‹ Histoire de DieppeChapitre 77 sur 99 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

li lui qu'on avait supposé. Au lieu de venir droit à Arques

I pour se buUer contre les tranchées et les redoutes de

,: Henri, il résolut de prendre Dieppe en flanc, et s'en alla de

i Neufcbâtel à Gamache , puis à £u, dont il s'empara de

,i peur d'être inquiété sur ses derrières. Enfin , le 15 seplem-

;; bre, il se mit en marche avec son armée en deux corps de

I bataille : la droite, dont il avait le commandement, vint se

\i placer en vue du Follet ; la gauche, sous les ordres du duc

t de Nemours, descendit par Ancourt jusqu'à Martin- Église. Cette marche était habile : au lieu d*épuiser ses forces

1 en vaines attaques contre le château d'Arqués, Mayenne

2 se plaçait entre le roi et Dieppe , et pouvait espérer de I couper ses communications avec la mer, de diviser ses j( forces , de le priver des secours d'Angleterre , et enfin de j le cerner et de le prendre , ainsi qu'il l'avait promis aux j ligueuses de Paris , qui déjà parlaient de la cage de fer ^, dans laquelle le Béarnais leur serait envoyé.

I Quant au roi , il éprouva quelque dépit de voir ses pré-

j visions déjouées par la manœuvre de M. de Mayenne , et I d'avoir fait tant remuer de terre sans en tirer plus de f profit. Mais il était homme de ressource , confiant comme ; les Gascons, et fort peu entêté de ses idées. Changer tous ( ses plans fut l'affaire d'une seconde. Au lieu d'attendre son adversaire dans ses retranchements, il comprit que ! c'était à lui à l'aller chercher de l'autre côté de la vallée ; que , sous peine d'être bloqué , il devait étendre ses lignes , et ne laisser aux ligueurs d'autre issue que le chemin qu'ils avaient choisi pour venir.

Plaçons-nous sur une des tours ruinées du château , et regardons devant nous : en dessous de la lisière de la forêt, au pied de cette colline toute nue qui fait pendant au coteau de Martin-Église , nous voyons deux maisons revêtues de chaume , entourées de pommiers et d'une grande haie plantée carrément. Ces maisons sont maintenant une ferme , jadis c'était la chapelle et la maladrerie de Saint- Étienne. Le duc de Nemours , en arrivant à Marlin-Égiise,

ne s'était pas aperçu que celte tnaladrerie et la colline au pied de laquelle elle est située commandaient toute la tbIlée, et qu*en occupant cette position il eût mis le roi dans un cruel embarras. Cette faute n*éc.happa pas à Henri, et, ne voulant pas lai^er le temps de la réparer, il envoya surle-champ le maréchal de Biron de Tauire côté de la vaU lée , avec ordre de s*emparer de ta maladrerie, de s'y fortifier et d'établir sur la colline une espèce de camp retranché, en faisant tirer une ligne depuis la maladrerie jusqu'à la fok-êt , et à trois ou quatre cents toises en deçà une seconde ligne parallèle à la première, descendant de la forêt jusqu'au themill creUxqui sépare la colline des prairies. A cette époque le reflux de la mer transformait la plus grande partie de ces prairies en marais impraticables : il n'y avait donc pas besoin de fortiQcationsdececôté. Ces deux grandes lignes devaient être munies de parapets, et on devait prati^ quer des plates-formes pour y loger du Canon. Le roi re* cotMiti&nda en outre au maréchal de laisser derrière ces retranchements l'élite de ses fantassins, et en bon nombre , ce poste avancé devenant la tête de toutes ses opérations» et devant faire , pour le côté droit de la vallée , le même office que le bourg et le château pour le côté gauche.

Ces dispositions hardies furent exécutées avec bonheur et diligence. On travailla toute là nuit , et le lendemain la première ligne était à l'abri d'un coup de maib. Le roi, 6*en fiant pour le reste sur M. de Biron , monta à cheval, et se rendit à Dieppe , en passant par la hauteur et le mont de Caux de peur d'être aperçu par les coureurs de Mayenne. Il ne lit que traverser la ville -.c'est au Pollet qu'il lui fallait courir, car c'est par là que , contre son attente, les ligueurs dirigeaient leur attaque. Déjà M. de Cbâtilloti avait été envoyé pour élever quelques fortifications en tête du faubourg du côté de Bonne-Nouvelle et de Neuville. Le roi encouragea les travailleurs , et laissa à (^hâiillon , pour défondre ce fort improvisé , cinq cents hommes d'élite de son infanterie française.

