QUATRIEME PARTIE
Cinquante ans s*écouIent sans qu*il soit fait mention du château d'Ârques ; les historiens semblent avoir oublié son nom : ce n'est qu'en 1359 qu'on le retrouve parmi les places qui devaient être livrées aux Anglais en vertu du traité de Bretigny. Ce traité n'ayant pas reçu son exécution, Arques resta au pouvoir de la France. Mais bientôt la Normandie tout entière allait nous être ravie. Arques ne se défendit pas alors aussi vaillamment que deux siècles auparavant. Talbotet Warvi^ick s'en emparèrent dès 1419> six mois avant que Dieppe tombât en leur pouvoir. Pendant trente ans l'Angleterre en demeura maîtresse; ce ne fut qu'eu lZi49, lorsque depuis quatorze ans les fleurs de lis brillaient à Dieppe, que le château d'Arqués fut rendu à Charles Vil par un des articles de la capitulation de Rouem Quant à la ville, on a déjà vu * qu'à celte époque elle était déchue de son ancienne importance. La capitale dû Talou, la ville qui étendait jadis sur tout le duché de Normandie sa juridiction et sa surveillance pour la conservation des poids et mesures*, n'était plus qu'un bourg dès le quinzième siècle. ïl est vrai que, par une de ces fictions que protégeaient les lois du moyen âge, et dont l'Angleterre
^ offrait encore naguère un exemple bien connu , le bourg
conservait une grande partie des privilèges de la ville, et que les fiers et opulents bourgeois de Dieppe étaient con-
^ traints de vider leurs procès devant les juges de la pauvre
et ci-devant cité d'Arqués' ; mais ce débris» ce lambeau de sou ancienne puissance , ne lui donnait pas grande re-
j ' Voyez page 80.
. * M. Le Prévost trouve une autre preuve de Tlmportance dont
' jouiftRait la ville d'Arqoes , vers les onzième et douzième siècles^
dans les routes encore connues sous le nom de chemin d* Arques,
l^ qu'on rencontre souvent à de grandes distances de son tenitoire.
' Jusqu'à 1789, le bailliage d'Arqués étendait éa juHdlction sur les faubourgs du Follet et de la Barre, et âur deux cents paroisses, ainsi que sur cinq à six bourgs. On voulut, dès 1599 , faire transférer le siège du bailliage au Pollei , mais le parlement de Rouen
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nommée ; et nul doute qae son nom serait maintonaut enseveli dans un profond oubli, si, par un de ces hasards qui ont fait tant d'illustrations, Henri IV n'avait choisi cette vallée pour défier la ligue et la vaincre en champ clos.
J'ai déjà dit * comment à l'approche de Mayenne et de sa formidable armée, il avait cru prudent de s'éloigner des alentours de Rouen, dont il faisait le siège, pour se rapprocher du rivage de la mer, et s'appuyer sur une ville aussi forte que Dieppe, et sur un gouverneur aussi dévoué que M. de Chastes.
Après avoir pourvu à la sûreté de la ville et du port, il vint se retrancher à Arques , contre l'avis de tous ses capitaines : cette position lui semblait favorable pour y voir venir l'ennemi. Il monta se loger au château, et laissa dans le bourg le maréchal de Biron. avec son régiment des Suisses, et toutes les coni()agnies d*infanterie française.
Le Roi pensait que le duc de Mayenne déboucherait par la vallée, et qu'il chercherait, une fois arrivé à la hauteur d'Arqués, à passer sur la rive gauche de la rivière, la rive droite n'offrant qu'un chemin à peine praticable. Voulant donc l'empêcher de pénétrer jusqu'à Dieppe, il fit creuser de grands fossés en tête du bourg devant toutes les avenues, les fit prolonger sur la hauteur, et enveloppa ainsi dans une grande circonvallation le bourg et le château. Ces tranchées étaient protégées de distance en distance par des redoutes et ravelins entrecoupés de batteries. Tous les soldats du Roi et les paysans qu'on put ramasser aux environs travaillèrent nuit et jour : tout fut bientôt terminé.
Mais qu'arriva-t-il ? le ^nc de Mayenne, qui venait de s'emparer de Gournay et de Neufcliâtei, ayant appris que le roi était si bien posté, prit un chemin tout autre que ce-
s'y opposa. Plus tard, il fut arrêté que celte juridictiou se tiendrait au faubourg de la Barre.
Il y avait encore à Arques une maîtrise particulière des eaux et furets, qui lui était commune avec ta ville de NeufcbAtel en Bray.
» Voye^ 1" partie, chap. ii, § XXII.