CHAPITRE n
Fondation du séminaire de Caen,^du séminaire de la Délivrande , — du séminaire de Bayeux.— Reiraitea spirilaellet. — Missions.
Séminaire A Tarrivée de M^ de Nesmond, le diocèse de Bayeux de caen. jj^ Comptait eucore que deux séminaires, l'un à Caen, Tautre à la Délivrande. Celui de Caen avait été fondé le 44 janvier 1644, sous Tépiscopat de W d*Angennés. Jean Eudes Mézerai, frère de Thistorien, né en 1604 dans le diocèse de Séez, ayant quitté TOratoire de Caen, dont il était membre, pour établir lui-même une autre congrégation (1), acheta d*abord une maison située en face de l'abreuvoir de la rue Saint- Laurent , et y bâtit une chapelle avec la permission de révèque diocésain; cette maison fut le berceau du
(1) La congrégation de Jésus et de Marie.
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séminaire. U eut pour premiers bienfaiteurs M« et M""* Blouet de Camilly, ainsi que leur neveu, M. Blouet de Than (4), qui lui donna, au mois d*août 1644, trois mille liyres en argent et mille cinq cents livres de rentes à perpétuité. Fermé par ordre de M*' MoIé, qui fut constamment opposé aux entreprises du P. Eudes, le séminaire de Caen fut rétabli par M^ Servien en 4652, et la direction en fut remise aux Eudistes. En 4658, la ville leur fieffa une partie de la place des Petitt^-Prét, aujourd'hui la place Royale, où ils s'établirent. Grâce aux libéralités de M^ de Nesmond , leur établissement devint un des plus beaux édifices de la ville. Le prélat donna deux mille livres pour aider à sa constaruction ; on sculpta ses armes sur la porte d'entrée; mais il ne voulut point y habiter ; pendant tout son épiscopat , il conserva son logement a la VieiUe-Mis$ion , que les Eudistes occupèrent jusqu'en 4720. La chapelle de la place Royale, commencée en 4664, fut bénite em 4677. La duchesse de Guise avait contribué à la dépense pour une somme de douze mille livres. Quoique le P. Eudes eût fondé un séminaire à Rouen, un à Lisieux, et un autre à Coutances, il ouvrit celui de Caen à tous les ecclésiastiques de la province qui désiraient suivre les cours de l'université. J'aurai occasion de revenir sur les entreprises de cet hommie extraordinaire, et sur les jugements contradictoires dont son caractère personnel a été Tobjet.
(1) M. Blouet de Than entra lui-même dans la nouvelle congrégation. Il ne faut pas le confondre avec son cousin , M. Blouet de Camilly, qUi en fut le second supérieur.
së»iMii« Le second séminaire, celui de la DélivTande , avait la MiTnnde. été fondé à peu près à la même époque par un chapoine de Bayeux. Quoique le bourg de la Délivrande» situé dans la baronnie de Douvres, relevât du sei* gneur évèque, l'église du pèlerinage était soumise Cintra septaj kldLjiindxclion du chapitre, qui recueillait aussi « les fruits et émoluments du plaenil » pu place du marché. Il faisait administrer la chapelle tantôt par un fermier, tantôt, par des commissaires. Ge dernier système ayant prévsdu en 4638, Gilles Buhot, chanoine de Cartigny, docteur de Sorbonne , fut nommé quelques années après administrateur de la chapelle. Ce vénérable ecclésiastique, né à Bayeux en 4602, avait quitté le barreau, où il plaidait avec distinction , pour se consacrer au service de TÉglise. Il avait étudié la théologie à Paris, et pris ses degrés au collège de Navarre. Pendant les trente années qu'il administra la chapelle de la Délivrande, il fit preuve d'un zèle éclairé et d'un désintéressement poussé jusqu'à l'abnégation. Le chapitre ne lui avait alloué aucune espèce d'honoraires. Il n'en préleva cependant jamais sur les offrandes des pèlerins; il les employait à réparer la chapelle et à l'embellir. Il donnait chaque année l'hospitalité à plus de douze cents personnes , et secourait tous les pauvres des environs. Une cout duite si noble ne le mit point à l'abri des tracasseries de ses collègues. En 4670, on le révoqua de ses fonctions ; on lui demanda des comptes détaillés ; on prétendit que les recettes de la sacristie devaient excéder les dépenses. Le pieux directeur fut obligé de se pourvoir devant le bailli de Caen ; plus tard , on
lui fit jnrer, devant un conseiller au parlement, «qu'il avait fait dire toutes les messes aumônées à la Délivrande. » Il est bon de remarquer que les perséculeurs de l'abbé Buhot soutenaient à la même époque un procès scandaleux contre M^' de Nesmond , leur évèque. Ce simple rapprochement nous dispense d'une plus longue apologie. Malgré Taffluence des pèlerins , il n*y avait que deux ecclésiastiques attachés au service de la chapelle , quand la direction en fut confiée au chanoine de Cartigny. Il n'hésita pas à partager leur modeste habitation, afin de leur donner à chaque instant l'exemple du travail. Peu à peu, la Providence lui envoya des auxiliaires: un certain nombre de prêtres vinrent lui offrir leur concours , ou plutôt se placer sous sa direction. Ce fut alors qu'il conçut le projet d'ouvrir, auprès de la chapelle, une école pratique, où les jeunes ecclésiastiques pussent se former au saint ministère, sous les auspices de la mère de Dieu (4).
