‹ Histoire de DieppeChapitre 87 sur 99 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Ions et de plantes grasses , dans le style by^/iatût 4 votre droite, au contraire, vous trouvez deis arcades de cinq c^s ans moins vieilles , des arcades du seiii^Q «ièçle, qui font assez pauvre figure vis-à-vis de kur9 atn^ Tout ce côté sud de Téglise est nooderne ^ : oq y remarque dans un coin de fort jolis fonts baptismaux de forme octogone , et dont chaque panneau représente une scèpe de la Passion encadrée dans une petite aréade sttrfatai'=sée. Le couvercle en pain de sucre qui surmojite la cuvette nNest pa^ d'un très- bon goût, mais les sculptures des huit panneaux sont originales et franchement exécutées.

Ce n'est là qu'un incident dans cette église, qui par toutes ses autres parties appartient aux ancieos temps du moyeu âge. Au-dessus de ces quatre arcades antique^» sur lesquelles notre vqe s*est d'abord portée eu entrant, ou vpit encore, quelques fragments d'une galerie aveugW con^posée de petites arcades à plein ciotreaccouplée^ trois. ^ trois, et dont celle du mtjlieu , coiume cela se rencontre suuvent, est un peu plus élevée que les deux autres. Une autre différence distingue encore cette arcade iuteriuédiaire de$ deux autres : elle n'est pas cumplétèment aveugle comme elles ; 4)ne petite fenêtre , ou plutôt une fente , une meurtrière six ou sept fois plus hante que large, la coupe par le milieu. Ces sortes d'ouvertures sont trop étroites pour qu'il soit nécessaire de leur appliquer des vitres : eh bien, c'est uniquement par là que la lumière pénétrait jadis dans le haut de l'église : huit ou dix trous seniblabies éclairaient les parties basses , et c'était dans ce demi-jour qu'on céléjbrait les offices. Plus tard, quand l'usage s'introduisit dans la cbréiienté d'agrandir les fenêtres , on recourut aux

< Sauf toutefois un fragment d'une statue du douzième siècle, d*un très-beau caractère, représentant sainte Marguerite, la patronne de l'église, foutant aux pieds le dragon. Ce fiagment est noyé dans la muraille ; on a eu la baibarie de s'en servir comme dSjne pierre de taille quand on a restauré cette partie de l'église au seizième siècle.

vitraux peinu pour éteindre la clarté profane dont le sanc^ tuaire eût été inondé.

Ces ouvertures si étroites me semblent un signe de h^e antiquité. Très-probablement l'église de Sainte-Marguerite date des premières années du onzième siècle ; ou peutêtre même remonte-t-elle au dixième. Il ne reste de cette construction primitive que le côté du nord et celui de l'otiest; car j'oubliais de dire que cette jolie galerie avea<* gle , dont les arcades marchent trois par trois , se repro* duit en retour sur la façade occidentale , au-dessus de la porte d'entrée. Ces deux portions de l'église sont construites en craie blanche qui parait provenir des falaises , pierre friable et qui se délite par grandes feuilles. Aussi , dans quel état pitoyable sont ces murailles ! Gomment ont-ell^s pu survivre à tant de siècles? Il a déjà fallu murer une des grandes arcades pour la soutenir, et de tous côtés on voit la pierre se gercer, s'écailler. Mais en revanche quelle belle couleur! Il semble que les mousses et les herbes marines aient repris racine sur ces quartiers de roche, comme s'ils étaient encore battus par les flots. Ces tons d'un beau vert antique mêlés à. d'anciens restes de peinture , contrastent merveilleusement avec la <einte blanchâtre et gypseuse de la pierre dans les endroits où elle se montre à nu.

