CHAPITRE VIII
montèrent tous au haut de la maison, pour voir venuleurs libérateurs. Ils se trompaient : ces clameurs lointaines étaient poussées par quelques soldats du tyran, et célébraient d'avance son facile triomphe. Tout-à-coup une voix retentit dans la rue : « Qui vive ! crie une sentinelle. « — Menotti! répondit un homme qui se laissait couler le « long du mur, suspendu à une corde; je vais parler au « duc. » A ces paroles succède un coup de feu. et Menotti est ramassé sanglant sur le pavé. Pendant ce temps, une scène touchante se passait dans le palais ducal. On avait conseillé au prince de faire sauter l'asile des conjurés; mais le ministre Scozia. dont la famille habitait la maison menacée, s'était jetée au pied du prince, et il le conjurait avec larmes de ne pas envelopper dans la même vengeance les coupables et les innocents. Le duc envoya pourtant du canon contre les conjurés-, et ceux-ci. pour ne pas compromettre plus long-temps la vie des familles qui. étrangères à leurs desseins, se trouvaient associées à leurs périls, coururent se remettre aux mains des soldats. On les traîna au palais en les accablant d'injures et de mauvais traitements. Plusieurs d'entr'eux furent grièvement blessés. M. Paiffini1 reçut deux coups de baïonnette. La journée du 4 février fut pour la ville de Modène une journée de deuil. Mais le lendemain on y apprenait qu'une insurrection venait d'éclater à Bologne, et le duc de Modène. après avoir fait brûler ses papiers secrets, prenait tout tremblant la route de Mantoue, suivi de l'infortuné Menotti : il devait plus tard s'assurer de la discrétion du conspirateur en le livrant au bourreau.
' C'est de M. Ruflini lui-même que nous tenons quelques-uns des détails qui précèdent.
l>e Bologne, la révolution s'étendit rapidement dans tonte la Bomagnc. Quelques jours s'étaient à peine écoulés que déjà le drapeau tricolore était arboré à Pérouse, à Spoleti. à Foligno. à Terni ; l'insurrection embrassait la province de l'Ombrie, celle de Tracimène; le cardinal Benvenuti, légat à latere, tombait à Cosimo au pouvoir des insurgés : Aucune se rendait sans coup-férir aux braves colonels Sercognani et Armandi ; enfin, Marie- Louise fuyait ses états (pie l'incendie avait gagnés. Bientôt l'étendard glorieux de la jeunesse italienne flotta sur les hauteurs d'Ottricoli, à quinze lieues de Borne, et la terreur l'ut au Vatican.
Malheureusement, le peupleapplaudissaità la révolution sans se passionner pour elle. A demi satisfait de sa destinée dont la honte n'était pas de nature à frapper ses regards, il était plus disposé à saluer au passage ses libérateurs qu'à se faire parmi eux un rôle actif et violent. Les chefs manquaient, d'ailleurs. Pas d'unité, nulle direction. A Bologne, à Modène. à Parme, à Beggio, on avait vu s'improviser autant de gouvernements, non rivaux, mais divers, et auxquels un respect fatal du principe de non-intervention enlevait jusqu'à la pensée de combiner leurs efforts. Propager l'insurrection en Toscane, il n'y fallait pas songer, le peuple étant gouverné dans ce pays avec une sagesse paternelle et jouissant d'une prospérité sans égale.
Dans un tel état de choses et au milieu de tant d'obstacles, l'audace restait aux patriotes italiens comme chance de succès. 11 y avait péril et non pas folie à marcher sur Borne : c'est ce que plusieurs proposèrent. Mais le gouvernemen; de Bologne hésitait : il consulta le colonel