QUATRIÈME PARTIE. 4tl
sauieaient à pied comme ils pouvaient en sfappuyant sur leurs lances. Alors Mayenne , considérant qu'il se faisait tard , que ;ses gens étaient trop épuisés pour revenir de leur élonnemeut et retourner au combat, ût sonner \û retraite et rentra dans ses quartiers. Henri, maitrerdu champ • de bataille , après avoir fait donner la chasse aux fuyards et les avoir salués encore une fois de quelques volées de canon , s'en revint à Arques rendre grâces à*ûieu de sa victoire : les catholiques firent chanter le Te Deum, et les protestants entonnèrent des psaumes.
Telle fut cette journée si aventureuse , ce com|)at chevaleresque , qui , suivant l'expression d'un des* témoins oculaires^ « fut la première porte par laquelle Henri entra dans le chemin de sa gloire et de sa bonne fortune. »
£u 1647, Luuis XIV et sa mère passant à Dieppe s'en retournèrent par la vallée d'Arqués , et allèrent visiter le <^amp de bataille. Les tranchées , quoique ouvertes depuis cinquante-huit ans, existaient encore, soit sur le coteau de 8aint-Élienne, soit aux alentours du bourg. Aujourd'hui l'on aperçoit à peine la trace du retranchement en droite ligne qui di^scendait de la forêt à la maladrerie; mais on voit sur la crx)upe de la colline où se passsa le plus fort de Taction, un obélisque élevé il y a quelques années en commémoration de la bataille. Ce petit paonumenl pourrait être d'un dessin moins roide, et il serait à désirer que quelques sculptures , ou tout au moins une inscription , indiquassent à quelle fih \1 a été construit. Toutefois l'ititeniion était bonne , et il faut en savoir gré ^
Quant au château, plus durable que les retr£^ache9)ent& d'Henri IV, il serait encore debout, et tel à peu près qt;ie le jour de la bataille, si la main des hommes n'eût pas travaillé aie délri^ire; mais depuis un sièclç environ il a
* Le duc d'Angonléme (comte d'Auvergne).
« Il paraît qu'une inscription avait été placéç §vir le bas ôfi l'obélisque. Elle a été d«^truile en 1830 : on devrait la rétablir.
été couvert! en carrière de pierres et de briques, et» j'ai peine à le dire , c'est le gouvernement loi-même qui en a autorisé l'exploitation.
Eu 1732 , quelques habitants d'Arqués ayant demandé qu'on leur permit de démolir ce château , reconnu impropre au service du roi , leur requête fut rejetée. Mais en 1753 , le conseil , revenant sur cette décision, accorda la permission /sinon de démolir complètement le château^ au moins d*2^ prendre des f terres, M. de Clieu, celui qui transporta le caféyer à la Martinique S ne se fit pas scrupule de profiter de cette permission : on peut dire que sou dhâteau de Derchigny, à deux lieues est de Dieppe, est construit presque en entier des débris de l'antique forteresse de Guillaume et de Henri II. '
Ce fut surtout de 1753 à 1771 que la démolition fit d'effrayants progrès. Les religieuses d'Arqués forent autorisées à enlever tous les matériaux dont elles avaient besoin pour bâtir leur couvent ; semblable permission fut accordée à une foule de particuliers , jusqu'à ce qu'en 1771 elle devint générale : tous les habitants*d'Arques eurent le droit de éprendre des pierres pour leurs maisons.
Enfin , en 1780 , on voit une ordonnance qui porte autorisation d'enlever le peu dtk matériaux restant au château d'Arqués. Ainsi dès oette époque l'œuvre de ' destruction était bien avancée.
Aujourd'hui ce n'est plusJ'État, c'est un particnlier qui possède ces ruines, et s*il n'e*n accorde l'entrée que moyennant rétribution , du moins il empêche qu'on ne les dégrade. Mais il peut venir un autre propriétaire moins jaloux de sa forteresse , et qui en exploite les matériaux. Ne serait-ce pas au gouvernement à prévenir cette profanation? ne serait-ce pas à Ijii qu'il appartiendrait de se faire le possesseur et le gardien de ces nobles murailles^!
* Voyez (2« Partie) la note de la page 288. '
^ Depuis que ces lignes sont écrites , le château d'Arqués est de-