Le chœur et la petite abside qui le termine , quoique encore à plein cinire , me semblent d'une construction plus récente : les profils ont un tout autre caractère , et les chapiteaux sont d'une régularité et d'une simplicité qui sentent l'approche du treizième siècle : c'est évidemment vers le milieu du douzième que celte partie de l'église a dû être rebâtie. Mais on y trouve , chose bien rare , un auiel qui doit être contemporain de la nef, et par conséquent antérieur au douzième siècle d'au moins cent cinquante ans. Cet autel a six pieds de longueur sur trois de largeur et quatre de hauteur, La table est épaisse d'un pied au moins , taillée en corniche grossière, et >soutenue

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QVATRIÈHE PARTIE. 441

par cinq colonnettes dont les fûts n'ont pas deux fois la hauteur des chapiteaux. Dans le chapiteau de celle de ces colonnettes qui occupe le centre de Tautel , on voit deux figures d*un caractère barbare qui regardent Tune à droite, Fautre à gauche ; c*^st V alpha et Yâmega, principium et finis y symbole qui se reproduit sans cesse sur les monuments de cette époque. Les quatre autres colonnettes ne partent dans leurs chapiteaux qu6 des enroulements et des galons. Mais il y en a trois sur lesquelles se retrouvent des traces de la peinture dont cet autel a été anciennement déeoré; ce sont des bandes en spirales alternativement blanches et vertes. Ces couleurs ont été rafraîchies à une époque assez récente , mais on a évidemment respecté le tracé de Tancienne peinture.

Il faudrait un dessin pour faire sentir le caractère primitif , la rudesse imposante de cet autel. Ces colonnettes épaisses, serrées les unes contre les autres, séparées seu- Vment par une petite arcade dont on aperçoit à peine le cintre naissant , ces lourds chapiteaux, et cette table massive sur laquelle , depuis tant d'années , s'accomplissent les saints mystères S tout dans ce monument inspire le respect , et il est si rare de trouver son pareil qu*à lui seul il suffirait pour donner de la célébrité à cette antique église. Mais indépendamment de tout ce que son intérieur nous a déjà fait voir de précieux , il nous reste à admirer extérieurement la charmante petite abside dont Thémicycle s'avance presque au bord du chemin creux au-dessus duquel l'église est bâtie. Cette abside me semble , comme le chœur, appartenir au douzième siècle II y a quelques années, elle menaçait ruine; on l'a reconstruite entièrement, mais avec tant de soin et d'intelligence qu'on ne

' Je ine suis assuré que cet autel n'avait jamais pu servir à uu autre usager que ce n'était point un fragment déposé après coup dans cette place et adapté à l*usage qu'on lui donne aujourd'hui. Il est certain qu'il a été fait ad hoc , et qu'il est bien l'autel primitif de l'église.

449 HISTOIRE DE DlSm.

s*ea aperçait p9s. Les pierres oat été numérotées, fidèlement rapportées, et c*est toujours raacienaeabsjde, saul qu'elle est neuve et peut durer encore des siècles. li est vrai qu*eUe n*a plus son vieux toit de chaume, ses belles mousses, saco.uleur de vétusté. Sous le point«de vue pittoresque, cette restauration lui a nui; mais pour l'archéologie elle n'a pas changé. Sa disposition est fort simple. : deux pilastres très-pJats , flanqués de deux loques colonnettes qui filent depuis le sol jusqu'au toit , divisent l'hémicycle en trois compartiments ou panneaux. 0ans chacun de ces panneaux- est une fenêtre encaduée dans une suite de petites arcades à plein cintre qui se coupent les unes les autres, et forment ainsi par les intersections de leurs cintres une suite d'ogives à lancettes. Ces ogi?es accidentelles se rencontrent souvent en Normandie dans les monuments byzantins ou rormans, comme les noouuent les antiquaires de ce pays; quelques personnes oot même voulu que ce fût la vue de % ces intersections qui çût donné naissance au système de l'ogive, mais je doute que cette théorie puisse être défendue avec succès.

Je n'ai trouvé aux environs de Dieppe que déni; ^lises qui , par leur antiquité et le caractère de leur architecture, offrent le même genre d* intérêt que cette petite basilique de Sainte-Marguerite; l'une est l'église d'Avremenil , l'autre celle du Bourg-Dun.

Avremenil est un village situé au-dessus de Queiurres, au milieu des terres, sur le plateau qui domine à l'ouest la vallée de la Saâne. Ce qu'il y a de plus ancien et de plus remarquable dans son église , c'est le docber, lequel est flanqué d'un clocheton ou tourelle qui l'accompagne dans toute sa hauteur et se groupe merveilleusement avec lui. Cette longue et mince tourelle contient. un escalier qui conduit encore jusqu'à son sommet. Le seul 'ornement qui la décore , ainsi que le clocher, c'est une suite de ces intersections que nous venons de remarquer sur l'abside

