CHAPITRE PREMIER
LA ville; —SON aspect; —ses monuments. — SAINT- JACQUES. — SAINT - REMY. — LE CHATEAU. — LES ÉGLISES DU POLLKT.
Jusqu'ici je n*ai pas abordé mon sujet : je voulais décrire ce qu'on voit à Dieppe aujourd'hui , et je n'ai encore parlé que de ce qui s'y passait il y a des siècles. En seraitil de cette cité comme de certains fils de famille, dont on n'a rien de mieux à dire que de raconter la vie de leurs aïeux 7
Non ; allez à Dieppe , allez-y sans crainte : vous y trouverez encore une ville qui mérite vos observations et votre élude ; tout n'a pas péri dans les flammes : de précieux et nobles monuments s'élèvent encore du milieu de ces maisons modernes; et les maisons elles-mêmes , vieilles déjà de plus de cent années , diversifiées peu à peu par le caprice de leurs habitants, ont perdu cette uniformité symétrique qui jette tant de froideur et d'ennui dans les cités bâties d'un seul jet.
Enenlrant aujourd'hui à Dieppe, on esl frappe avant tout de Taspect grave , sérieux , presque solennel , de la ville et de ses abords. Une forteresse hardiment plantée sur le penchant de la falaise , de hautes murailles de briques, de grosses tours de pierres aux toits aigus, groupées en étages et comme suspendues à des gazons escarpés , puis, de l'autre côté de la route, une longue avenue d'ormes au feuillage sévère dont les troncs semblent rangés en bataille sur la crête d'un vieux rempart, tel est le spectacle pittoresque et imposant qui vous attend à la porte de la Barre, quand vous descendez à Dieppe par le chemin du pays de Cau\ ^ Je connais peu de villes qui s'annoncent avec ce caractère de noblesse et de grandeur. Vue de loin , à vol d'oiseau , soit du haut du mont de Gaux , soit de la hauteur de Neuville, sur la route de Picardie, Dieppe conserve encore une certaine physionomie de grande ville, et je ne sais quelle empreinte de ses anciennes destinées. Enfin, quand vous pénétrez dans l'intérieur des rues , ou quand vous parcourez cette plage immense bordée d'une haie de maisons , la même impression vous accompagne : partout de la gravité, et comme un reflet d'une plus haute condition.
Voulez-vous que l'illusion devienne plus complète encore ? voulez-vous évoquer devant vous le vieux Dieppe du seizième siècle ? ne gravissez pas le mont de Caux par cette route si droite, si large, si bien bombée, œuvre toute moderne des ingénieurs de nos ponts et chaussées; cherchez, en vous portant un peu plus à droite, un ravin profond et rocailleux , que les roues de quelques chariots sillonnent encore parfois ^ ravin large à peine de dix pieds, et qui fut néanmoins, jusqu'à l'ouverture de la route nouvelle, le grand chemin, le seul chemin à voitures de
> Ceci était écrit en 1832. Le vieax cours et ses beaux ormes H'cii&teut plus. Les aociennea muraiiies de la ville ont été rasées en 1833 et 1834. Les fossés sont comblés et transformés en une giunde place où l*on veut établir uu marciié aux bestiaux.