CHAPITRE IL
DIEPPE PENDANT LES GUERRES DE RELIGION JUSQU'A LA RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES. (1557-1685.)
On ne compte à Dieppe aujourd'hui que très-peu de familles protestantes. A l'entrée de la rue de la Barre, vous voyez, à main gauche, le mesquin portail d'une cha^ pelle , dont l'intérieur étroit et sans profondeur ne peut contenir qu'un petit nombre de fidèles : c'est le temple réformé*.
Il n'en élait pas de même il y a trois siècles. Cette vaste église Saint- Jacques , cette spacieuse église Saint-Remy, n'étaient pas assez grandes alors pour abriter les enfants de
* Ancienne chapelle des Carmélites, bâtie vers 1675.
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Calvin. Il fbt un temps où dans tonte la vtHe le cathofi<^ cisme ne compta pas nn seul autel Nobles , bourgeois, matelots, tous aTaient déserté la messe pour le prêche.
Comment les choses ont-elles si complètement changé? comment le protestantisme s*est-il enfui de Dieppe? comment les fils de ces pêcheurs qui faisaient s! rude guerre aux images et aux reliques se prosternent-ihi dévotement au pied de ces grands crucifix de bois peint plantés sur le rivage ? Je ne sache personne qui ait daigné rtous Tap-^ prendre, personne qui ait consacré quelques pages à Fhistoire du protestantisme à Dieppe. Le nom de cette ville paraît bien ç^ et là dans les récits de nos guerres religieux ses. On nous apprend que Henri IV y trouva des amis et du secours, que Mayenne se fit battre à la vue de ses remparts t mais qui a songé ) nous introduire dans cette autre La Rochelle pour nous faire assistera un drame non moins animé , non moins pittoresque que les scènes dont Paris, ou telle autre grande ville , était alors le théâtre , et que tant d'historiens ont célébrées?
Heureusement les traditions de cette époque se sont conservées dans quelques familles de Dieppe , et surtout chez quelques habitants des campagnes voisines. M. Féret, dont les investigations ne se portent pas seulement sur les ruines romaines , mais qui se voue à la recherche de tout ce qui peut intéresser Thistitire de sa province , est parvenu à recueillir , en interrogeant tantôt les cabanes, tantôt les châteaux , une fouie de documents qtt*il a bien voulu me transmettre. Il a même été asses heareui pour découvrir deux manuscrits dont on lui a permis de pren^ dre copie, et qu'il a eu Tobligeance de me communiquer.
Ces deux mémoires, où sont rapportés presque jour ])ar jour tous les événements relatifs aux progrès et à la chute de la réforme à Dieppe, ont été écrits, l'an par nn protes^ tant zélé, l'autre par un catholique sincère , vem te roitlcn du règne de Louis XIV, c'est-à-dire un siècle environ après les événements qu'ils racontent i maii, à n'en pas
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douter, c*est d'après des notes et des traditions contemporaines qu'ils ont été rédigés. Ce qui doit donner d'ailleurs un grand poids à leur témoignage, c'est qu'en général l'un et l'autre rapportent les mêmes faits ; il n'y a de différence que dans k manière de les juger et de les peindre *.
Je voudrais donner textuellement ces deux manuscrits, si je n'étais arrêté par leur trop grande étendue , et surtout si bon nombre de faits insignifiants, ou dont Pintérét purement local est tout à fait nul aujourd'hui, ne se trou- Yaient réunis pêle-mêle avec ceux qu'il importe de recueillir. Je me bornerai donc k ne rien omettre d*important, et à tâcher d'ajouter aux faits que j'emprunterai aux deux cfarooiquears tous ceux que les traditions orales auront pu me fournir.
