‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 141 sur 250 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

à entrer dans l'archevêché pour que l'émeute fût du moins chassée du théâtre de ces dévastations. « J'ai ordre, ré- « pondit M. Talabot, de paraître ici et de m'en retourner.))

Rien de plus étrange que l'aspect de Paris durant cette journée. Partout les croix chancelaient au dôme des églises : partout les fleurs de lys étaient effacées. La Seine charriait des monceaux de papiers, des étoles, des matelas, des linges blancs figurant des hommes qui se noient. Penchés sur leurs bateaux, des pêcheurs recueillaient çà et là les débris du catholicisme insulté; et de tous côtés on se pressait vers les ponts pour jouir de ce spectacle. Le peuple avait envahi, au Palais de Justice, la Salle des Pas- Perdus, et il allait renverser la statue de Malesherbes, la prenant pour la statue d'un Saint. « C'est un ami du « peuple! » s'écria en s'élançant avec courage au-devant delà foule un jeune magistrat, M. Hortensius Saint-Albin. Et l'image du vénérable Malesherbes fut respectée. On était en plein carnaval : aux émotions de l'émeute se mêlaient toutes les extravagances du mardi-gras : le pavé des quartiers opulents résonnait sous la roue des équipages ; les masques couraient tumultueusement par la ville. Le soir, tout Paris fut illuminé. Sur le point où l'archevêché s'élevait la veille, il n'y avait plus que des ruines.

Quelques jours après, et quand l'étourdissement public fut passé, les partis, avecleur mauvaise foi ordinaire, commencèrent à s'accuser réciproquement. Les légitimistes reprochaient au pouvoir d;avoir lui-même présidé au soulèvement, dont, à les entendre, une cérémonie toute pieuse avait, été le prétexte hypocrite. Les libéraux de l'Opposition dénonçaient, non pas la complicité du pouvoir, mais sa faiblesse, fruit de ses divisions. Les hommes

du Château, de leur côté, honteux de la nature de leur triomphe, affectaient contre les carlistes une indignation douloureuse, sur laquelle renchérissaient mensongère-

ment ceux qui étaient le plus intimement inities à la politique occulte de la Cour. « Vous n'êtes pas seulement « coupables de vos folies, s'écriait le Journal des Débats « avec une feinte colère et en s'adressant aux légitimistes, « vous êtes coupables des folies des autres. Quand (iuil- « laume monta sur le trône d'Angleterre, le parlement « écossais s'assembla en convention à Edimbourg. Voyant « rassemblée décidée à couronner Guillaume, le comte « de Dundee sortit de la salle. Un de ses amis courut « après lui : « Où allez-vous? » lui dit-il. Le comte alors « ntant son chapeau et levant les yeux au ciel : « Où me « conduira l'ombre de Monlrose. » Voilà de la franchise

« et de l'honneur î Et vous aussi, vous avez, pour

« vous conduire, des ombres généreuses; allez où vous « conduiront les mânes des Cathelineau et des Laroche- « jacquelein -, faites la guerre civile ! cela vaut mieux que « de machiner d'obscurs complots. »

A ces déclamations stériles de la presse se joignirent celles delà tribune, plus stériles encore et plus haineuses. Violemment interpellé sur sa conduite, M. Baude ne répondit que par de longues divagations, aimant mieux sans doute se sacrifier que révéler des secrets qui eussent rejeté sur d'autres tètes une responsabilité pleine de scandale et de péril. Les interpellations n'avaient point épargné le ministre de l'intérieur. M. de Montalivet : il se défendit en imputant tout le mal à la négligence du préfet delà Seine, qui, à son tour, se plaignit de n'avoir été ni consulté ni prévenu, et d'avoir été si complètement mis à l'écart par

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