‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 150 sur 250 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

naissait les relations avec la Cour, s'était exprimé en ces termes à la tribune, au milieu des applaudissements de l'assemblée . « La France, en se renfermant dans son « froid égoïsme, aurait dit qu'elle n'interviendrait pas. « cela pouvait être une lâcheté, mais dire qu'elle ne souf- « frira pas qu'on intervienne, c'est la plus noble attitude « que puisse prendre un peuple fort et généreux \ . »

« La non-intervention, avait dit à son tour du haut de « la tribune de la Chambre des pairs , le maréchal Soult, « ministre de la guerre, la non-intervention est déporte mais notre principe. Nous le respecterons religieuse- « ment sans doute, mais à la condition essentielle qu'il « sera respecté par les autres2. »

Des déclarations aussi claires parurent suffisantes à des jeunes gens sans expérience et peu versés dans l'art funeste des mensonges politiques. Aussi bien, M. de Lafayette. trompé lui-même, affirmait à M. Misley que le principe de non-intervention serait courageusement maintenu, et qu'à la Cour il en avait reçu l'assurance. Enfin, le fils aîné du roi des Français, le duc d'Orléans, paraissait si bien disposé pour les conspirateurs italiens, qu'il était initié à leurs secrets, et que, dès le mois de novembre 1830. il avait désigné à M. Viardot le jour où l'insurrection de Modène devait éclater3.

1 Séance du 6 décembre 18-30.

2 Séance du 8 décembre 1830.

: Le 19janvier 1831, Menotti écrivait à M. Misley :

« Avant-hier, j'ai vu l'ami par son entremise j'espère un crédit de

9,000 francs qui est garanti sur hypothèque.— C'est très-bien que d'Orléans nous protège, et c'est aussi avec le plus grand plaisir que i'apprends la bonne intelligence qui existe entre toi et Lafayette, etc. »

C'était une révolution profonde et propre à changer la race du catholicisme, que cette révolution d'Italie qui tendait à rayer le pape de la liste des souverains temporels, tout en lui laissant le titre de chef suprême et inviolable de l'Église. Car la décadence du catholicisme, l'altération de son principe, la chute de ses traditions, l'alliance adultère de la Cour de Home avec les tyrannies originairement combattues par elle, tout cela était le fruit de cette puissance temporelle des papes, déliuitivement consacrée par Alexandre VI . agrandie par l'épée de JulesII, et maintenue, depuis, à force d'intrigues, d'iniquités, de scandales. Devenus princes au même titre et de la même sorte que les autres princes de la terre, les papes avaient dû naturellement subir le joug des intérêts mondains. Et c'est ainsi <pie la papauté, jadis tutrice des peuples, s'était peu à peu rendue complice de leurs tyrans. Enlever son pouvoir temporel au Saint-Siège, c'était fortifier, en l'épurant, son pouvoir spirituel : c'était le forcer à reprendre la tutelle du monde.

Sous ce rapport, l'insurrection de la Romagne contre le pape avait un caractère essentiellement démocratique et universel, un caractère français par conséquent. L'appuyer était donc pour la France et un devoir de sympathie et une affaire de haute politique.

Mais le Cabinet du Palais-Royal avait des vues moins élevées, et nourrissait des projets dont les patriotes italiens ne pouvaient pénétrer le sens caché. Ils résolurent d'agir.

Il fut décidé que le signal de la révolution partirait de Aïodène, qu'il serait donné dans la maison même de Menotti. Le complot devait éclater le 7 février; mais des indices trop certains étaient venus prouver aux conspira-

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