^ J'ai encore «n à ma disposition deux autres manuscrits trai* tant des affoires de la religion a 0iep()e; Fvn est la chronique du prêtre Guibert» que m'a prêtée M. Delamare, et dont j*ai parlé plus haut; l'autre un manuscrit de la Bibliothèque du Roi> intitulé RC' marques sur Dieppe (Supplém franc. 2^4 ' ^ ). La chronique du prêtre Guibert, qui est une histoire complète de Dieppe, ne parie qu'en passant des affaires religieuses, et n'est qu'une répétition affaiblie du manuscrit cathoiitiae de M. Féret. Quant au maiaiscrit de 1% Bibliothèque , c'est on recueil de notes sur les principaux évëae* ments dont la tiIU a été téwoin. Âu milieu de ces notes , entassées sans ordre , se trouve la copie d'un petit mémoire intitulé : De la naissance et des progrès de V Hérésie dans la ville de Dieppe. C'est un extrait abrégé du manuscrit catholique que m'.i procuré M. Féret. Ce mémoire se termine par ces mots : J*ai tiré celle copie au mois detnay 1708 «tir une autre qui avait esté faite àDieppeen 1687 sur un manuscrit.,. Les ligues suivantes ont été enlevées par un instrument tranchant. Ce même Mémoire se retrouve nne seeonde fois à la fin du recueil avec de légères variantes. M. Féret m'en a confié «ne troisième copie à Dieppe , laquelle est signée Louis Daust. Mais la signature avait été bitfée dans l'o* riginal.
Première apparition de la réforme à Dieppe. — Ses progrès. ^ Tentatives de répression. — Leurs résultats.
Avant Tannée 1557 le protestantisme n'avait pas encore réussi à pénétrer dans Dieppe. Trente ans et plus s'étaient pourtant écoulés depuis l'époque où l'évêque de Meaux , Guillaume Briçonnet, avait accueilli dans son diocèse ^ les quatre premiers luthériens qu'on ait vus en France ; depuis trente ans tous les parlements du royaume fulminaient contre l'hérésie qui se glissait partout , et l'on comptait bien peu de villes qui déjà n'eussent vu brûler quelques huguenots; mais à Dieppe rien n'annonçait encore qu'on soupçonnât seulement l'existence de la nouvelle doctrine ^. L'extrême sévérité du parlement de Rouen avait constam^ ment empêché les réformateurs de prendre pied dans cette partie de la Normandie. Toutefois, vers l'année 1557, il arriva qu'un libraire de Dieppe, revenant de Genève, où il était allé pour son négoce, rapporta des Bibles en français , des psaumes de la version de Marot , et plusieurs autres petits livres, comme on disait en ce temps-là. Ces petits livres circulèrent bientôt dans la ville et dans les
> En 1613.
* Lorsque Marie de Lorraine , fille du duc de Guise, reine douairière d'Ecosse , passa d'Angleterre en France , elle débarqua à Dieppe , et fut reçue en grand apparat par le capitaine Ango et par les bourgeois sous les armes. Elle paraissait satisfaite de cette réception, et en témoignait son contentement au capitaine.— «Voilà de braves gens, disait-elle.— Oui, madame, répondit Ango; et, Dieu merci, tels nombreux qu'ils soient, je n'en compte pas un qui fasse le luthérien ou le calviniste. — Alil monsieur, reprit la princesse, voilà une grande bénédiction de Dieu! tenez donc vos portes bien fermées , car vous ne manquez pas de mauvais voisins! »
campagnes d'alentour : on s'assembla secrètement pour en écouter la lecture ; de proche en proche ils firent fortune et ne tardèrent pas à former un certain noyau d'apprentis hérétiques.
Ce furent d'abord les tisserands et les drapiers du village de Luneray^ qui se jetèrent le plus avidement sur ces nouveautés : le chant des psaumes leur avait plu , et leur curiosité , dit notre chroniqueur catholique ^ courait après tous ces libelles et passe-volants écrits partie contre la foi de l'Église romaine , partie contre le libertinage de certains mauvais prêtres.