Il m*a été impossible jusqu'ici de trouver la date sémiadre précise de cette fondation. M^' de Nesmond, dans le décret de 4669, dont il sera parlé plus loin, suppose évidemment que le séminaire de la Délivrande exis-
(1) Et qnidem initio , vili se tuguriolo incluserat, cum uno et altero, lateœ domûs hospes aurcus ; nec diminutus labor Mciis sensim accedentibus, c'um in his formandis atquc excolendis haud paulo plus ipse operae poneret, quam è quotidianâ sarcinà transferre in illos posset. Agressus est homo privatus regalis rem operœ et roagnificentiae, ut adolesccntibus qui se sacris diearent , velut sub oculis et patrocinio Virginis, rite educandis semînarium excitaret [Éloge funèbre de G. Buhot, par G. Marcel].
de Raycui.
tait avant son épiscopat. L'abbé Bezîers le rapporte k celui de M^' d'Angennes, mort en 1647; enfin, Tabbé Buhot, dans une des pièces de son procès avec le chapitre, que nous avons sous les yeux, fait entendre très-clairement que la direction de la chapelle lui fut confiée en 4645 (1). On ne s'éloignerait donc pas de la vérité, en disant que le séminaire de la Délivrande fut constitué vers Tan 4646.
Gilles Buhot n'était pas un de ces esprits étroits qui se passionnent exclusivement pour une entreprise , ou qui craignent que les bonnes œuvres ne se détruisent en se multipliant: il voulut, à la fin de sa vie, doter la ville épiscopale d'un établissement semblable à celui de la Délivrande, où l'on comptait plus de cent ecclésiastiques (2), et il en fit la proposition à M^ de Mesmond. Elle fut accueillie avec empressement. En conséquence, le 4 4 mars 1669, l'abbé Buhot donna simultanément au diocèse, entre les mains du curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, vicaire-général de M^ de Nesmond, l"" une maison (3) qu'il possédait
(1) « Ces six deniers furent établis à Varrivée du sieur de Cârtigny à la Délivrande, et tira pour lors une conclusion des dits sieurs du chapitre du 2 janvier 1645, par laquelle ils déclarent, etc.... » Et plus loin : « En tout ceci justice observera que le sieur de Cârtigny n'a jamais eu de gages, et que tout ce qu'il a fait et souffert, l'espace de vingt-^x ans, a été purement pour la gloire de Dieu et le service du public. » Le factum d'où cette citation est extraite, fut publié en 1671.
{2) Sacri ministerii candidatos habebat centum et ampliùs [Athenœ Normannorum}.
(3) On pense que ce pourrait être celle qui correspond aujourd'hui au n* 18, à l'un des angles que forme la rue Franche avec la rue de la Juridiction*
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à Bayeux , dans la rue Franche , pour établir le séminaire; 2^ son établissement de la Délivrande, composé de maisons, bâtiments, enclos et jardins, tenant et aboutissant au chemin de Bernières , et tendant à la chapelle. Il les donne pour être unis et annexés au séminaire de Bayeux , « à condition toutefois , et non autrement, de faire et continuer dans le dit séminaire de Bayeux et maison de Luc , les exercices du séminaire et de la retraite spirituelle. Dans le cas où le dit séminaire viendrait à manquer, les choses don* nées appartiendraient à celle des communautés de Paris que le dit sieur éyèque ou ses successeurs y voudront appeler, soit des prêtres de la mission éta^ blie par le feu sieur Vincent de Paul , qui est celle pour laquelle le dit sieur de Cartigny aurait plus d*inclination , ou telle autre qu*il plaira au dit sieur évêque. » Enfin, le donateur exprime le vœu que Ton érige dans sa maison de Luc un oratoire, sous le nom de Jésus-Enfant et de Saint-Joseph, son père nourricier; ce qui lui fut accordé. Le décret d'érection du séminaire de Bayeux fut expédié de Paris le 4 4 avril 4669, et confirmé par des lettres -patentes, que le roi signa au mois d'août de la même année.