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EnGn , craignant que les villages et hameaux des mvi* rons de la ville ne servissent à Tenneaii pour se fortifieri te roi y fit mettre le feu.

Toutes ces mesures prises , Henri respira plus tfatl^ (]uille , mais il ne s*et)dortnit pas : sans cesse il allait et venait de Dieppe à Arques , d*Ar(|ue8 à Dieppe et du Follet. M. de Mayenne au contraire semblait tombé en léthargie. Il n*était pas encore sorti de ses quartiers depuis près de quarante-huit heures qu'il s'y était logé. Toute-^ ibiS) le IS au matin, on vit quelques centaines de ses chevau^légers se mettre en branle , courir la campagne et s'en venir faire le coup de pistolet autour des fossél de le maladrerie. iVlais ils furent mal reçus, et l'escarmouche s'échauffk peu à peu. « Mon fils, dit le mak*échal de Biroa au jeune comte d'Auvergne, chargez; voilà le montent. » Aussitôt le jeune prince, sans se donner le temps de pretl** dre son chapeau , s'élance à la tête de ses gentilshommes^ se précipite sur les cavaliers ennemis, et les charge si vivement l'épée dans les reins ^ qu'il entre pêle-mêle avec eut dans le village de Martin^ Église» Le maréchal lui ayant commandé de se retirer, il s'en revint tout tranquillement sans que les ligueurs osassent lui disputer la retraite. Ils avaient perdu trois cents des leurs, et paraissaient tout étourdis de leur déroute.

Du côté du Follet ils n'avaient pas été plus heureux. M. de Ghâtillon avait accueilli leurs maraudeurs à coups de canon, et les avait fait fuir à toute bride. Le 18 et le 19 le duc de Mayenne voulut prendre sa revanche , mais toujours en vain : une sorte de fatalité semblait peser sur les siens ; à courage égal , les mauvais coups étaient toujours pour eux ; et comme dans leurs rangs il y avait beaucoup de jeunes recrues , ces rencontres journalières , loin de les aguerrir, les accoutumaient à fuir et à se débander. Comme dernière tentative, le duc de Mayenne essaya de forcer le passage de la rivière vis-à-vis du village de Bouteille, afin de couper toute communication entre Arques

40A HISTOIHE DB DIEPPE.

et Dieppe ; mais cette entreprise lui réussit aussi mal que les autres. Après avoir tiré quelques volées de canon y il fut contraint de se retirer, laissant sur la place soixante soldats et un capitaine du régiment de Tremblecourt^.

Il avait la rage dans le cœur, et ne put dormir de la nuit, non pas seulement parce que les gens du roi ne laissèrent pas aux siens un moment de relâche, et qu^il ne se passa pas un quart d*beure sans arquebusade ou niousqueterie , mais parce qu'il souffrait cruellement de voir écbouer ses espérances. Il avait cru vaincre sans coup férir, et il n'avait encore été que battu. D'un autre côté , la division était dans son armée : le marquis de Pons lai disputait le commandement , et en qualité de prince du sang, de petit-fils de Henri II , il avait un parti qui murmurait contre Mayenne , et l'accusait des mauvais succès de ces quatre ou cinq journées. On se plaignait de sa lenteur, de ses tâtonnements : on glosait môme sur son em* bonpoint. Il fallait donner un démenti à ces méchants propos ; il fallait reconquérir son autorité : un coup d'audace devenait donc nécessaire. Mayenne, après s'être promené toute la nuit sans pouvoir fermer l'œil , tourna toutes seg

* Pendant ces deux ou trois journées d*escarmoucbes, on y\i des faits d*armes dignes des âges chevaleresques. Je citerai entre autres le trait suivant :

« M. de Beliegardc , grand escuyer, duquel le courage estoit accompagné d*une telle modestie, et Thumeur d'une si affable conversation, qu*il n'y en avoit point qui , parmi les combats, fist paroistre plus d'asseurance, ny dans la cour plus de gentillesse , vit un cavalier tout plein de plumes qui demanda à tirer le coup de pistolet pour Tamour des dames; et, comme il en estoit le plus chery, il crut que c*estoit à luy que s*adressoit le cartel ; en sorte que , sans attendre , il part de la main sur un genêt noir nommé Fregouxc, et atlaqua avec autant d'adresse que de hardiesse ce cavalier, Itqiiel, tirant Bellegardc d'un (X'u loin, le manqua; mais luy, le serrant <le près hiy rompit le bras gauche : si bien que, tournant le dos , il chercha son salut en fesant retraite dans le premier escadron qu'il trouva des siens. » ( Mémoires du duc d'An" gouléme,)

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pensées du côté d*Ârques, et, renonçant au Pollet et à Dieppe, se décida à concentrer ses forces sur Martin- Église , afin d'atiaqiier de front , et avec son armée en bataille , les retranchements du roi.