En cette même année 1557, la reine Elisabeth ayant déclaré la guerre à la France , les Dieppois qui trafiquaient eu Angleterre rentrèrent en foule dans leurs foyers : ils étaient , comme on pense , tout imbus d'hérésie. Les voilà qui s'entendent avec les drapiers de Luneray : les colloques deviennent plus nombreux, plus fréquents. Une riche bourgeoise de Dieppe , la dame Hélène Bouchard , qui fai< sait grand commerce de draps et de serge , était l'âme de ces trames secrètes. Chaque ballot de laine qui lui était expédié de Rouen ou de Picardie contenait quelques douzaines de petits livres proscrits. Elle les distribuait à qui savait un peu lire , les lisait elle-même aux plus ignorants ; n'épargnant ni son temps ni sa bourse, elle promettait plus fort salaire à ceux qui se convertissaient , privait d'oùvrage ceux qui lui fermaient l'oreille.
La nouvelle en vint bientôt à Genève , et il paraît que Calvin lui-même entra en relation avec la dame Bouchard, et lui écrivit plusieurs fois pour la remercier de sou zèle et lui donner des instructions. Vers la fin d*août , il lui adressa de Genève un libraire de cette ville , nomni,é Jean Fenaéie, avec quantité de Bibles et d'autres livres. Ce Jean Venable était assez versé dans les matières religieuses , et doué de quelque éloquence. On lui demanda
Voyei ci-dessus, chapitre I, pag. 14 (note).
Ô2 HisTcanc n^ laiiP^s.
de prêcher la parole 4e Dieu. La dame Bouchard prêla sa maison, et le 10 septembre au M)h\ portes et ftoêtres bien closes , ou $'asfiçmbla en grand mystère. Le leudemain , nouvelle réunion ; Venable , sur la prière de ses auditeurs , continua à faire ainsi le prêche pendant quelques semaines; mais voyait le:&èie s'e^flan^mer et Je nombre de$ Gdièles s*accroitre, il en donna avis au sieur de La Jonchée , mioisire de Téglise nouvellement fondée à Rouen, lui remontrant combien Tardeur était grande à Dieppe , et que s*il pouvait y venir il y ferait riche moisson. La Jonchée accourut aussitôt, fit quelques prédications; puis après avoir ordonné des on^'e^^, de Favis de rassemblée, s'en retourna « laissant à Venable la mission d'instruire ce troupeau naissanl en attendant qu'il eût reçu son pasteur.
Bientôt , SM^ la prière de La Jonchée , qui n'avait pas tardé d'écrire à Genève de si heureux commencements , on envoya un successeur à Venable. C'était un jeune homme docte et plein de stèle , d'ujne bonne maison de Provence , nommé André de Séqueran, sieur de Pumont. Il arriva à Dieppe le l"janvier 1558 , et bien .que le duc de Bouillon, lieutenant-général de Normandie, fît alors momentanément sa résidence dans la ville avec une suite nombreuse, laquelle, à l'imitation de son maîire, eût traité fort mal ceux qu'elle eût soupçonnés de penchant pour l'hérésie, le nouveau minisire ne laissa pas de prêcher toutes les nuits, tantôt dans une cave, tantôt dans des chambres secrètes et retirées où personne n'entrait sans Marot; et chaque nuit ou voyait se présenter à l'assemblée quelque nouvel élu , demandant à'partager les travaux et les dangers de la petite église.
Jusque-lii cependant tout s'était passé dans l'ombre. Aller au prêche en plein jour , professer hautement la nouvelle croyance, personne encore ne l'avait osé. L'exemple fut donné bientôt par un des hommes les plus notables de la ville , le sieur de Senerpont , lieutenant pour le roi en Picardie. Lui , sa fille et son gendre , le sieur de Mon-
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tivîllier, se firent publiquement de la religion. Peu de jours après , M, de Dequeville eut le même courage, Ap-» puyés sur le crédit de personnages anssî considérables , quantité de petits bourgeois , qui hésitaient encore , no firent plus difficulté d'assister aux prédications de M. de Séqueran. Un homme de grande famille en ce pays» puisqu'il avait la prétention de descendre de Charles-» Martel, l\L de Basqueville, deux de ses filles, plusieurs gentilshommes et damoiselles firent également abjaratimu
Pendant le cours de ces prospérités une disgrâce vint frapper les nouveaux fidèles. M. de Séqueran , leur fiasteur, s'en retournant à Genève pour chercher sa femme et la ramener à Dieppe , fut pris de maladie et mourut vers la fin de juin. Depuis cette époque, jusqu'à la mi-^ novembre, il n'eut pas de successeur : mais le zèle ne 8*éiait pas ralenti , les assemblées avaient continué sans relâche , les anciens faisant la lecture et les prières cha*cun dans leur quartier.
