QUATRIÈME PARTIE
tinguaient encore du reste du sol par un léger affaissement et par une bordure de silex qui en déterminait le dessin. Après avoir enlevé plusieurs couches de terre et de cailloux , M. Féret parvint à déblayer une de ces cavités : il reconnut que c'était une fosse profonde de six pieds et large de sept, sur vingt-sept de longueur. Dans le fond de la fosse il trouva des fragments de vases pareils à ceux des touibelles , peut-être plus grossiers encore , deux ou trois petites pointes de fer, plus une grande quantité d'os de porc ou de sanglier, de chevreuil et de cerf, pêle-mêle avec des coquilles de moules : c'étaient sans doute les débris d'un rustique repas. Ces fosses avaient donc été habitées : un toit de paille et de branchage en recouvrait probablement la partie supérieure, et l'on devait y descendre par une pente douce aboutissant au centre de la fosse , à l'endroit où elle se recourbe en dedans. D'un autre côté, puisqu'au fond de ces habitations on retrouvait la même époque de civilisation que dans les tombelles ; puisque tous ces débris appartenaient sans aucun doute aux Gallo-Belges , et que les habitations creusées dans le fossé étaient nécessairement postérieures à l'édification du rempart , le problème était résolu, toutes les explications hypothétiques et arbitraires tombaient devant les faits , et l'on pouvait hardiment soutenir que cette cité de Limes avait été, à son origine , un établissement gaulois, un oppidum gallobelge.
Que postérieurement à la conquête, après que les Gallo- Belges eurent été dépossédés de leurs forêts et de leurs oppida, les Romains aient placé dans cette enceinte quelque poste militaire , quelque vigie poiir protéger la côte, c'est ce qu'il est naturel de présumer : la découverte d'un assez grand fragment de constructions romaines est venue confirmer cette conjecture. C'est dans la partie nord-est, sur un point tout opposé à celui où se trouvent les tombelles, que ces fondations ont été mises à découvert. Le monument est trop peu conservé pour qu'on puisse déci*
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der s'il avait une destination militaire. La plus grande partie des objets trouvés dans la fouille indiqueraient plutôt Un monument religieux. Des vases , des tirnes^ des ossements ont été ramassés dans les décombres : oh en a même exhumé iin squelette dans les os duquel étaient engagées dent médailles, Tune de Constantin le jeune, Tatitre de Constance , son frère : il est donc vraisemblable que ce t^Btit édifice était destiné à des sépultures. Mais non loin de là bn Voit encore la trace d*atatres ruines romaines qui n*ont pas été fbliiliées^ : ajoutons que les constructions d'où te squelette a été exhumé ne sont pas aujourd'hui à plu^ d'une tdise du bord de la falaise , que chaque hivetfait tomber dans la mer une portion plus ou moins grande dé ce tei^rain escarpé, et qu'en mettant bout à bout ce que deux mille hivers ont dû en enlever^ on aurait une si grande étendue que les Romains auraient très-bien pu f avoir construit Un casteîiuntf un poste militaire^ dont le petit édifice né serait alors qu'une dépendance : les habitants du pays , oubliant l'antique établissement gaulois» «'auraient conservé le souvenir que dd castetium, et ainsi se trouveraient expliquées la tradition qui fait de la dté de Limes un camp romain, un camp de César, et celte coutume familière aux paysans de l'appeler le Câtei.
vSi l'écroulement périodique et continu de la falaise a pu détruire une portion considérable de cet établissement romain , dont quelques vestiges existent encore , la même cause de destruction a dû nécessairement faire disparaître aussi une grande partie de rétablissement primitif , de la forteresse gallo-belge* La cité de Limes présente actuellement une superficie d'environ 55 hectares : il est permis de croirei d'après la destruction des falaises , année commune , qu'elle était , il y a deux mille ans , d'ua tiers au moins plus étendue. Ce qui paraît Certain , c'est que la
1 Ces ritlnes ont été fbaillées Aep\M% 4 è32 ; elles oht offert les rèfttëfe d'une lialiiUUon agHcole*
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gorge qui la sépare à peu près par le tniliea, et qui se termine maintenant par un précipice de quatre-vingts pieds, descendait alors en pente douce jusqu'au rivage. Cette gorge était pour Ivs barbares qui se réfugiaient derrière ces retranchen^eniS) comme une espèce de port i leurs barques étaient si légères qu'ils tes tiraient de la mer aussitôt qu'ils étaient débarqués , et les mettaient à Tabri dans la gorge. L'ennemi menaçait-il de forcer Voppidum, faltait-ii échapper par une prompte fuite à un massacre ceKaiHi aussitôt les barques étaient lancées sur les flots, et, la marée aidant, les fuyards traversaient l'Océati pour aborder aux côies d'Angleterre, où ils trouvaient d'autres Belges commie eux qui les aidaient à regagner leur patrie et à en chesser leurs vainqueurs '.
