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Les Djeppojs en guerre avec leurs voisins , principalement avec ceux d'Arqués. -» Conobals et escarmouclies,
Nous ne suivrons pas dans toutes leurs excursions ces petites bandes mi-parties de fanatiques iconoclastes et de voleurs de grands chemins ; il nous faudrait courir avec eux de village en village , de hameau en hameau , et c'est toujours même histoire, toujours la sacristie qu'on dépouille , les peintures qu'on mutile et qu'on brûle , le curé qu'on roue de coups quand, par bonheur, ou ne le pend pas.
Toutefois , à côté de ces expéditions désordonnées, dont un fermier nommé Duval ou quelques autres du petit peuple étaient presque toujours les chefs, il y avait des sorties plus régulières commandées par des capitaines de la ville ou par Desfort lui-^même , et dirigées soit contre la ville d'Eu , soit contre le bourg et le château d'Arqués. Quand on était à court d'argent , on faisait du pillage en grand, et comme une sorte de cueillette à main armée. C'est ainsi qu'on alla rançonner l'abbaye du Tréport, le bourg de Yeules et celui de Cany. Mais le but le plus constant de ces petites guerres de voisinage , c'était l'ancienne cité d'Arqués. Il existait entre ses habitants et ceux de Dieppe une vieille rivalité dont on a vu l'origine au chapitre précédent. Arques n'était plus qu'un bourg, de ville qu'il avait été ; et la faute en était à Dieppe , qui avait prospéré et grandi à ses dépens. Aussi aurait-on pu prédire & coup sûr que , si le protestantisme prenait le dessus à Dieppe, Arques, par une sorte d'esprit de contradiction , resterait catholique.
PEEMIÈBE PARTIE. 81
C'est aussi ce qui était arrivé. Néanmoins , à Arques comme ailleurs il y avait des protestants. Or, quand les catholiques virent que ceux de Dieppe saccageaient les églises et maltraitaient les curés , bien vite , par représailles , ils mirent le feu aux quinze ou vingt maisons de leur bourg habitées par des protestants. Ces pauvres gens, sans feu ni lieu , coururent à Dieppe chercher un refuge et crier vengeance. C'était vingt jours après l'aventure de M. de Bouillon, le 25 mai. Dès le lendemain il fut décidé qu'on s'en irait mettre à la raison les papistes de ce boui^ insolent. Malheureusement on entra en campagne avec plus d'ardeur que de prudence ; et quoique les agresseurs traînassent avec eux trois pièces de canon , ils furent si rudement accostés par leurs adversaires au sortir du village de Bouteilles, qu'ils se retirèrent en grande confufusion , laissant dix des leurs tués sur la place, et un plus grand nombre de blessés et de prisonniers.
Cet échec des Dieppois fit du bruit dans les environs. Toutes les petites communes catholiques qu'ils ravageaient depuis deux mois crurent l'occasion venue de prendre leur revanche , et se mirent en armes pour courir au secours de ceux d'Arqués. D'un autre côté, les villages protestants, tels que Luneray et quelques autres de ce canton où la réforme avait pris racine, envoyèrent leur contingenta Dieppe. De part et d'autre on faisait de grands préparatifs : la première rencontre devait être sérieuse et meurtrière.
Pour celle fois ce furent les catholiques qui furent maltraités, et ils payèrent avec usure leur petit succès. Leur perte s'éleva à plus de cent vingt morts , et ils eurent en outre deux cents des leurs hors de combat.
La frayeur fut si grande à Arques lorsqu'on apprit ce désastre, que la plupart des habitants abandonnèrent leurs maisons et cherchèrent un refuge dans le château. D'autres , plus hardis , se retranchèrent derrière les murs à demi ruinés de l'ancienne ville et dans l'église, qu'on avait barricadée par précaution depuis quelque temps.
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Lei Dfeppois toat échauffés par leur victoire parurent bientôt; mais ils étaient pêle-mêle et sans ordre : après avoir lancé quelques volées de coups de canon sur Téglise, voyant qu'ils n'y faisaient pas brèche, ils commencèrent à se décourager. Desfort , tout en colère , voulant les animer, prend une échelle , l'applique contre un vitrail qu'il brise du pommeau de son épée ; mais au moment où il allait pénétrer dans Tégirse , il est blessé à la tête d*un coup de pierre. Ses gens le ramenèrent à Dieppe , et leurs ennemis revenus de leur effroi redescendirent dans leurs liaisons.
Desfort fut bientôt remis de sa blessure , et les escarmouches recommencèrent. Il ne se passait pas une journée sans quelque nouvelle rencontre. C'était une suite interminable d'embuscades , de guet-apens que chaque parti dressait à l'antre. Ceux d'Arqués, moins bien équipés, et moins nombreux , étaient battus le plus souvent, mais quand la fortune leur devenait trop contraire ils avaient la ressource de monter au château et d'y laisser passer l'orage. Le château avait pour capitaine ce même Ricarville qui avait été momentanément gouverneur de Dieppe. Grand catholique et ennemi personnel de Desfort, il ne négligeait rien pour rendre cette petite guerre ardente et acharnée.