MB' de Nesmond déclare « qu'en fondant un séminaire auprès de son siège épiscopal , il se propose de veiller avec plus d'assiduité à sa conduite, sans néanmoins en discontinuer les exercices ailleurs , et notamment ceux qui ont été pratiqués depuis plusieurs années avec beaucoup de succès et d'édification » par son autorité et celle de ses prédécesseurs^ sous la direction de maître G. Buhot , docteur de Sorbonne ,
H^hanoine de Cartigny, en la maison par lui construite de ses deniers avec beaucoup de dépenses , sur le territoire de Luc, proche la fameuse dévotion et chapelle de Notre-Dame-de-la-Délivrande. » Le pontife accepte la double donation que le dit sieur Bubot a faite au diocèse de sa maison de la Délivrande et d'une autre située à Bayeux, rue Franche , paroisse Saint- Sauveur, pour rétablissement d'un séminaire, auquel le premier doit servir d'annexé. « Enfin , persuadé f(u'il est du zèle, de la capacité et de Texpérience du sieur Buhot en ces sortes d'exercices, il l'établit et prépose pour être supérieur à la conduite et direction du dit séminaire et de son annexe. »
De telles paroles tombées de si haut étaient, pour le chanome de Cartigny, une magnifique récompense : il avait trouvé dans son évèque un juge digne de l'apprécier. Il continua de partager son temps entre la prédication et la direction de ses deux séminaires. On lui doit un manuel du clergé intitulé : Cura clericâlin. Il avait rédigé une Théologie morale, que la mort ne lui permit pas d'achever ; mais il publia un Traité des sacrements, et fit imprimer son Cours de philosophie k Caen en 1673. Il est le premier professeur qui ait eu llieureuse idée d'épargner à ses élèves la perte d'un temps considérable, en substituant aux cahiers des livres imprimés. Son exemple ne fut pas suivi : à la fin du xviii* siècle, l'université de Caen dictait encore des cahiers; en 4779, elle obtint un arrêt du parlement contre MM. Adam et Duchemin, professeurs de philosophie, lun au collège du Bois, l'autre au collège des Arts, qui, au mépris
de ia routine , avaient mis leur cours imprimé entre les mains de leurs jeunes auditeurs.
L'abbé Buhot n'était pas seulement un théologien distingué et un philosophe érudît ; il eut aussi une grande réputation comme (dateur. D'après le P. Martin , les larmes qu'on lui voyait répandre , et le son de sa voix , naturellentent plaintive , disposaient ses auditeurs à la componction. C'était hii qui portait ordinaireu^ent la parole à la Cathédrale, dans les circonstances solennelles. Il y prêcha en 1630, à Toccar sion du vœu par lequel Louis xni consacra la France à la très-sainte Vierge. Il fit l'oraison funèbre de ce monarque et celle de M^' Servien. Le 45 juin 4643,. il célébra l'avènement de Louis XIY et la bataille de Rocroi. Nous connaissons plusieurs de ces discours :. ils ne sont remarquables ni par la profondeur des vues, ni par la pureté du goût, ni par l'éclat du style; on peut leur reprocher une exagération emphatique dans les éloges , des antithèses subtiles, des rapprochements forcés, un grand luxe d'érudition profane , des comparaisons tirées de l'astronomie et de l'histoire naturelle, des horoscopes fondés sur la puissance des nombres et la coïncidence des dates. Cependant ces défauts sont souvent compensés par des qualités esUmables. L'accent de l'orateur, quand il expose une vérité religieuse ou morale, est celui d'une conviction profonde et d'une piété sincère ; il y a chez lui de l'ampleur, du mouvement, et parfois des traits heureux. Je citerai pour exemple cette apostrophe a Louis XIV, encore enfant : « C'est à vous , grand prince , que j'adresse maintenant ma
voix : vous êtes petit d*âge et de corps , mais je ne laisserai pas de vous appeler grand ; car vous êtes tel dans les desseins de Dieu et dans nos espérances. » Quarante ans plus tard, Bossuet devait s*écrier à son tour : « Laissez-le croître, ce roi chéri du ciel ; sous la main de Dieu, qui sera continuellement à son secours, on le verra Tassuré rempart de ses états. » Loin de moi une comparaison qui serait presque un blasphème ; je dirai pourtant qu'ici le chanoine de Bayeux a un léger avantage sur l'évèque de Meaux: il avait prédit ce que Bossuet raconte. Si Ton veut se placer à ce point de vue, et écarter toute idée de parallèle , on ne lira pas sans intérêt le récit de la bataille de Rocroi , que nous donnons à la fin de cette histoire; il eût fait honneur à Mascaron.
