QUATRIÈME PARTIE
antiquaires normands, c'est-à-dire découpés en forme de flamme, dans le goût du quinzième siècle ; et enfin, ce qui est bien plus caractéristique, toutes les voûtes , toutes les arcades, tous les piliers sont taillés en arêtes et \ angles aigus , tandis que dans la nef les profils sont arrondis.
L'aspect de cette église, à Tçxténenr, manque de grâce et de légère'té , mais la grande saillie des transepts donne à Fédifice un certain air Imposant et monumental. 11^ est d'ailleurs d'une belle dimension. Le vaisseau a environ cent cinquante pieds de long sur soixante de large. La nef se compose de quatre grandes travées à ogives très-évasées, soutenues par de gros piliers nus , auxquels est accolée une petite colonnette striée; les contre-allées sont spacieuses : en somme, c'est une église de village dont s'accommoderaient beaucoup de petites villes.
On rencontre çà et là, soit dans la nef, soit dans les transepts, quelques échantillons do sculpture, mais en général assez médiocres. Il j a même. plusieurs tètes sculptées de profil sur les premiers piliers de la nef qui sont aussi grossières que les plus informes bas-reiiefs des dixième et onzième siècles. Ce qui prouve , en passant, qu'il y a de la barbarie à toutes les époques , et que )a giossièreté du travail peut aussi bien provenir de la maladresse de l'ouvrier que de la vétusté du monument.
Au sommet des ogives du chœur et de quelques chapelles voisines on voit des débris de vitraux peints; mais ces fragments méritent à peine un regard ; il faut entrer dans la sacristie, là vous trouverez des verrières, ou, pour mieux dire , des portions de verrières de la plus grande beauté. Ce sont d'abord de petits sujets enchâssés dans le tympan d'une des fenêtres à ogive ; une sainte Anne apprenant à lire à la Vierge , une sainte Marguerite et un saint Roch ; ces trois tableaux de genre , comme on les appellerait aujourd'hui, sont délipieux d'expression et de finesse . de dessin ; la couleur en est magnifique. Mais ce qui est plus remarquable, c'est une histoire d'Adam et Eve depuis
* leur emploi , il en reste encore quelques débris dans ces ttnas de décombres !
Si, pour nous consoler de la vue de ce vandalisme, nous entrons dans la petite église de Sjint-Aubin, bériiîère de celle de Sauqueville, nous n*y trouverons presque rien qui mérite nos remarques , si ce n*est une charmante croix sculptée adossée à la muraille au-dessus des fonts baptismaux , et qui provient de l'église démolie. C'est le seul fragment qu'on ait recueilli de ses ruines.
A Saint-Aubin la vallée est encore fraîche et verdoyante; l'approche de la mer ne se fait pas encore sentir ; mais il n'en est plus de même à une petite lieue de là , aux environs du village d'Appeville , ou , comme on l'appelle dans le pays , du Petit-Appeville : le sommet des collines commence à se dépouiller de verdure, la végétation est reléguée au fond de la vallée , sur les bords de la rivière et dans les lieux abrités.
C'est en remontant une gorge voisine du village d'Appeville , sur la gauche du vallon , qu'on rencontre , aif milieu d'un petit bois , les ruines de ce château de Hottot, que nous avons vu servir de repaire au sire Robert d'Étouteville pendant qu'il guerroyait contre les bourgeois de Dieppe'. Ces ruines n'offrent plus aujourd'hui qu'un amas informe de cailloux et de ciment, mais elles ont conservé je ne sais quel air sauvage qui rappelle leur ancienne destinailon. Du milieu de ces arbres et de ^es buissons qui les serrent de près et les rendent inaccessibles , ces tronçons de tourelles semblent , comme autrefois , environnés de leurs hommes d'armes , et vous diriez qu'elles sont encore l'effroi des environs , tant ces bruyères sont incultes , désolées et solitaires.
Ce site sévère nous prépare au spectacle qui nous attend dans le vallon ; car il faut njaintenant y redescendre pour la dernière fois. Nous toiJttions à son terme : nous
* Voyez !'• Partie, page 29.