DEUXIEME PARTIE
I/époque approchait où la patrie des flibustiers allait rUe-inême s'ensevelir sous ses ruines ; mais avant de dire un long adieu à cet Océan , témoin depuis trois siècles d«s découvertes et des exploits de ses enfants , il lui était réservé de fournir à la France un dernier tribut de gloire en lui donnant un de nos plus grands hommes de mer, l'immortel Duquesne.
Fils d'un des meilleurs capitaines du port de Dieppe ce fut sur le vaisseau de son père que Duquesne apprit l'art de la navigation. Il se félicita toute sa vie de cet apprentissage de la marine marchande. « Je ne connais pas, disait-il, de meilleure école pour former des amiraux ^ »
Ces mêmes gens qui pillaient ces deux navires échoués n'auraient pas touché à deux charrettes versées sur la grande route : sur terre le bien d*autrui leur eOt semblé sacré , sur mer ils ne pouvaient s'empêcher de crier : Flibuste I
Il y aurait une histoire à taire des corsaires dieppois. Elle com< mencerait avec les guerres de religion : les combats entre calvinistes et catholiques sont encore plus animés et plus pittoresques à lK)rd des vaisseaux que dans les rues de Dieppe. La Chronique de Guibert raconte les courses de Jacques Sourie, fameux corsaire huguenot, qui arma, en 1570, cinq vaisseaux diins Tespoir de venger la mort de Ribault. Pendant qu'il cherchait les Espagnols , il rencontra un vaisseau porlogais chargé de quarante jésuites. Attaquer et prendre ce vaisseau fut raffaire d'un instant : Sourie fit grâce à l'équipage; mais, quant aux jésuites, il donna l'ordre de les jeter tous à la mer; et à mesure qu'un de ces malheureux tombait dans les flots il leur disait : » Allez dire votre messe à la pa« piste, » et autres propos de protestant.
Quand le port de Dieppe leur fut interdit , les corsaires calvinistes se réfugièrent à La Rochelle ; quelques-uns prirent du service en Angleterre , ou dans d'autres pays protestants.
On a vu de nos jours que cet esprit guerrier et aventureux n'était pas encore éteint chez cette population. Depuis 1792 jusqu'en 1814, parmi les vaisseaux armés en course qui causèrent quelques inquiétudes aux bâtiments de commerce anglais, les plus intiépides et les plus heureux étaient montés par des Dieppois.
< Un autre Dieppois , Vauquelain , fils d'un capitaine de navire marchand , marcha sur les traces de Duquesne , et l'eût peut-être
S94 niSTOiRB n siepfe.
Duqoesne termine d*une manière éclatante cette longue série de marins dieppois dont nous venons d*exhomer les noms. Pour lui , noos n'avons pas à raconter sa gloire : elle est connue de tout le monde. On sait combien de fois la Manche, les cfttes d*Espagne et la mer de Skile le virent foudroyer les ennemis du pavillon français ; on sait qu'il fut le vainqueur de Ruyter, le premier bomme de mer de la Hollande.
Pourquoi faut-il que Louis XIV crût sa conscience in* téressée à refuser à ce grand homme, je ne dis pas le titre d'amiral que la France entière lui décernait, mais seulement un tombeau î Duquesne était protestant et d'une âme trop fortement trempée pour céder en matière de religion aux exigences du monarque. Il mourut simple lieutenant-général des armées du roi, et ses fils sollicitèrent en vain Thumble pernkission de donner à sa dépouille mortelle Tabri d'une sépulture.