‹ Histoire de DieppeChapitre 56 sur 99 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

nn édifice religieux da moyen âge, il ne suffit pas de faire disparaître de ses voûles et de ses murs le plat , ritisipîde badigeon qui les couvre et les épaissit ; d'y substituer l'éclat éblouissant de For et des couleurs les mieux fondues et les plus légères ; de faire courir sur les frises, les corniches, les arêtes et toutes les parties saillantes d'élégants feuillages , de riches et délicats arabesques ; de rendre à chaque fenêtre sa verrière étincelante du feu des émeraudes et des rubis; il faut encore rétablir la décoration et l'ameublement, pour ainsi parler, non-seulement du maître-autel et du chœur, mais de chacune de ces chapelles confiées à la piété et à la munificence de riches familles ou d'associations plus riches encore; il faut enfin, au pied de ces autels, tous plus parés, plus décorés les uns que les autres, mettre en prière chaque corporation, avec ses insignes , ses usages , ses habits si variés , si pittoresques : alors l'église est repeuplée, elle est vivante ; vous jugez de l'effet du monument , vous comprenez la pensée de l'architecte.

Aujourd'hui pas la moindre trace de ces anciennes mœurs : plus de bannières, plus de communautés , aussi bien dans les églises que dans la société. Est-ce un bien pour la société? j'aime à le croire; mais, quant aux églises, il est bien certain qu'elles y perdent, et que leur temps est passé. Je n'en veux pour preuves que ces chapelles de Saint-Jacques , jadis si bien ornées , aujourd'hui si nues, si pauvres et abandonnées à la poussière.

Toutefois il en est dans le nombre qui conservent encore quelques vestiges de leur ancienne parure. Avant de sortir de l'église, arrêtons-nous un instant devant ces précieux débris.

Ce ne sera pas à la petite chapelle du Saint-Sépulcre que nous donnerons grande attention ; je ne sais pourquoi, da.ns quelques ouvrages publiés sur Dieppe , on lui a fait une réputation ; elle ne m'en semble digne à aucun titre. L'arc surbaissé qui lui sert d*entréeest assez bien sculpté.

dans le goût du temps de Louis XII; la légende qui se développe autour de Tarcade, et les feuillages auxquels elle est enlacée, sont d'un assez bon ciseau; mais tout le reste a été construit en 1612 par un artiste médiocre, et ne vaut pas qu*on eu parle.

II n*en est pas de même de la chapelle de la Vierge, ni de celle de Saint- Yves, dite d'Ango parce que c'est aux frais d*Ango qu'elle a été réparée et embellie, ni enfin du Trésor. Ces trois fragments de la sculpture de la renaissance méritent d'être étudiés avec soin.

J'ai déjà parlé de la façade du Trésor et du bas-reliif qui en décore la frise. Quoique les parties basses de cette brillante façade aient subi quelques mutilations , on y remarquera encore de charmants chapiteaux , de jolis arabesques serpentant sur les ressauts des pilastres , et une foule de petites figures chimériques pleines de grâce et d'esprit. Dans le petit tympan qui surmonte la porte principale, on voit une statuette de saint Jacques, d'une sculpture fine et très-bien modelée.

A l'intérieur, les fenêtres, les colonnettes, et toute la décoration de pierre est du style et de l'époque de l'église, c'est-à-dire du quatorzième siècle. Cette salle a dû être primitivement une chapelle ; c'est au seizième siècle que sera venue l'idée de la clore pour offrir aux trésoriers un local destiné à leurs délibérations ^ Un plancher en bois

* II serait encore possible qu'on n*eût fait que renouveler au seizième siècle une ancienne clôture, et que de tout temps le Trésor eût été placé dans cet endroit. C'était un usage établi chez les premiers chrétiens de pratiquer à l'extrémité de leurs églises , de chaque côté de l'abside, deux autres petites absides de même forme que la grande, c'est-à-dire semi*circulaire, et de placer dans un de ces hémicycles le trésor, dans l'autre la librairie ou bibliothèque. Le trésor était le dépôt des vases et des bijoux sacrés ; dans la bibliothèque on conservait les missels , les rituels et les saints Évangiles. Le trésor était à gauebe, la bibliothèque à droite.

Tant que dura l'architecture à plein cintre et l'usage de flanquer l'abside prhicipale de deux et même de quatre petites absides.

