OBIIT... REQUIESCIT IN PAGE
Ce point était le seul sur lequel on pût se conformer à ses intentions, sans manquer de respect à sa mémoire et à sa dignité. « Mes funérailles, avait-il dit , seront faites sans aucune pompe , mais avec une entière modestie et simplicité chrétienne, sans armes, ni velours, ni tentures. Défendons toute oraison funèbre et chapelle ardente» priant un chacun
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de redoubler pour moi leurs prières. » La seconde partie de la défense fut violée comme Tayait été la première. L'abbé Horel, curé de Saiot-Germain^e- Yasson, qui l'avait si indignement outragé à l'occasion de son mandement sur la bulle Unigenitus , prononça son éloge le 12 juillet, en présence du synode , et M. Le Vaillant , théologal de la Cathé-. drale, prêcha l'oraison funèbre de l'illustre défunt, au service qui fut célébré deux mois après sa mort [27 90ÛI), par IV Loménie de Brienne, évèque de Coutances.
Nous connaissons déjà plusieurs de ses disposi- sontetumeot. tiens testamentaires. U faut y joindre deux mille Uvres qu'il donna au chapitre pour la fondation de son obit, mille livres à la fabrique de la Cathédrale, cinq cents livres à l' hôpital-général , pour qu'on y célébrât, chaque année, un service à son intention, le jour de son décès. Ce legs ne doit pas èlre confondu avec la donation d'une terre située à Neuilly, et représentant une valeur de cinq cent cinquante livres de rentes, qu'il affecta au même hospice le 21 septembre 1 681 , à condition qu'on y célébrerait, tous les mois, une messe basse suivie d'un De profundis, pour lui et ses parents.
Vers 1680, l'abbé Baucher, chanoine-scolastique , établit à Saint-Exupère, dans l'ancienne église Saint- Georges, une école de la Providence, pour l'instruction des jeunes filles. M^de Nesmond y avait Jondé. deux places, l'une, pour une maîtresse de travail, l'autre, pour une institutrice. Il ajouta, par son testament, deux mille quatre cents livres pour une
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troisième sœur, destinée à soulager les deux autres. Une partie de ces donations furent effectuées de son mant, et sont consignées dans la première partie d'Hermant.
Je passe sous silence différents legs à ses bons amis les pauvres , à la chapelle de la Délîvrande , aux séminaires de Caen et de Bayeux; enfin, à MM. Ratier, Petite et Baucher, dont le concours lui atait été si précieux , mais qui moururent avant lui* On trouve aussi, parmi les donataires, son cousin, Henri de Nesmond, archevêque d'Aibi, auquel il légua plusieurs ornements épiscopaux. Ses domestiques et ses créanciers ne furent point oubliés; il eut soin d'ordonner que Ton payât exactement ceux-ci , et que Ton donnât aux autres une année de leurs gages.
Anne-Éléonore de Longaunay, supérieure de la Visitation , annonça par une circulaire, à foutes les communautés de son ordre , la mort de VL^ de Nesmond. Rien de plus aimable que la simplicité avec laquelle la fille de François de Sales fait Téloge de son très-honoré prélat. « On révérait en sa personne, nous dit-elle, la sainteté des apôtres autant que leur ministère. Il avait reçu le grand don de toucher les cœurs, comme il était touché lui-même. La grande vénération qu'il avait pour les choses saintes était singulièrement remarquable, lorsqu'il approchait des saints autels; il était si pénétré, si modeste, et dans un si grand recueillement, qu'il rappelait à soi les plus dissipés. Sa tendre dévotion pour notre père, saint François, lui en faisait rêvé-
rer toates les maximes ; elles étaient la règle la pins ordinaire de sa conduite ; Ton voyait revivre notre samt fondateur, dans la personne de ce saint évoque ; il en avait l'esprit ; il en parlait avec une grâce extraordinaire ; il nous portait à la plus exacte observance de nos saintes règles ; il en estimait toutes les pratiques. On le vit toujours, ce vénérable prédat, bon, facUe, s'accommodant à tout, ne se plaignant jamais; tout le monde avait la liberté de l'approcher ; humble dans ses sentiments , simple , fuyant l'éclat, sans faire sentir à personne qu'il fût audessus des autres; quand il parlait avec autorité, c'est qu'il se regardait revêtu du pouvoir de Jésus- Christ. Hors de là, il se jugeait inférieur à tous. » Ce portrait de W de Ne^mond , tracé avec autant de fidélité que de délicatesse, par une femme qui avait joui souvent de ses pieux entretiens, complète et corrigé celui que nous a laissé le duc de Saint- Simon.
