à lui un grand galion espagnol avec pavillon de vice-amiral. Forçant aussitôt de voiles et de rames , Legrand court au-devant du galion , Taborde , s*élance sur son bord , et en même temps coule à fond sou propre navire. Celte audace désespérée étourdit le capitaine espagnol; son équipage, stupéfait , ne songe pas même à se défendre. Legrand, maître du galion, dépose une partie de ses prisonniers sur le rivage , et n*emmenant avec lui que le capitaine et ses officiers , s'en retourne fièrement à Dieppe faire admirer sa prise 9 et en récolter les immenses profits.

La puissance de ces aventuriers ne fut qu'éphémère. Après avoir fait trembler pendant vingt ou trente ans les Espagnols , après avoir régné en despotes sur les mers des Caraïbes et dans le golfe du Mexique , on les vit , avant la fin du dix-septième siècle , s'éteindre et s'éclipser peu à peu. La plupart avaient trouvé la mort ; d'autres, épuisés de fatigue , s'étaient retirés dans leurs foyers. La confrérie avait complètement disparue

' Le dernier de cette milice flibustière que dous ayons tu à Dieppe , dit l*auteur des Mémoires chronologiques , était le sieur Sevault, mort très-âgé en 1743. Il était surnommé le Vera^ruz, parce qu'il s'était distingué près de cette ville dans une expédition périlleuse.

Long-temps aptes rextinction des flibustiers, on remarquait encore dans la population dieppoise des germes de son ancien pen* ^ chant à la flibusterie.

« Le 25 mars 1725, dit la Chronique manuscrite du prêtre Guibei t, deux navires arrivant à la rade de Dieppe , la mer pour lors devenue orageuse , les dits navires firent coste , et plusieurs personnes y périrent. Les marcliandises qui estoieut venues jus(|ues sur le bord du galet, par la mer qui les y eutratiioit , furent pillées des habitants delà ville de Dieppe. Comme cet accident estoit justement arrivé dans le temps de la Pasques , les confesseurs obligèrent tous ceux qui avoient de ces marchandises chez eux de les rendre ; mais cela ne retourna pas aux «oarchands à qui estoient les navires, ce fut au profit de MM. de Tamiraoté. v

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