TROISIÈME PARTIE
^ existe à la bibliotlièqae de Dieppe un registre de rancien
^ prieuré de Longueville dans lequel se trouve transcrite une
^ charte du duc Henri H ^ qui cite le Poiet et l'église de
'- Neuville. Ainsi Texislence du Pollet est antérieure au trei-
' zième siècle; il y a même lieu de croire, d'après quelques
^ documents consignés dans ce même registre du prieuré de
^ Longueville , qu'une chapelle dite du Pollet fut fondée au
^ onzième siècle.
t Quoi qu'il en soit , cette population polletaise est , selon
f toute apparence , une colonie étrangère ; peut-être même
f y a-t'il lieu de supposer qu'elle est d'origine vénitienne ^.
^ veaa lit de l'uutre côté de la vallée, on distingua deux ports : i'an*
t cien, sous le nom de Port d'ouest, le noaveau soas celui de Port
f d'est, et que peu à peu on prononça Pordest» puis Pordet , puis
. enfin Polet,
Mais comment f rouverioosnous , dès 1283, ces mots villa de
Poleio, si une prononciation défectoense avait seule mis en usage ^ le nom de Polet ? Remarquez que ce n*est qu'en français que port
i d'est peut avoir une analogie éloignée livec polet ; en latin il n*y
f a plus aucune ressemblance. Or, en 1 283 , il n'y avait pas assez
long-temps qu'on parlait français pour qu'on eût perdn la trace de
cette altération, et pour qu*on traduisit port d'est par villa de Po-
leto. Il y a donc lieu de croire que cette étymologie a été faite ' après coup, et n'a aucun fondement.
i Je suppose plutôt que Pollet est un mot par lequel on aura désigné
i la nouvelle colonie, soit que ce fût un s (briquet sans signification,
1 soit qu'il eût un sens dans la langue des colons ou dans celle des
. indigènes. Ainsi les Vénitiens ont probablement importé à Dieppe
l'osage de la boussole. Le mot polo , pôle , a pour diminutif , en ' italien, poktlo, petit pôle. On peut avoir désigné ainsi dans l'oii-
gine cet instrument destiné à indiquer le pôle , et le nom peut eu
ôtre resté à ceux qui avaient enseigné à se servir de cet iustrumc.t. I Ceci n'est qu'une pure hypotltèse ; mais ce que je crois certain,
I c'est que le mot qu'on traduisait en 1283 par ceux-ci : villa de
PolelOf était un mot sut generis , et non pas une composition de
mots altérés par la prononciation.
I *■ L'existence de cette charte m'a été signalée par M. Méry.
t ' Cette conjecture n'est peut-être pas aussi hasardée qu'elle en a
l'air : nous ne la donnons cependant qu'avec réserve. A moins de
D'abord l'ancien costume polletais était complètement méridional : casaque de drap bleu ou rouge, garnie sur toutes les coutures d'un large galon de soie blanc ou bleu -clair ; toque de velours noir, surmontée d'une aigrette en verre filé ; cravate à glands d'argent; veste à grandes fleurs brodées; bas de soie ; souliers de drap à boucle d'argent; puis à h veste, au gilet, à la culotte , des nœuds et des flocons de rubans. Ce clinquant , ce bariolage a-t-il pu être imaginé par des hommes du nord? Il y a là quelque chose du goût espagnol ou italien. Or, bien que dès le onzième siècle les Normands naviguassent sur les côtes d'Espagne et de Portugal, il est à peu près certain que ni Castillans ni Portugais ne parurent dans les ports de Normandie avant le quinzième siècle , c'est-à-dire avant qu'ils fussent entrés dans la carrière du commerce. Au contraire, il est prouvé que les Vénitiens , notamment aux douzième et treizième siècles , à l'époque oià la colonie du Pollet semble avoir dû se former , entretenaient avec les Normands des rapports journaliers , et même qu'ils avaient coutume de redécouvrir des monuments jusqu'ici inconnus, on ne pourra jamais rien affirmer à cet égard Mais, si l'hypothèse était vraie, quel singulier jeu de la fortune ! ces Vénitiens réduits au modeste rôle de pèriieurs ! la colonie finissant comme la mère-patrie avait commencé !
Selon M. Féret , les Polletais ne sont pas des colons étrangers; il voit en eux les descendants, les successeurs directs des Gallo- Romains qui étaient établis au pied du coteau de Neuville, et qui, selon toute apparence, étalent des pêcheurs. Dans tontes les fouilles pratiquées de ce côté, et même dans les ravins et excavations naturelles, on trouve des hameçons de bronze. Or, les Polletais encore aujourd'hui excellent dans la pêche à l'hameçon , c'est leur spécialité. J'avoue que cette coïncidence ne suffit pas pour me convaincre. Qu'il y ait eu sur ce rivage des pêcheurs gailo-romnins, nul doute. Mais il y en avait aussi sur un grand nombre d'autres points de la côte. Or , à moins de supposer que ceux-là seuls qui étaient établis au pied du coteau de Neuville aient eu des descendants, des successeurs directs, comment ex[)liquer ces mœurs, ce langage , ces habitudes particulières aux seuls Polletais