‹ Histoire de DieppeChapitre 57 sur 99 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

vées du talent gracieux qui décora cette chapelle. Je voudrais pouvoir faire mouler les grifîons, les arabesques, les ornements de tout genre répandus sur tout Textérieur de cette chapelle. Ce sont des modèles de ce genre de sculp* lure à peine saillant , de cette manière de dessiner sur la pierre, ou plutôt de la ciseler à demi-relief, méthode pro« pre aux belles années et aux bons artistes de la renaissauce. On ignore le nom du sculpteur auquel Ângo confia ce travail ; mais il était homme de goût et d'imagination : ses œuvres en font foi. C'est en 1535, disent les Chroniques manuscrites, que la décoration de. cette jolie chapelle fut terminée.

Nous n'avons plus à visiter maintenant que la chapelle de la Yiei^ge C'était la perle, le diamant de l'église, et encore aujourd'hui nulle autre partie de l'édifice ne lui est comparable, comme ouvrage d'art : le bombardement en a pourtant détruit les principales beautés. Rien n'était plus merveilleux, dit on , que sa voûte, ou plutôt son plafond, car cette voûte était tellement surbaissée qu'elle semblait presque plate. De cette voûte pendaient bix grands culs* de- lampe ou pendentifs d'une dimension et d'une délicatesse extraordinaires ; il fallait qu'ils fussent bien grands, puisque quatre figures d'hommes de hauteur naturelle étaient groupées autour de ces stalactites artificielles, et faisaient geste de les retenir à la voûte. « Cet ouvrage étoit » si beau, dit le prêtre Guibert, que le cardinal Barberini, » visitant cette chapelle en 1647, et admirant cette voûte, » ne put s'empêcher de dire qu'il n'avoit rien vu de mieux ^ fait et de plus hardi dans toute l'Italie ni ailleurs. »

Les verrières de la chapelle de la Vierge n'étaient pas moins estimées que sa voûte : on vantait l'éclat et la belle composition de ces immenses vitraux : le bombardement les a fait disparaître comme la voûte et ses pendentifs '.

1 La voûte ne fut pas défoncée par les bombes , mais elle était tellement ébranlée et déjointe qu'elle menaçait ruine; il fallut se résoudre h H démolir, de peui* d'accidents.

Contre un tel malheur il D*y a qu*à gémir ; mais il faut s'indigner et crier à la barbarie , quand on voit qu'il y a peu d'années les marguilliers et les membres de ia fabrique, pour disposer leurs siallcs plus commode nent, ont entaillé jusqu'à hauteur de six ou huit pieds toutes les décorations sculptées qui tapissaient les murailles. C'était une suite de petites arcades aveugles d'un goût charmant , et si bien conservées que la peinture ancienne les recouvrait encore. On peut juger par ce qui reste cou)bien ce qui a été détruit mérite de regrets ! Pourvu que la fantaisie ne vienne pas à quelque paroissien de faire badigeonner le magniûque cordon qui règne au-dessus des arcades, et que la boiserie de ces misérables stalles n'a heureusement pas entamé ! Ce cordon est composé de branches de chêne , de feuilles de chou frisé , entrelacées de glands , de fruits , de monstres, d'oiseaux et de quadrupèdes ailés. Tout cela est groupé avec un art , une habileté , une hardiesse admirables. L'exécution est large et décidée» La dorure , qui se détachait sur un fond d'azur, est encore très-visible en beaucoup de places.

Outre ce beau fragment de l'ancienne décoration de la chapelle, il reste six grandes niches saillantes, en forme de tabernacles , lesquelles sont appliquées contre la muraille entre chaque fenêtre. Les statues, qui devaient être de grandeur naturelle , ont été détruites et sont remplacées par de petits mauvais mannequins en façon d'enseignes de village. Au-dessus des statues s'élevaient des dais travaillés à jour, d'une élévation extraordinaire : l'exécution en est fine, mais le dessin un peu surchargé. Ce qui mérite toute notre attention , ce sont les six culs- de lampe sur lesquels étaient posées les statues : approchez -vous, montez même, s'il le faut , sur les stalles des marguilliers , et admirez à votre aise les ravissants petits sujets que l'artiste a sculp-lés dans l'épaisseur de ces culs-de-lanipe. Ce sont plutôt des groupes que des bas-reliefs , car la pierre est tellement fouillée que les figures sont en ronde-bos^e. Comme dessin.

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