TROISIÈME PARTIE
térêt des ports de pêche, mais dans Tiiitérêt de l'État, que rindiistrie de la pêche , el surtout de la pêche lointaine , soil fortement encourag«;e. On l'a dit et reconnu de tout temps , les ports de pêche sont la pépinière et l'école des bons marins*. Je ne plaide pas là seulement la cause de Dieppe , et pourtant , j'en prends pour juges tous les pêcheurs de France, parmi nos ports de pêche, Dieppe n'at-il pas droit à une sorte de prédilection ? Où trouver ailleurs de si vieilles traditions d'adresse , de coup d'œil , de sang-froid et de courage ?
Je ne sais si j'obéis à des impressions d'enfance , car c'est dans ce petit port que j'ai vu la mer pour la première fois ; mais pour moi le type du véritable homme de mer , c'est le marin dieppois. Dans les ports de guerre, le matelot est une espèce de soldat; dans les ports de commerce, il est presque un commis ; ici , au contraire , il est purement marin : c'est un homme qui passe ses nuits et ses jours seul ou presque seul dans sa barque, naviguant pour son compte , à ses risques et périls , luttant corps à corps avec les flots. Cette indépendance, cet isolement, donnent à son âme une trempe plus forte. Il est navigateur, non par devoir et par discipline, mais par plaisir, par instinct, par nature: aussi sa physionomie, ses allures, ses habitudes, tout en lui est amphibie , pour ainsi dire : ce n'est pas un homme , c'est un loup de mer.
Le costume de ces matelots dieppois est presque aussi particulier que leur personne, et contribue à les distinguer
^ « Non-seulement les ports de pêche forment et occupent un V grand nombre de matelots, mais ces matelots sont infiniment >* meilleurs que ceux qui font le grand commerce. Les premiers » ont une vie dure et active, parce quMs sont occupés jour et nuit » aux manœuvres périlleuses que nécessitent l'entrée et la sortie » des ports, et parce qu*à la mer ils sont continuellement occupés, » au lieu que dans les voyages de long cours les seconds n'ont » presque rien à faire. » {Mémoire sur la nouvelle passe du port de Dieppe, lu en 1787 à Vassemblée des poats-et-chaussées.)
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des marins de toutes les autres côtes de France. Ils por-* tent par-dessus leurs culottes une large cotte on cotillon plissé qui descend à peu près jusqu'aux genoux. Cette cotte est faite en grosse toile de navire ; les dimanches et jours de fêle , elle est de toile blanche. Leur veste est une espèce de camisole à grandes manches , en gros drap bleu pluché 9 taillée carrément et ornée par-devant de deux rangs de larçes boutons de corne noire. Enfin , pour coiffure ils ont ordinairement un gros bonnet de laine bleue et blanche , quelquefois rouge. Depuis quelque temps ce bonnet est souvent remplacé par le vulgaire chapeau ciré.
Les Polletais sont vêtus à peu près de la même façon. Jadis ils se distinguaient des Dieppois au moins autant par leur costume que par leurs mœurs et leur langage. J'ai déjà dit que pendant long- temps la ville et le faubourg n'avaient pas vécu en très bonne amitié. C'était plas que de la rivalité, plus qu'une jalousie de voisinage : la mésintelligence semblait provenir d'une vieille antipathie. Peutêtre ces Polletais sont-ils originaires de quelque rive étrangère ; peut^tre se seront-ils établis sur le territoire de Dieppe , de gré ou de force , soit dès la naissance de la ville , au onzième siècle , soit après sa ruine , en 1195. Ceux qui soutiennent celle dernière hypothèse supposent qu'on ne trouve aucune trace de l'existence du Pollet avant la fin du treizième siècle. Ils aflSrment même que la pre* mière fois qu'il en soit fait mention , c'est dans des lettres patentes de Philippe III datées de mars 1283 ^ Mais il
* Par ces lettres-patentes, Philippe IIT cède à Varchcvêquc de Rouen tout ce qu'il possédait au Pollet , quidquid ïn dictd viLLik DE PoLETO, cum oVâ justitiâ, eû/ocagio, cum hortis etjardinis habebamus.
Quant à fétymologie du mot Pollet, dom Duplessis, et d'après lui presque tous ceux qui ont écrit sur Dieppe, veulent la trouver dans ces mots : Port d'est. Ils disent, ce qui est vrai, que TaiicieD port était à l'ouest ; que lorsque la rivière se ftit ouTert un nou*