Il fit ses préparatifs avec mystère ; pendant toute la journée du mercredi 20 , on ne vit pas une seule escarmouche : les ligueurs ne donnèrent pas signe de vie. Le roi , comprenant ce que cela voulait dire , se tint sur ses gardes , et , redoublant d'activité , visita tous ses retranchements, et les ûi fortifier de plus en plus tant au Pollet qu'à Bouteille et à la maladrerie , car il ne savait pas de quel côté il serait attaqué.

Quand la nuit fut venue , il chargea le comte d'Auvergne et quelques gentilshommes d'aller reconnaître ce qui se passai! dans le camp des ennemis , et s'ils ne se mettaient pas en marche. Il lui venait avis de tous côtés que le lendemain sans faute il devait être assailli : aussi ne se coucha-t-il pas.

Cependant le comte d'Auvergne s'en allait à la découverte : la nuit était très-noire ; après avoir tourné le coteau de Saint-Étienne , il crut apercevoir, à quelque distance dans la vallée de Martin -Église, une longue file de mèches allumées ; mais le silence était tel que lui et les siens furent en doute si c'étaient des hommes ou des vers luisants. Néanmoins ils se retirèrent au petit pas, et bientôt ils eurent la certitude que c'étaient des hommes d'armes , et qu'à voir le nombre des mèches il y avait plus d'un régiment.

Il était alors cinq heures du matin. Le roi fit appeler le maréchal, commanda que chacun prit les armes, que les cavaliers montassent à cheval, et que tout le monde^ fût à son poste. Lui-même se rendit sur le champ de bataille : le jour s'avançait, mais il faisait un brouillard d'automne si épais qu'on ne pouvait voir à quatre pas. Toutefois Tennemi, bien qu'il marchât sans tambours, commença à faire une telle rumeur, qu'il était facile de reconnaître

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que c'était i*armée tout entière qoi s*aTançâit contre les retranchements.

Pendant ce temps le roi, s'étant fait apporter à déjeuner dans une grande fosse , 6t asseoir en rond tous les officiers de qualité qu*il avait auprès de lui , et se mit à manger de bon appétit. Il achevait son repas lorsque le sieur de Belin , gentilhomme ligueur, qui s'était trop avancé en voulant faire une reconnaissance , lui fut amené prisonnier. « Bonjour, Belin, dit le roi d'un air riant! embrasssez-moi pour votre bien-venue. » Belin l'ayant embrassé se prit à rire à son tour, et Tassura qu'il allait avoir sur les bras trente mille hommes de pied et dix mille chevaux. « Oà sont vos forces? ajouta-t-il en regardant autour de lui. — Tous ne les voyez pas toutes , monsieur de Belin , dit le roi ; car vous ne comptez pas Dieu et le bon droit , qui m'assistent. »

L'action s'engagea vers dix heures. Voici à peu près dans quel ordre étaient rangées les deux armées.

Le terrain du coteau de Saibt-Étienne , depuis la mala- . drerie jusqu'à la lisière de la forêt , étant fort incliné , il était impossible d'y faire manœuvrer la cavalerie : cette partie du champ de bataille devait donc être réservée de part et d'autre à l'infanterie ; tandis que les deux cavaleries devaient s'étendre depuis le chemin creux qui règne à mi-côte, et jsépare la maladreriedes prairies, jusqu'à l'endroit où ces prairies n'étaient plus que vase et marécages. Mais quelle différence entre ces deux armées ! Douze à quinze cents chevaux tout au plus contre six à huit mille ! et sur le coteau vingt-cinq mille fantassins pour attaquer les retranchements , cinq à six mille pour les défendre ! Mais si le nombre était d'un côté , de l'autre brillait la fleur de la noblesse française , soutenue par ces vieilles bandes huguenotes aguerries de si longue main au métier des armes. Le roi disposa son monde avec une adresse infinie , échelonnant ses petits bataillons et les multipliant pour ainsi dire à force d'art. Il avait d'ailleurs un immense

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avantage, celui de cooaaître le plan de bataille de son adversaire , et Tordre dans lequel ses troupes devaient marcher. Cet ordre avait été trouvé dans la pochette de M. de Beliu.

