‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 133 sur 250 · CHAPITRE VIII. 2G · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. 2G

sions collectives, plus de traditions. Le sarg s'était retiré de toutes les parties du corps social pour refluer vers le cœur, où il bouillonnait. Et qu'en était-il résulté? Une ardeur merveilleuse aboutissant à l'impuissance et au scepticisme; la concentration de toutes les forces devenue celle de toutes les ambitions; le désir de briller poussé jusqu'à l'effronterie: pour un peu de rayonnement une absorption immense, et les intelligences les plus originales perverties par la manie de l'imitation, l'amour du gain, le despotisme de la mode ou l'impatience du succès: la concurrence et ses fraudes, le charlatanisme et ses opprobres, des excitations sans nombre, mais pour le mal plus que pour le bien ; des ressources incalculables, mais plus propres à entretenir des illusions folles qu'à satisfaire de légitimes espérances : la civilisation, enfin, épuisant ses mensonges et ses miracles pour rendre l'homme coupable cl malheureux : telle était, sous l'influence d'une centralisation mal comprise, la vie de la capitale. La France autour de Paris, c'était le vide autour du chaos.

Quant aux causes de cette situation, elles dataient déjà de loin. Environnée de complots, d'embûches et de trahisons, n'apercevant qu'ennemis audedans.au dehors, autour d'elle, à ses pieds, la Convention avait dû tout connaître et tout régler. Aussi Lavait-on vue supprimer la Commune, pénétrer dans les familles par ses agents, et, ^'emparant de la vie des citoyens, leur donner son propre souffle à respirer. >"on contente de faire aboutira elle les intérêts généraux, ce qui constitue la centralisation politique, régime de force, elle avait concentré en ses mains la direction de tous les intérêts locaux, ce qui constitue la centralisation administrative, régime d'étouffement.

•>di HISTOIRE DE MX ANS.

Puis était venu Napoléon; et il n'avait eu garde de séparer les deux systèmes, parce qu'il avait besoin, comme la Convention, il'unc dictature dévorante, les hommes n'étant plus que des cliifTresdans les calculs de son génie.

Napoléon enchaîné, la France, qui se mouvait dans lui. avait soudain perdu tout mouvement, considérée dans son ensemble. Mais, comme Paris restait le centre de toutes les affaires, même des plus petites, il avait gardé du passage de l'Empire une agitation désordonnée. Ainsi, la centralisation politique, qui est un bien, était morte; la centralisation administrative, qui est un mal. survivait. On avait eu. par conséquent, au lieu du despotisme en grand, le despotisme en petit. Une autorité féconde en ses excès avait fait place à une tyrannie paperassière, stérile, et un gouvernement d'hommes d'État se trouvait avoir légué la première nation du monde à un gouvernement de commis.

Le problème à résoudre consistait donc à établir la centralisation politique sur de larges bases et à détruire, au contraire, la centralisation administrative. En d'autres termes, il fallait 1° conférer à l'État le droit d'agir souverainement dans toutes les grandes choses ; de diriger moralement les esprits par le culte, par l'éducation, par les fêtes, par les spectacles; de se mettre à la tête de l'industrie, et de lui imposer des lois: d'établir le crédit public parla suppression des banques individuelles : d'entreprendre exclusivement à toute compagnie particulière. le creusement des canaux, la construction des chemins de fer, l'exploitation des mines, etc. : 2° conférer à la commune le droit de pourvoir sinon en dehors de toute surveillance, du moins par elle-même à la réparation de l'église et de l'hôtel-de-ville, à l'entretien du cimetière, à

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