Gilles Buhot mourut à la Délivrande, épuisé de fatigues et riche de bonnes œuvres, le 5 janvier 1674, à rage de soixante-douze ans. Il est, sans contredit, le prêtre le plus distingué que le diocèse de Bayeux ait produit au xvii* siècle, puisque le P. Eudes, Tabbé Petite et Tabbé de Launey étaient tous étrangers. Un manuscrit, rédigé par Nicolas Buhot, « douzième et dernier de la famille , » contient, sur la vie de son frère le chanoine, des détails curieux omis par les autres biographes. Nous y voyons, par exemple, qull fut toujours « si appliqué au service de Dieu , que Ton ne saurait dire qu'il ait jamais donné une heure de temps à aucun divertissement. » Pendant qu'il administrait la chapelle de la Délivrande, « il y attira tant de dévotion » que l'on y célébrait chaque année de vingt à vingt-cinq mille messes ; on y comptait
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plus de soixante mille communions, et plus de dix mille confessions générales. Quoiqu'il y eût alors cinq autels à la chapelle du pèlerinage « le nombre des messes paraîtra sans doute exagéré. Au dire de Nicolas Buhot, Tévèque de Bayeux répétait souvent que le chanoine de Cartigny travaillait à lui seul plus que cinq hommes des plus robustes, « quoique d'une petite stature et maigre. » Vincent de Paul, fondateur du séminaire de Saint-Lazare, estimait singulièrement son mérite ; les supérieurs ecclésiastiques le consultaient sur toutes les affaires importantes; quand il allait à Paris, il était Toracle de la Sorbonne, « et sa réputation était si grande pour sa piété, que même la reine-mère Anne d'Autriche lui a envoyé plusieurs fois un gentilhomme ou un valet de pied pour recommander à Dieu les affaires qui lui arrivaient. » Le texte de son oraison funèbre, prèchée par H. de Launey-Hue, grand-pénitencier, exprimait avec une majestueuse simplicité le jugement de ses contemporains, et dictait en quelque sorte celui de la postérité : Homo Dei (homme de Dieu). D'après son frère , il fut inhumé dans la chapelle du séminaire de la Délivrande; le P. Martin ajoute que ce fut dans le bas de cette chapelle. Il ne reste aujourd'hui aucune trace de sa sépulture.
La chapelle du séminaire, après avoir servi de club pendant la révolution, fut vendue et détruite. La nef et le chœur correspondaient à un vaste souterrain, qui existe encore. Mais, à l'extrémité inférieure, où l'abbé Buhot fut inhumé , on a bâti une maison , il y a quarante ans , et les ouvriers: employés à cette
construction ont raconté depuis qu*ils avaient remué des ossements humains et des débris de vêtements sacerdotaux: c'est tout ce que nos recherches ont pu nous apprendre. Un an après la mort du chanoine de Cartigny, le séminaire de Bayeux fut transféré de la rue Franche près de THôtel-Dieu « et substitué au prieuré de Saint-Jean-rÉvangéliste. Nous raconterons en détail tout ce qui se rapporte à cette translation ^ injustement appréciée par les détracteurs de M^ de Nesmond.