Le combat fut engagé par la cavalerie , et ce fut celle du roi qui donna la première. Un capitaine Fournier, à la tête de quarante maîtres avec casaques, fondit sur la compagnie du ligueur Jean-Marc Albanais, le mit en déroute, et renversa de cheval Jean- Marc blessé mortellement. Au même instant Rambures , de Lorges , Mont^ gomery, et le jeune comte d'Auvergne, suivis de la compagnie du roi et d'une centaine de gentilshommes, s'élançaient tête baissée contre les escadrons de Sagonne et des ducs d'Aumale et de Nemours. Sagonne , monté sur un cheval turc, couvert d'armes argentées, et portant un manteau d'écarlate , accourut au-devant du comte d'Auvergne, en lui criant : Du fouet, du fouet, petit garçon ! et par manière de dédain , au lieu de croiser le fer contre lui , enfonça sa dague dans l'épaule de son cheval , mais si avant que ne pouvant la retirer il laissa le temps au jeune comte de lui tirer à bout portant son pistolet à la cuisse droite.

Sagonne étant tombé de cheval , son escadron tourna le dos; celui de Balagny, qui venait après, rompit à son tour, et jeta le désordre dans les rangs de MM. de Nemours et d'Aumale , qui commencèrent à plier et se laissèrent bientôt pousser l'épée dans les reins jusqu'au tournant du coteau de Saint-Ëtienne.

Pendant que la cavalerie du roi débutait avec tant de bonheur, les fantassius de la ligue s'épuisaient eu vaiu^ efforts contre les retranchements de la maladreric et de U partie inférieure du coteau , défendus par le maréchal de Biron et par l'infanterie française. Malheureusement il n'eu était pas de même sur toute la UgU/e; la partie du retranchement contiguë à la forêt venait de tomber au poU'^ voir de l'ennemi»

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Ce retranchement avait été confié à quelques coinpagaies de lansquenets que le roi avait à sa solde. Mayenne , de son côté , soit par hasard , soit à dessein , avait dirigé contre eux ses propres lansquenets , commandés par le comte de Colate, leur colonel. Or, dès le commencement de Faction , les lansquenets ligueurs , au lieu d*alluraer leurs mousquets et de tenter l'escalade du fossé , s'étaient mis, par une ruse indigne, à crier : Five le roi ! en allemand , en agitant leurs chapeaux sur la pointe de leurs piques et élevant les mains pour donner à connaître à curs compatriotes qu'ils voulaient passer dans le parti da roi. Tomme le bruit courait qu'ils étaient mécontents de Mayenne , qui ne les payait pas , les autres , pleins de confiaDce, les reçoivent, leur tendent même la main pour franchir le parapet ; mais soudain les traîtres tournent eurs armes et se mettent à charger leurs complaisants adversaires. Ceux-ci , faute d'avoir apprêté leurs arquebuses , confus d'ailleurs de leur crédulité et comme étourdis de cette trahison , se mettent à fuir sans résistance , et descendent le coteau à toutes jambes. Ceux qui défendaient la maladrerie si vaillamment , se voyant tournés , lâchent pied à leur tour. L'ennemi se précipite de la hauteur dont il est maître , et en un clin d'œil la maladrerie et toute la première ligne sont en son pouvoir.

La bataille semblait perdue sans ressource , mais le maréchal de Biron , ralliant quelques fuyards et se repliant au petit pas sur le second retranchement, en défendit les approrhes avec tant d'énergie et de résolution que le roi, voyant sa détresse et comprenant que , ce second retranchement une fois enlevé , c'en était fait de lui et de sa cause, lui envoya tout ce qu'il put ramener de troupes fraîches et une partie du régiment suisse de Galali , qui était posté dans la prairie pour empêcher la cavalerie ennemie de déborder par le bas du vallon. Le maréchal de Diron , ranimé par l'arrivée de ces renforts , fit encore meilleure contenance, empêcha l'ennemi d'entamer le

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second retrancbement , et regagna peu à peu une portion du terrain qui lui avait été si promptement enlevé.

