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Conclusion.
En mettant de côté tout ce qui n'est que probabilités et conjectures, voici , ce me semble , la part de gloire qu'on ne peut contester aux Dieppois.
D'abord, dès le quatorzième siècle, avant que les Portugais et aucun autre peuple eussent entrepris des navigations lointaines, ils ont connu, visité et fréquenté pendant quarante à cinquante ans les côtes d'Afrique , depuis le 28* jusqu'au 5" degré de latitude nord.
£n second lieu , leurs vaisseaux ont franchi le cap de Bonne-Espérance , navigué dans la mer des Indes et par-
égalé si 8a vie n'eût pas été si courte. Devant Louisbourg, en 1756, et devant Québec, en 1763, il se signala par des faits d'armes héroïques. Il mourut assassiné. Son histoire, qui est peu connue, se trouve dans les Mémoires chronologiques de Desmarquets.
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couru TArchîpd de la Sonde ayant tous les autres Euro-* péens, les seuls Portugais exceptés.
Ils ont, en outre, découvert les premiers, conjointement avec les Bretons, Tîle de Terre-Neuve, et s'y sont établis dès 1508.
EnÛn ils sont les premiers qui aient créé un établissement français dans les îles sous te vent.
J'élague, comme on voit , tout ce qui n'est pas démontré historiquement, et je ne rappelle pas ce qui est univer-* sellement connu ; savoir : les faits d'armes des flibustiers, et l'honneur d'avoir donné le jour à Dnquesne.
Découverte delà Guinée, en lS6/i ;
Voyage aux grandes Indes , vers l/t98 ;
Découverte de Terre-Neuve , en 1 508 ;
Établissement à la Martinique , en 1625 ;
Voilà les titres de gloire que les Dieppois doivent revendiquer aujourd'hui, et dont ils peuvent fournir les preuves.
D*où vient que le souvenir en est resté si long-temps enfoui? d*où vient que la France n'a jamais songé è s'en faire honneur?
Les mêmes causes qui ne lui ont pas permis de tirer parti des découvertes de ses marins, l'ont empêchée de les publier.
Au lieu d'aller s'enterrer dans le greffe d'un petit hôlelde-ville de province, les journaux de voyage des capitaines portugais et espagnols étaient déposés entre les mains de puissants monarques; les courtisans en proclamaient les merveilles , et la renommée embouchait sa trompette. De là tant de bruit, tant d'éclat pour des découvertes que nos marins obscurs faisaient de leur côté sans en rien dire. En effet, non-seulement il n'y avait dans leur ville ni princes protecteurs , ni courtisans prôneurs , ni savants historio* graphes, mais il ne s'y trouvait personne qui songeât à faire parvenir soit au Louvre, soit à Chambord, la nouvelle de la plus brillante expédition. Souvent même l'esprit mer* cantile, qui est discret et jaloux, poussait les commerçants
dieppois à faire mystère des lieux où ils envoyaient leurs navires. Celait le moyen d'éviter ou du moins de rendre plus tardive une concurrence qui bientôt diminuait leurs profits. On sait, par exemple , que pendant les premières années qu'ils trafiquaient à la côte d'Afrique i|s avaient grand soin , non-seulement à Lisbonne et dans les pays étrangers où ils relâchaient , mais même sur les côtes de France, de peindre comme impraticables les régions où ils allaient tous les jours , et d'exagérer les dangers des caps de Nun et de Boîador.
Ainsi l'insouciance du gouvernement d'une part , Tesprit mystérieux des commerçants de l'antre, voilà les premières causes du peu de renommée de nos navigateurs à l'époque de leurs belles découvertes. Un autre motif encore commandait le silence. La cour de Rome ayant investi de la souveraineté de toutes les terres découvertes et à découvrir les rois de Portugal et de Castille, l'interdit et l'excommunication planaient sur tous ceux qui, sans être ni Portugais ni Espagnols , naviguaient avec audace et bon-* heur. Or, quoique ces menaces spirituelles ne fussent pas alors assez puissantes pour empêcher de courir les mers, elles inspiraient au moins assez de réserve pour qu'on ne fût pas tenté de divulguer les découvertes faites ainsi en contrebande.
Mais un dépôt public conservait pour la postérité les témoignages authentiques de ces belles entreprises. Qu'on se figure combien de relations, combien de journaux et de récils semblables à celui de Parmentier, et plus intéressants peut-être, s'étaient accumulés dans ce greffe de l'Hôtd-de-Ville de Dieppe ! que de trésors à exploiter aujourd'hui , si ce fatal bombardement n'était pas venu les réduire en cendres !
Toutefois , je suis convaincu qu'il doit exister çà et là des duplicata et des copies de quelques-unes de ces pièces dont les originaux ont péri avec l'Hôtel de-Yille. La découverte de M. Estancelin en est la preuve, et je ne perds
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pas l'espoir de la voir se renouveler, surtont si l*cveîl est donné aux savants et aux bibliophiles , et s'ils dirigent de ce côté leurs recherches.
Il existe à Versailles cinq ou six salles immenses en* combrées du haut en bas de liasses, de cartons, de parchemins de toute espèce relatifs à l'histoire des ports de mer de France ; c'est ce qu'on nomme, je crois, le Dépôt des archives de ia marine. £h bien ! croiraît*on que ces salles n'ont pas été encore visitées ; que personne encore n'a secoué la poussière entassée sur ces monceaux de paperasses, et qu'on ignore même de quelles matières traitent ces parchemins ? J'ai voulu faire faire des recherches dans ce ténébreux dépôt , persuadé qu'il n'était guère possible que Dieppe n'y jouât pas son rôle. Mais, malgré l'extrême obligeance de plusieurs employés du Minisière de la marine, il' m'a fallu renoncera mon projet; tout le monde m'a répondu que tant que le gouvernement n'aurait pas obtenu un crédit pour faire classer et cataloguer ces archives, il était matériellement impossible d'y trouver ce qu'on cherchait.
Faisons donc des vœux pour que le ministre de la marine soit autorisé promptement à faire pénétrer la lumière dans ce chaos, d'où sortiront certainement d'importantes révélations.
Mais il est un autre dépôt qui , pour la question qui nous occupe , fournirait peut-être encore plus de documents , et à bien moindres frais : ce sont les archives de ' la ville de Dieppe. Une grande portion de ces archives ont échappé à l'incendie ; on les conserve précieusement depuis 1694 , mais si précieusement que personne n'y touche , et qu'on ignore absolument ce qu'elles renferment. La difficulté de trouver un local convenable, ou plutôt l'embarras de choisir entre plusieurs locaux , a relardé jusqu'ici la classification de ces archives , que M. Féret, chargé de leur conservation à titre de bibliothécaire , est impatient de mettre en ordre et de consulter. J'espère que
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les autoricés de Dieppe s'empresseront de lever les obstacles qu'il a rencontrés jasqu'ici. Je conçois bien qo'une cité obscure , qui sait d'avance qu'elle n'a jamais rien fait d'illustre , hésite k dépenser quelques centaines de francs pour faire classer et déposer dans une salle disposée à cet effet les titrer dout elle a hérité de ses anciens habitants ; tuais ifii toutes les chances sont pour une abondante moisson : il s'agit de la gloire de la ville ; c'est un vieuY procès de famille qu^l faut l'aider à gagner ; la pièce convaincante est peut-être làt Hésitera-t-on p!us long-temps à la chercher? non ;' les citoyens de Dieppe qui concourent à l'administration de leur ville tiendront à honneur, j'en suis sûr, que ses archives soient protnptement classées et cataloguées.
Vl\ DE LA DEUXIEME PARTIE.