Il y a lieu de croire que sur cette partie de la falaise rongée par la mer, il existait d'autres lombelles, d'autres habitations creusées dans le sol, peut-être même un bourg, un viens; car, indépendamment de l'abri momentané que les oppida offraient à toute une population dans les tnoments de danger, il s'y trouvait qufelquefois un certaih nombre d'habitaiirths permanentes j tir, M. Fêret troit que, les fosses qu'il a fônilltes He sont que dos tugurià ou habitations temporaires. Cette questiort n'est qu'accessoire et de peu d'importance; que la mer nous ait enlevé ou non la partie la pldd intéressante de la cité de Limes ^ ce qu'elle nou^ a laissé devait heureusement suffire pour qu'à force de savantes investigations et de laborieuses rechei"chcs, W. téret retrouvât là véritable origine de ce moiiiiment, le plus ancien de la Normandie , et qui , grâce aux fausses traditions et aux demi-savants, semblait être devenu
' César nous apprend que telle était la tactique des Oaulols de ta côte, et qu'il ne parvint à les dompter qu'au moyen d*une flotte qui les b'Uquait par mer et les empêchait de s'échaiiper sur leurs baix]oes. « Jusque-là» dit-il, la prise des oppida était sans résultat, car Tennemi échappait toujours , et sa délaite n'était jamais com« plète. >. (V. de Bell GnlL, 1. TIT, c. xii.)
un problème insoluble. Il est aujourd'hui peu de monuments de cette haute antiquité qui aient été aussi complètement explorés , qui soient entourés d'autant de clarté et d'é\idence^ ; nouvel eiemple que quand on sait faire des fouilles il n'est point d'énigme en archéologie. Ne désespérez jamais , tant qu'il tous reste sous terre des témoins à interroger.
On remarque assez généralement en France que partout où il existe des monuments gaulois les traditions populaires placent des souvenirs de fées. Ces divinités des anciens peuples septentrionaux semblent encore faire la garde autour des derniers débris que nous ont laissés les siècles témoins de leur mystérieuse puissance. Ainsi, pas un cfo^tnen, pas un menhir, qui n'ait sa fée ou son génie ; ainsi, dans les plaines
1 Depuis la publication de son Mémoire si>r le Camp de César, M. Férft a continué ses reclierclies. De nouvelles touilles ont confirmé toutes ses premières conjectures, et leur ont donné un nouveau degré de certitude. Ainsi , dans un des tuguria qu'il a déblayés en 1827, il a trouvé deux médailles gauloises, de celles qui sont reconnues pour avoir été fabr quées dans les Gaules avant l'invasion romaine. Cette découverte est comme le complément de toutes les preuves acquises jusque-là sur l'antiquité et Torigine gallo-belge de la cité de Limes.
La Société archéologique de Dieppe a fait lever un plan de la cité de Limes. L'exécution en a été confiée à M. Charles Mon- Doyeur, employé despoots et chaussées, sous la direction de M. l'ingénieur Frissard. « Je ne sache pas» dit M. Féret dans uù rapport à la Société archéologique, qu'il existe rien d'aussi complet en oe genre, bien que les sciences possèdent déjà un très-beau plan d'un vaste monument dit le mur païen, situé aux en vironsde Strasbourg, et ayant avec notre oppidum une très-grande analogie, lîxactitude scrupuleuse dans les proportions de l'ensemble, attention rigoureuse dans le relevé des détails, conviction intime chez l'auteur de l'importance du sujet, tout a contribue à faire de ce plan un véritable modèle. Il sera déposé à la bibliothèque de la ville , oti chacun pourra venir le consulter. A l'aide du tableau explicatif qui y est joint, on aura tous les renseignements nécessaires pour aller visiter Voppidum, »