Mais si sur le coteau l'infanterie réparait ses désastres , dans le chemin creux et dans la prairie la cavalerie avait perdu ses avantages* Le duc de Mayenne , accourant au secours des ducs de Nemours et d'Aumale, avait promptement fait rebrousser chemin à ceux' qui les pourchassaient. L'ennemi av^it repris chaudement l'offensive , et c'étaient le comte d'Auvergne, foute la noblesse et la compagnie du roi qui fuyaient à leur tour écrasés par le nombre et par une charge impétueuse' que commandait Thianges à la tête de son escadron de deux cents hommes. Toute la cavalerie ligueuse, lancée à la suite de Thianges, s'avançait comme une avalanche prête à engloutir c^s petits pelotons de cavaliers fuyant dans la plaine. Nul doute que si dans ce moment Mayenne eût redoublé d'efforts et d'activité , s'il eût donné à ses gens de pied une impulsion semblable à celle qui animait sa cavalerie , l'armée royale était anéantie. Le roi, engagé au milieu des fuyards, presque abandonné de sa suite , et s'eut étant néamnoins à ne pas tourner bride, cflait tout haut : « Ne se trou vera-t-il n pas cinquante gentilshommes pour mourir avec leur roi ? » Il priait, il menaçait, le désespoir dans l'âme, mais conservant sa bonne mine , son air d'assurance et sa présence d'esprit.

A force de dire à tous venants ;« Courage , messieurs ! » courage; faites donc comme votre roi! » il en trouva qui l'écoutèrent. Au même instant Galati et son régiment saluèrent Thianges et toute cette cavalerie qui le suivait d'une mousqueterîe si juste et si à propos , que les chevaux du premier rang tombèrent presque tous h terre , ce qui arrêta les autres tout court et jeta de la froideur et du' trouble dans foute la profondeur des escadrons. D'un autre côté, ceux qui s'avançaient dans le chemin creux furent salués à peu près de la même façon par le maréchal de Biron, et tout aussitôt chargés par le roi et par lesgen*

410 HISTOIRE BE DICPPB.

tilshowmes qu'il avait ramassés^. Mais, four eomble de bunheur, Toiià que Châtilfon , parti de Diep()e à là tête de ses cinq cents hommes d'élite , arrive à ce moment même sur le champ de bataille. H s'en va droit à la maladrerie; Tattaque , la force , tue ou prend tout ce qui est dedïms. Le roi met pied à terre avec sa noblesse pour donner avec Châtillon dans les tranchées. Cet assaut , qui dura bien un quart d'heure , fut sanglant et furieux. Une fois maître de la maladrerie, ChâtHlon fit filer ses soldats dans le retranchement d'en haut , et les lansquenets l'abandonnèrent avec autant de vitesse qu'ils avaient mis de ruse à s'en emparer.

Pendant que la face des choses changeait ainsi , le brouil* lard, qui jusque-là avait enveloppé là vallée, se dissipa tout à coup , comme si le ciel eût voulu prendre aussi sa part dans la victoire. Ce fut alors que l'ariillerie du château , découvrant l'armée des ennemis , fit voler , dit-on , dans ses rangs l'épouvante et la mort , et la perça de ces larges trouées dont parle Sully. Le duc de Mayenne, qui depuis l'arrivée de Châtillon commençait à douter du succès, perdit toute espérance quaiid il entendit siffler ces boulets lancés si juste et avec tant de précision ^ Bientôt le désordre fut tel parmi les siens que plusieurs compagnies de cavalerie en fuyant au travers des prairies, tombèrent dans les marais et s'enfoncèrent jusqu'aux sangles. Les hommes , contraints d'abandonner leurs chevaux , se

' Voyez ci-dessus , page 396.

* Il paiatt qoe rartilleiie (hi cliâtran d'Arqiies était servie par les arlilleius et arquebusiers du ciiâtcau de Diepp(\ La d stance est assez grande du château à la maladrerie pour qu*a celte époque la précis'on de cette canonnade fût ' lio>e presque incroyable. N'oui)lions pas CHpendiut que les Dieppois étaient très-luibiles au tir, soit de l'arbalète, soit de l'arquebuse oudu canoifi. Ils s'exerçaient publiquement à certains jours de Tanfiée : ces KOrennifés >c célébraient avec beaucoup de pompe et d'apparat. Aujourd'hin ces exercices, quoique plus simples, ont encore lieu le tmisième dîiiianclie de mai»

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