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est attaché assez grossièrement aux parois des niuraîlles, à la hauteur de douze ou quinze pieds, et c*est pour monter à cet étage supérieur qu*on a pratiqué un bel escalier de bois, dont les sculptures sont encore dans le meilleur état de conservation. La rampe est composée extérieurement d'une suite de petits caissons allongés renfermant des feuillages et des ornements aussi variés que vivement rendus. Au-dessus de la porte est un médaillon du fond duquel se détache le profil d'une tête royale : c'est peut-être le portrait de François P', quoique la ressemblance ne l'indique nullement.

on conserva la coutunne de distinguer , comme dans les premiers t^mps, le trésor de la bibliothèque, et de les placer à droite et h gauche du chœur, dans le fond du temple ; seulement la biblio« tlièque prenait souvent le nom de sacristie.

Le système à ogive ayant introduit un nouveau plan d*églises, la contre-allde, au lieu d'aboutir en droite ligne aux absides secondaires, s'étaDt mise, dans ce nouveau système, à tourner autour du chœur, à Fenvelopper comme d*une ceinture, et la chapelle de la Vierge ayant été substituée à Tancienne abside , au sancluÉ sanctorurn, les deux places consacrées jadis au trésor et à la sacristie n'existaient plus , et Ton devenait libre de leur en donner d'autres. Il en résulta une sorte d'anarcbie. Dans quelques églises le trésor et la sacribtie furent réunis et placés soit à gauche, soit à droile, selon que l'emplacement le permettait. Toutefois on préféia plus généralement que la sacristie, selon l'ancien usage , restât à droite (du côté du midi ou de l'épilre}; enfin, dans quelques églises fidèles à la vieille règle, on maintint la distinction du trésor et de la sacristie, et on plaça le trésor à gauche, la sacristie à droite , le plus près possible de la chapelle de la Vierge , c'est-à-tJire dans la * position la plus analogue à celle qui leur était assignée par lès an* ciens canons.

C'est ainsi que les choses ont été réglées à Saint-Jacques ; le trésor et la sacristie sont, à leur vraie place. Il en est de même dans l'église Saint-Remy, de même dans plusieurs autres églises des er.virons. 11 est donc probable que ce n'est pas seulement au seizième Mècle qu'on aura conçu l'idée de placer le trésor à l'endroit où nous en voyons les re.>tes aujourd'hui , et que cette place lui avait été destinée par le fondateur de l'église.

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L'éiage supérieur auquel cet escaKer aboutit était destiné au prédicateur; c'est li <|u*il se recueillait en atten* dant le moment de prêcher; une petite fenêtre pratiquée an -dessus du grand bas-relief» et prenant sa vue directement sur le mai!re-autel , permettait au prédicateur de suivre la messe , et de savoir quand il devait descendre. Aujourd'hui la petite fenêtre n'existe qu'extérieurement ; je crois qu*à Tintéricur elle est murée '.

ïjà cha|)elle d'Ango est placée vis-ivis du Trésor, de Fantre c6té du chœur ; elle était jadis digne de lui servir de pendant , elle le surpassait même en richesse. Aujourd'hui elle n'offre à l'inténeur que des fragments de sculpture très-incomplets. Le tombeau d'Ango, qui était recoa* vert , disent les Chroniques , d'une grande pierre bleue sculptée, a été enfoui sous le pavé moderne ; on a brisé la balustrade de pirrre qui fermait la chapelle, ainsi que toutes les décorations qui en oinalcnt les parois : la voûte même n'a pas été épargnée. Maii , au dehors de l'église, on retrouve heureusement quelques trac?s mieux conser*

* Je ne pouvais d'alMrâ ni'êxpliquêr quelle avait été la deatlna* tion de cette fenêtre; Je peneaia que c'était peut-être une petite tribune réservée au gouverneur on à qnelque grand personnage, pour assister au service divin sans se confondre dans la foule ; la magni* ficence de Tescalicr me fortifiait dans cette conjecture , et j*allais même jusqu^à supposer qu*Ângo avait dû plus d*nnc fois entendre la mes!:e à c«'fte fe: être. Mais il y a nn trésor à Salnt-Rcmy aussi bien qn*à Saint- Jacques, et l'on y remarque la même petite fenêtre. Était-ce donc une règle établie dans tous les trésors ? La Chronique du prêtre Guibert m'a donné l'explication du problème On lit dans la description de l'église Saint-Remy : « Ensuite est le thrésor, audexsus duquel est la chambre du prédicateur. » Nul doute qu'à Sai nt- Jacques , comme à Saint-Remy, cette. petite fenêtre n'ait été destinée à mettre en communication avec l'église le prédicateur se préparant à son sermon , comme dans un vestiaire à lui réservé. Il est possible aussi qu'à ceitaines solennités on exposât à cette fenêtre des reliques ou autres objets sacrés conservés dans le trésor.

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