CHAPITRE Mil
teurs qu'on était sur la trace de leurs projets. Il y avait parmi eux un citoyen nommé Ricci, bon Italien, mais servant dans les gardes du duc de Modène, et fils d'un homme désigné d'avance aux ressentiments des conspirateurs. On raconte que, tremblant pour la vie de son père, Ricci l'alla trouver quelques jours avant l'explosion du complot, pour le supplier de s'absenter de Modène dans la journée du 7 février. Surpris des instances de son fils, cet homme conçut des soupçons qu'il s'empressa de communiquer au prince. Ricci fut mandé au palais, accablé de menaces; et on croit que, si les aveux ne trahirent le nom d'aucun de ses amis, ils compromirent du moins le succès du hardi projet qu'ils avaient formé. Plus tard, du reste, les rancunes mal éteintes du duc fournirent au malheureux jeune homme l'honneur d'une noble expiation.
Quoi qu'il en soit, jugeant que le complot était éventé, à certaines mesures inusitées et notamment à celle qui ordonnait au brave général Zucchi de quitter Modène. Menotti et ses compagnons résolurent de précipiter le dénoùment.
Le 3 février une agitation inaccoutumée régnait à Modène. Tandis que, d'une part, les conjurés faisaient leurs préparatifs en toute hâte et avec une héroïque témérité, de l'autre, le duc de Modène donnait des ordres empressés, fortifiait son palais et consignait les troupes dans les casernes. A huit heures, les conjurés se trouvaient réunis dans la maison de Menotti. au nombre de quarante environ. Parmi les complices, il y en avait beaucoup, ceux de la campagne surtout, qu'on n'avait pas eu le temps de prévenir. Mais, confiants dans leur courage et dans la for-
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tune de leur pays, ces générons Italiens se disposaient, les uns à envahir le palais ducal, les autres à marcher aux quatre parâtes <le la ville, pour s'en emparer, lorsque les rues qui entouraient la maison deMenotti se remplirent de soldats. Les conjurés n'occupant que le premier étage, et le rez-de-chaussec étant habile par une paisible famille. composée en grande partie de femmes et d'enfants, la porte principale de la maison de .Menotti était restée ouverte. Des dragons et des pionniers pénètrent dans la cour, montent an premier étape, et essaient d'enfoncer la porte de l'appartement qui renferme les conjurés. « Que « faire.1 s'écrie l'un deux. » Menotti prend un pistolet et le décharge. En un instant la porte est. des deux côtés, criblée de halles. Courant aux fenêtres, quelques-uns des conjurés font feu sur les troupes postées dans la rue. et le combal s'engage. C'était un drame terrible et singulier. Au bruit de la fusillade se mêlaient, partant à la fois et du rez-de-chaussée et du deuxième étage, des cris affreux pousses par des femmes, par des enfants. Les dragons jugeant à la résistance opiniâtre qu'on leur opposait qu'ils avaient affaire à de nombreux ennemis, reculèrent enfin, et descendirent en désordre l'escalier taché de leur sang. Soudain, le bruit de la fusillade s'éteignit ; les soldats se glissèrent dans l'ombre des portiques : autour de la maison tout fit silence. Alors, dans l'exaltation de cette victoire étrange, les conjurés se mirent à table, joyeux et mélancoliques tour à tour, et ils burent à la délivrance de leur pays, en attendant la mort. Un moment l'espoir se ranima dans leur àme. Ayant entendu au loin de vagues clameurs, ils crurent que les portes de la ville étaient forcées par les gens de la campagne, leurs complices, et ils