La vcHlà donc déflnitivement introduite parmi nous^ cette précieuse institution des séminaires, que le concile de Trente inaugura au xv!"" siècle , dont saint Charles se montra le plus ardent propagateur, et qui devait rencontrer tant d'obstacles dans certains pays. Jusqu'alors les jeunes clercs de notre diocèse n'avaient guères d'autre ressource que de se mettre au service des curés, qui consentaient à leur donner quelques leçons de latin et de théologie ; désormais ils trouve* ront au séminaire de Caen et à celui de Bayeux un enseignement digne de leur vocation. Une fois pro* mus au sacerdoce , ils passeront au séminaire de la Délivrande pour y faire l'apprentissage du ministère pastoral , en attendant qu'ils soient jugés dignes de l'exercer. Tel fut, en effet, le caractère spécial que la maison fondée par Gilles Buhot eut dès l'origine , et qu'elle conserva jusqu'à la fin : nous en trouverons la preuve dans la suite de cette histoire. Retraites Cos avautages n'étaient pas les seuls que dût pro^ ■piritaeiiei. ^^^^ ^^ clergé l'établissement des séminaires. Un
prêtre qui veut conserver au milieu du monde le vé-
ritable esprit du sacerdoce, a besoin de s*arracher de temps en temps à ses travaux extérieurs, pour descendre dans sa conscience, entrer en compte avec lui-même, et méditer à son profit sur les vérités qu'il enseigne. Ces exercices, connus sous le nom de Retraite spirituelle , furent inaugurés au séminaire de Bayeux par le supérieur des Jésuites de Caen, en 4670. A partir de ce moment, ils devinrent d'un fréquent usage pour les prêtres et même pour les laïcs ; mais l'origine en est plus ancienne : elle se confond avec celle des missions diocésaines, dont le P. Eudes fut le véritable fondateur.
Nous voyons , en effet., que les missions dirigées par le P. Eudes embrassaient deux sortes d'exerciœs. Il y avait d'abord la prière faite en commun, la répétition du catéchisme , des instructions familières sur les principales vérités de la foi , des cantiques destinés à les graver dans la mémoire, enfin, des sermons de morale propres à remuer les consciences ; c'est ce qui se fait encore aujourd'hui. Mais , à côté de ces exercices généraux, auxquels on admettait toute sorte de personnes , il y avait, deux fois chaque semaine, des conférences, auxquelles les ecclésiastiques seuls devaient assister. On y traitait de l'excellence du sa^ cerdoce, des vertus qu'il exige; on y traçait des règles de conduite pour l'administration du sacrement de pénitence. Les Retraites spirituelles, instituées solennellement par M^' de Nesmond, n'ont jamais eu d'autre caractère.
Le P. Eudes avait commencé ses missions dans le mîmioos. diocèse de Bayeux dès l'an 1634, sur la demande de
M^' d'Angennes, et elles continuèrent avec un prodi* gieux succès jusqu'à Tépiscopat de M*' Mole. Interrompues par son ordre, lorsque le P. Eudes encourut sa disgrâce, elles furent reprises à l'avènement de M^ Servien. M<^' de Nesmond , afin de les multiplier, y employa concurremment les prêtres séculiers et les congrégations religieuses, et il obtint, en 4678, que le pape Innocent XI encourageât par un bref les travaux des missionnaires.
Voici dans quels termes un bourgeois de Caen appréciait , au commencement du xviii'' siècle , le résultat de leurs prédications.
On lit dans son journal , publié par M. Georges Mancel :
« Décembre <706.
« Les missionnaires Eudistes et autres prêtres qu'on fit venir de Paris et autres lieux au nombre de vingt à vingt-cinq, ont conmiencé une mission dans l'église Saint-Pierre, qui a continué jusqu'au 9 de janvier 4707, et a fait beaucoup de bien dans la ville, tant pour les conversions, restitutions, que réconciliations. 11 y avait de très^habiles prédicateurs. On a fait des retraites pour les dames, pour les prêtres et pour les messieurs , tant officiers , qu'autres , ce qui a beaucoup édifié tout le monde. M^' de Nesmond, évèque de Bayeux , en a fait la clôture par une procession générale qui a parti de l'église Saint-Pierre avec le Saint-Sacrement, et est allée sur la place Royale à un autel qui était dressé contre la porte du séminaire , où Ton donna la bénédiction ; il y avait la plus grande assemblée qu'on puisse s'imaginer. »
Le jour où le P. Eudes, sans autre inspiration que le désir d'être utile à ses confrères, leur traça le plan des retraites sacerdotales, il ouvrit sur le diocèse une source de bénédictions qui ne tardèrent pas à produire des fruits de salut ; la même remarque est applicable aux réunions périodiques appelées aujourd'hui Conférences.