Enfin , au lieu d'un ministre il leur en arriva deux ; M. de La Porte , pasteur à Rouen , et un Écossais, nommé Jean Knox, homme très-savant, qui fit merveilles pendant cinq à six semaines qu'il prêcha. Après lui , les nouveaux ministres se succédèrent sans interruption ; on avait compris à Genève de quelle importance pouvait être pour la cause ce port de mer alors si florissant , et qui donnait aux frères d'Angleterre libre accès sur la terre de France. Les sieurs Desroches , Laforêt , Dubuisson et Barthélémy Causse, dit Lachaussée, furent envoyés successivement» Grâce à leurs prédications, le nombre des fidèles augmenta de jour en jour; de jour en jour ils se sentirent plus forts, et la crainte des persécutions se dissipa peu à peu. Enfin, vers les mois de mars et d'avril 1559, toutes précautions devenant superflues , on se hasarda à aller au prêche en plein jour.
Ce scandale , joint à Téclat des conversions de MM. de Senerpoot, de Baaqttevilie et autres, ne pouvait manquer
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de donner Téveil à M. le cardinal de Bourbon , alors archevêque de Rouen. Aussitôt il dépêcha son grand-yicaire, M. de Séquar, pour informer contre les réformés et extirper de la ville de Dieppe ces germes d'hérésie. M. le grandvicaire fit son entrée le dernier de mai 1559. Il se rendit incontinent à Saint -Jacques, et convoqua les principaux ecclésiastiques des deux paroisses. Les ayant trouvés froids et abattus , il les réconforta de son mieux , leur remontrant que , par sa présence , tout allait se rétablir comme par le passé , car il apportait , disait-il , de bons remèdes contre ï*hérésie; puis, en les congédiant, il annonça que le lendemain il entendait faire une procession générale à la tête de tout le clergé en grands habits sacerdotaux , et porter ainsi par toute la ville le Saint-Sacrement et les saintes reliques.
Qu*on s*imagine quel effet allait produire ce prétendu remède ! Une procession dans cette ville, qui , depuis deux ans, fermentait de calvinisme ! Une procession , pour guérir ces têtes tout fraîchement exaltées contre le papisme et ses pompes idolâtres ! Des sermons habiles , captieux , conciliants , peut-être eussent-ils réussi ; mais une procession ! Il était bien certain qu'un tel argument ne pouvait qu'irriter et endurcir nos nouveaux convertis.
Quoi qu'il en soit, le lendemain au lever du jour, les crieurs se répandent par la ville : « Fermez vos boutiques, tapissez vos maisons pour faire honneur au corps de notre Seigneur Jésus qui va passer. » Plusieurs répondent qu'ils ne veulent honorer que le Dieu du ciel , et qu'ils n'entendent adorer ni servir le veau d'or. Enfin la procession sort de Saint-Jacques : le gros de la foule s'incline encore , mais à chaque pas se présentent quelques spectateurs insolents , le bonnet sur la tête et l'insulte à la bouche. On chuchote , on murmure ; enfin le tumulte commençait à devenir menaçant , lorsque la procession rentra prudemment dans l'église. Vers le soir, cinq à six cents personnes s'assemblèrent devant le logis du grand-vicaire , chantant
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des psaumes et ne cessant de passer et repasser durant toute la nuiL M. de Séquar, furieux, voyant bien qu'il avait affaire à trop forte partie , et appréhendant des suites plus graves s*il voulait tenir tête , fit seller son cheval de grand matin , et, sans autre forme de congé , quitta la ville et 8*en retourna à Rouen faire ses plaintes au cardinal et au parlement ^.