Long-temps la charité « du bon M. de Mesmond » vénérauon a été dans nos contrées l'objet d'une espèce de culte, <i" i»*p>'» €t, aujourd'hui même, après tant de révolutions et de catastrophes , le souvenir n'en est pas complètement effacé. On cite encore cet adage populaire: « Filez filasse, M. de Nesmond l'a dit. » 11 prouve que sa bienfaisance ne se traduisait pas en largesses inconsidérées; qu'il était ennemi de l'oisiveté, et qu'il voulait que l'on méritât l'aumône par le travail. La vénération qu'il avait inspirée pendant sa vie, continua de se manifester autour de son tombeau ; au lieu d'y prier pour lui , on y allait implorer son in-
M mémoire.
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lercessioû. Le fait a été attesté, de nos jours « par un homme qui avait connu les contemporains de M*' de Nesmond, et dont le témoignage, en pareille matière, n'est point suspect. Je veux parler de Tabbé Bisson, évèque constitutionnel du Calvados. « C'était, de mon temps, dit-il, en parlant de H^ de Nesmond, yne opinion généralement accréditée, que Dieu avait donné à diverses reprises des preuves manifestes de la sainteté de ^oa serviteur, et qu'il avait plus d'une fois exaucé les prières qu'on lui adressait par son entremise. » Toutefois, on continua de célébrer jusqu'à la révolution l'obit que H>^ de Kesmond avait fondé à la Cathédrale. Le tableau des fondations, imprimé en 4791, en fixe la cérémonie anniversaire au 21. juin.
Maintenant, les anciennes solennités funèbres ont disparu avec les fondations auxquelles elles étaient attachées, et. les prières se font en commun pour tous les bienfaiteurs; on offre pour eux, tous les dimanches, la messe capitulaire; oq chante à leur intention, quatre fois par an, une messe de Requiem; on récite pour eux le De profundis à la messe des fériés, à celle des fêtes simples et semi-doubles, et Dieu, dans la pensée duquel les créatures les plus ignorées ont une place et un nom, se souvient de ceux de ses serviteurs que nous lui recommandons, sans les connaître. M*' de Nesmond a été seul excepté. À la messe capitulaire, lorsque le célébrant interrompt la liturgie pour appeler la clémence divine sur les âmes des défunts, le diacre d'office l'invite à prier spécialement pour François de Nesmond:
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« Mémento D. F. de Nesmond. » On a voulu que sa mémoire fût protégée contre Toubli par la perpétuité du saint sacrifice, a Toblalion duquel elle se trouve associée. Quand le temps aura effacé son nom de la pierre sépulcrale qui couvre ses ossements bénis , il lui restera pour épitaphe une parole vivante répétée d*àge en âge, et pour monument funèbre l'autel même devant lequel il a tant de fois prié pour le salut de son troupeau. L'humilité du saint prélat n*eût jamais convoité un pareil honneur, mais j'ose affirmer qu'aucun autre n'eût été à ses yeux d'un aussi grand prix.
On a vu que l'on déposa le cœur de W de Nésmond dans la chapelle du séminaire, et ses entrailles à rhôpital-général. Son cœur, transporté en 1808 il l'ancien couvent de la Charité, lorsqu'on y recueillit provisoirement les élèves du grand séminaire , a repris, en 1820, la place qu'il avait d'abord occupée. Ses entrailles n'ont pas quitté la chapelle de l'hospice. On regrettait que la sépulture du bon abbé Uatier, qui fut, après M^ de Nesmond, le principal bienfaiteur de cette maison, et voulut y reposer après sa mort , ne fût point indiquée par une épitaphe. Cette omission vient d'être réparée. Désormais on lira, sur deux pierres voisines, le nom du vertueux instituteur, et celui du prélat qui fut son élève. C'est aussi avec une joie inexprimable que nous avons vu rétablir, il y a quelques mois, l'obit fondé à rhôpital-général par H^' de Nesmond; il continuera d'être célébré , chaque année , le jour de son décès. MH. les administrateurs, qui avaient déjà
témoigné de leur gralitaâe pour le père des pauvres « en faisant graver ses armes sur la porte de Tétablissemenl, ne pouvaient y perpétuer d'une manière plus digne de lui le souvenir de ses bienfaits.
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