‹ Histoire de DieppeChapitre 54 sur 99 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

» pour commencer à hastir Saint-Jacques dès l'au » 1250, une seule église paroissiale ue pouvant suffire à » la multitude des habilauis '.»

Le manuscrit d*où j'extrais ce passage ajoute : « Ces deux chapelles subsistent encore en partie. »

Dom Duplessis, et tous ceux qui ont écrit sur Dieppe, font mention de cette tradition. I/existeace de Tancienne abbaye de Sainte-Catherine, sur remplacement actuel de Saint-Jacques, n*est contestée par personne. C'était un prieuré dépendant des moines de Sainte-Catherine-lès- Rouen, lesquels jouissaient , comme nous l'avons déjà vu, d'un droit de suzeraineté sur une portion du territoire de Dieppe*.

Ce qu'il faudrait savoir, c'est à quelle époque précise avait été bâtie l'abbaye de Sainte-Catherine : or c'est ce qu'on ne trouve nulle part. Mais pour qu'elle fût tombée en ruines en 1250, il fallait nécessairement qu'elle eût alors plus de cinquante ans d'existence , parce qu'à cette époque les monuments ne s'écroulaient pas d'eux-mêmes en un demi-siècle. D'un autre côté, je ue crois pas qu'elle fût fort ancienne , car la ville elle-même ne faisait que de naître; elle était encore très-chétive de 1100 à 1150. Il est donc présumable que ce fut seulement vers la moitié du douzième siècle qu'on édifia l'église du monastère. J'ajouterai que, celte église étant d'une vaste dimension , sa construction dut être longue ; le chœur fut sans doute bâti le premier, selon la coutume ; enfin la neif et son portail ; puis enfin les transepts et leurs portails latéraux. L'église était donc à peine terminée, lorsqu'en 1195 Philippe-Auguste prit la ville d'assaut, l'incendia et la saccagea de fond en comble. Il est impossible que l'ab*

* Manascrit de la Bibliothèque du Roi , intitulé Remarques sur Dieppe , 6« feuillet.

^ Voyei ci-dessus, p. 23, les donations faites en 1030 par Gossclin, vicomte d'Arqués, aux moines de Sainte-Catlierine-lès* Aouen.

baye ne souffrît pas de grands dommages dans cette catastrophe; et comme, après la retraite de Philippe-Auguste, Dieppe demeura long-temps inhabité, comme les moines, selon toute apparence , avaient déserté Tabbaye , et que personne ne pouvait réparer ces hautes murailles fatiguées, ébranlées, et probablement dépouillées de toiture, il devient tout simple qu*en 1250, quoique très-jeunes encore, elles ne fussent déjà plus que ruines.

Toutefois deux chapelles resiaient debout , et ces cba-* pelles, ajoute la Chronique, subsistent encore; on les a conservées en construisant la nouvelle église. Or ces deux chapelles, ce sont les deux transepts, ou du moins les deux travées attenantes aux transepts. Ce qoi explique la conservation de ces deux fragments de l'édifice , c*est que dans une église cette partie est celle qui se fatigue le moins, et qu'il arrive sans cesse , quand le chœur et la nef s'écroulent, que les deux pignons de la croisée résistent et se maintiennent debout.

Il faut , ce me se.iible , accepter cette explication , bien qu'hypothétique , si Ton veut comprendre quelque chose à la construction de Saint-Jacques. La première fois que je cherchai à me rendre compte de la disparate singulière qu'on remarque entre les deux extrémités de la croisée et le reste de Tédifice , je ne pouvais former une conjecture raisonnable. L'œil le moins exercé s'aperçoit qu'il y a différence de style; la soudure est même grossièrement visible, surtout du côté du midi : l'arcade de la contre-allée du chœur est mi-partie ; deux arêtes , diversement taillées, se heurtent aux deux tiers de l'ogive. Si les parties les plus anciennes eussent été à plein cintre^ ce qui m'aurait permis de les croire de deux siècles au moins plus vieilles que le reste de l'église , l'idée me serait venue de voir en elles des fragments d'un édifice antérieur noyés dans une construction plus moderne; mais je ne trouvais entre les deux styles que la dislance d'un siècle environ. Ce laps de temps me semblant trop court , j'étais réduit à penser que

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