Le cardinal voulait un châtiment ; il donna Tordre de saisir le ministre, M. Desroches, et de l'envoyer à Rouen, pour que son procès lui fût fait. Mais les magistrats de Dieppe , qui étaient tons ou convertis ou sur le point de l'être , donnèrent avis à M. Desroches; celui-ci s'échappa et se mit à couvert.
Cependant le parlement de Rouen ayant instruit sur l'insulte faite au grand-vicaire, deux conseillers , MM. de La Place et de Varenne , furent envoyés comme commissaires par la cour pour informer sur les lieux. Ils arrivèrent à Dieppe le 26 octobre. Après avoir ouï des témoins et pris conseil des magistrats de la ville , ils s'en retournèrent dans des disposiiious assez pacifiques et firent un rapport beaucoup plus doux que celui de M, de Séquar ^
Le cardinal , peu satisfait , voulut voir par lui-même et se rendit à Dieppe ; il y arriva le 30 avril , et dès le lendemain l'ordre fut donné par lui de recommencer l'épreuve qui avait si mal réussi à son vicaire , c'est-à-dire de faire
' Voici commeut le manmcrU protestant termine le récit de cette sérénade et du brusque départ du prélat : « De bons catholiques romains auraient en pareille occasion fait autre chose à un ministre que de chanter des litanies à sa porte ; ces psaumes cependant ne laissèrent pas de faire fuir le vice-prélat le lendemain (le grand matin, sans avoir fait autre chose. La harpe de David , j tdis employée à chasser le malin esprit de Saiil , chassa ponr cette fois un prêtre d*une ville. Quelle forte plaisanterie ne ferait-on point lÀ-dessus, si on était d*humeur et de religion à en faire? »
* Le même manuscrit ajoute : « C'est qu*eu fait de peines criminelles les séculiers n'y entendent rien auprès des ecclésiastiques. >»
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oiid proceMion générale et en grand apparat dans toute la Tille.
Quand il fallut faire tendra devant les portes et boutiques , l'opposition de la part des réformés fut encore bien plus vive et plus audacieuse que Tannée précédente. La moitié des maisons demeurèrent nues et sans tenture ; et , pour cette fois , la procession ne rencontra pas sur son passage seulement des quolibets et des bravades, on en vint à jeter des bûches par les fenêtres. Son éminence , qui , selon sa coutume , était fort embarrassée dès les moindres affaires , perdit la tête , et se réfugia chemin faisant dans une maison de peu d'apparence , n'osant rentrer dans son logis. Quand le soir fut venu , on ne se contenta pas de chanter paisiblement des psaumes; on fit des couplets pleins de moqueries contre le prélat « et les plus turbulents traitèrent avec peu d^ révérence les gens de sa suite et quelques-uns de ceux qui avaient pris ))art à la cérémonie du matin* M. le cardinal n*en voulut pas voir davantage , ei dès la pointe du jour il partit sans bruit et sans façon , comme avait fait son grand ••vicaire.
Cette fuite du cardinal enfla tellement le courage de nos réformés, que peu de jours après son départ , le dimanche 26 de mai , ils scellèrent le grand œuvre de leur religion en célébrant pour la première fois la sainte cène< Les communiants furent au nombre de sept à huit cents sur dix-sept à dix-huit cents dont la nouvelle église était alors composée, sans compter tous ceux qui se faisaient instruire. A rissue de la cérémonie, le consistoire arrêta qii'5 l'avenir les morts seraient portés publiquement en terre par les fidèles en compagnie, sans aucune ostentation, mais avec gravité et simplicité. Dès le lendemain un des anciens étant décédé , il se trouva plus de mille personnes à son convoi. C'était comme une revanche de la grande procession du cardinal
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