LA CITÉ DE LIMES. —TRADITIONS
Nous sommes hors de la ville : plus de port, plus de pêcheurs t plus de navires ; mais quatre belles vallées se présentent à nous, quatre vallées tapissées de verdure, peuplées d'églises, de châteaux, de ruines, de souvenirs.
Toutefois, avant de côtoyer ces ruisseaux transparents, avant de pénétrer dans ces riants paysages, il est un lieu aride, dépouillé d'arbres, d'un aspect rude et sévère, où nous devons porter nos pas. Là , nous trouverons un monument aussi imposant en son genre que la plus majestueuse cathédrale ou le plus formidable donjon. Ce n'est point une œuvre d'art : sa beauté n'est point dans ses formes, elle est dans sa grandeur , dans son antiquité. De la terre et du gazon , voilà tout ce monument : mais c'est la main des Gaiio-Beiges qui a remué cette terre ; c'est aux
premiers habitants da rivage normand que ces tertres immenses ont servi de refuges. De là le respect solennel qu'ils inspirent. Il existe bien en Franoe de nombreux monuments gaulois; mais il n*y a, je crois , que les champs druidiques de Garnac et le mur païen de Saiute-Odille dont les proportions soient assez grandioses pour soutenir la comparaison avec cette cité de Lime, ou , comme on dit à Dieppe , avec ce camp de Céiar,
Il faut, pour nous y rendre, traverser une partie du Pollet , puis gravir la falaise en passant à côté des débris à peine visibles de l'ancien fort bâti par les protestants : bientôt nous atteindrons l'emplacement de la bastille de Talbot , et , parvenu enfin an sommet de la côte , nous prendrons le sentier qui en suit le bord escarpé. Au bout d'une demi-heure, on arrive ainsi à une gorge ou petit vallon; dans le fond du ravin , sur le bord du rivage, vous apercevez les huttes des douaniers gardes -côtes , chétives cabanes entourées de petites redoutes en terre, et qui, jetées au milieu de ce cite sauvage, semblent la demeure de quelque autre Robinson ; à droite , dans le haut de la goi^c , le pauvre hameau du Puy laisse voir ses cheminées et ses toits de chaume , entremêlés d'arbres rabougris , au feuillage terne et souffrant; à gauche, c'est la mer et son immensité; enfin, vis-à-vis devons, de l'autre côté du vallon , sur la crête de la colline opposée , vous voyez comme un grand rempart de gazon dont les lignes fortement prononcées se dessinent sur le ciel.
Déjà de cette distance ce fragment de rempart gazonnc a un caractère de grandeur qui éveille la curiosité et parle à l'imagination. Mais quand vous avez franchi le vallon , et que debout sur le rempart lui-même vous le voyez non-seulement accompagner la sommité du cotrau , mais tourner dans la plaine et se prolonger à perte de vue , alors ^ousvous demandez, avec surprise, à quelle fin, dans quel siècle, par quelle race d'hommes cet ouvrage immense a pu être exécuté. Ces monticules , dont le pied est bordé