de Sainte-Marguerite. Eiiês sont ici beatrtonpfyhis gï*an<ies, en profiortfon de h hauteur à laquelle elies 9ciût placées^ mais elles ont le âiéme typev le même caractère. Ëites sont construites avec les mêmes matériaux, savoir, a<ree tte cal* caire d'«a« douce ^ espèce de travertin à la fois dur et spongieux , dont j'ai déjà dit qn'en général leâ monnments à plein cintre de celte contrée avaient été bâtis. Le reste de l'église appartient au seizième siècle, et ne mérite pas grande attention : l'intériieur est soutenu par ces piliers ronds que noas avons déjà souvent rencontrés : il en est deux ou trots sur lesquels on trouvera des inscriptions^ mais tn)p peu importantes pour être rapportées. Ce qui est plus cucieux dans cet intérieur, c'est d'étudier de quelle manière s'y est pris l'arcifitecte du seizième siècle pour conserver le clocher antique et l'ajuster à sa nouvelle église. Il a été obligé d'obstruer une partie de là nef par un massif de maçonnerie tort épais; mais néanmoins ce travail était difficile , et il a fallu beaucoup d'adresse pour si bien réussir. On n'est pas étonné que dès tors ce cbarmaut clocher ait semblé digne d'être conservé, et qu'on ait fait quelques efforts pour ne pas le sacrifier. Je ne connais pas de tour d'église qu'on puisse lui comparer. S'il ressemble à quelque vhose, ce serait au donjon d'un élégant castel : son caractère est plutôt militaire que religieux; sa forme élancée, son air svelte, cette suite d'intersections qui l'entoure comme une large ceinture , cette longiie'tourelle qui ûte à son côté comme un minaret , tout lui donne un aspect moitié oriental , moitié chevale* resque : c'est un monume tt qu'il faut voir ; il n'est pas seulement original et distingué, il e.st élégant et gracieux.

L'église du fiourg-Dun est beaucoup plus considérable. Il existait jadis dans ce village une abbaye déjà tiès-ancieunç en 1015 S et dont Avrçmenil était une dépendance. 11 n'y avait donc qu'une chapelle à Âvreinenil : Y église était au Bourg-Dun.

' Voyez don) Duptessis^ page 362.

444 HISTOIEE DE DIEPPE.

C'est à quatre petites lieues de Dieppe , tout au plus , dans la vallée arrosée par le Dun , et qui porte son nom , que vous trouverez cette antique église. Nous ne dirons rien de celte quatrième vallée , sinon qu*elle a beaucoup ' d'analogie avec celles de la Saâne et de Ja Scie : elle est presque aussi verte et aussi riante, mais elle est d'environ moitié moins étendue. En revl^nche son église est un mo* Dument précieux et plein d'intérêt.

On y remarque (rois sortes de con3tructions bien dis-* tinctes : du roman, pur , de l'ogive de transition , et de l'ogive fleurie des quinzième et seizièine siècles.

La partie romane , c'est le transept nord. On trouvera certainement peu d'échantillons de cette belle architecture qui surpassent ce transept en noblesse , en grandeur , en majesté. L'ordonnance en est d'une simplicité remarqua** ble : trois grandes fenêtres plein cintre , dont celle du mi* lieu seule est à jour, dessinées toutes trois avec une pureté exquise et couronnées de têtes de clous ou bâtons rompus, voilà le seul ornement de la face nord de ce transept. Le soubassement est en maçonnerie toute nue ; le fronton qui surmonte les fenêtres présente un triangle peu aigu , selon la mode romano-bysantine, pleine, comme on sait, de ré-* miniscences des formes grecques. A.J'intérieur ce transept est très-mutilé, et on ne peut pas aussi bien juger de son . style; mais extérieurement il est, je le répète , d'une simplicité, d'une chasteté toute monumentale. Quel dommage que nous n'ayons pas devant les yeux l'église entière dont ce transept n'est qu'un débris I Je présume qu'elle avait dû être construite vers le milieu ou la fin du onzième siècle.

Ce sera vers la fin du douzième que , par une cause que j'ignore, on se sera vu forcé de la rebâtir presque intégralement. C'est de cette époque que datent la nef et le chœur, non pas toutefois du côté du sud ; car cette partie a été encore une fois réédifiée vers le quinzième siècle ; mais du côté du nord. Les ogives de transition, robustes lan-

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