‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 153 sur 250 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Armandi qui se trouvait alors à Ancône, et n'avait pas encore été nommé ministre de la guerre. Le colonel répondit avec l'autorité qu'il puisait dans sa vieille expérience1 militaire, que les dispositions du peuple, qui vit à Rome sous l'entière dépendance de la cour pontificale, défendaient une expédition de ce genre; qu'il était impossible de la tenter heureusement avec une poignée d'hommes inhabiles à la guerre et mal armés: que c'était nuire à la révolution italienne que de courir aussi aveuglément les risques d'un premier revers, alors qu'il s'agissait de hasarder une petite troupe dans une plaine immense, où la nature du terrain ne permettait ni de marcher de poste en poste ni décamper avec sûreté. Cette opinion prévalut. Au reste, Rome venait subitement de changer d'aspect. Dans les premiers jours de l'insurrection, le Vatican s'était montré en proie aux plus vives alarmes, et on y avait fait des préparatifs de fuite. Soudain des nouvelles arrivent, venant de France, et aussitôt la cour pontificale renaît à l'espoir, à l'orgueil: des proclamations menaçantes partent delà ville éternelle; les Transtéverinssont en armes, a Ronnes nouvelles! écrit le colonel Ravinetti « dans une proclamation adressée aux troupes papales. « Le roi de France, par un courrier exprès, donne au « Saint-Père l'assurance de sa protection et de son inter- «< vention pour maintenir les États-Pontificaux sous le « gouvernement du Saint-Siège. » En effet V, Louis-Philippe, à la première nouvelle de l'insurrection de Rologne, s'était empressé d'écrire au Saint-Père pour lui témoigner son intérêt et sa sollicitude. Fidèle de son côté à la politique de son maître, M. Sébastian! avait donné en France ' Voir aux documents historiques.

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des ordres pressants pour empêcher le dépari de tous les réfugiés italiens qu'appelaient en Italie les espérances ri les dangers de leurs frères.

A celle époque, pourtant, la cause de l'indépendance italienne éveillait en France des sympathies aussi énergiques «pie généreuses, et une circonstance particulière y rendait plus vive la haine que portaient au gouvernement autrichien les partisans sincères de la révolution de juillet. Un jeune Italien, d'une figure douce et altérée par de cruelles souffrances, était arrivé à Paris. Use nommait Maroncelli . Les noirs cachots de Spielberg avaient longtemps pesé sur lui, et le récit des tortures qu'il avait endurées était affreux. Victime innocente de la tyrannie d'un gouvernement soupçonneux, il s'était vu traîner dans un pays étranger où on lui avait donné pour prison une basse-fosse humide et sombre, pour nourriture du pain noir trempe dans de l'eau chaude, pour lit une planche nue, pourvêtement l'habit des galériens. Sa jambe gauche, engagée dans un anneau de fer auquel pendait une chaîne du poids de vingt livres, s'était gonflée au point qu'une amputation était devenue nécessaire, de sorte qu'il sullîsait de sa présence pour dénoncer la barbarie de ses bourreaux. La publicité donnée à ces détails, dans un moment où tous les cœurs battaient pour l'Italie, produisit une impression universelle et profonde.

Or, le même jour, on apprenait à Paris que M. d'Appony venait d'annoncer au Cabinet du Palais-Royal une prochaine intervention des Autrichiens dans le duché de Modène. L'Autriche fondait sa prétention sur le droit de réversibilité que lui avait reconnu l'acte du congrès de Vienne ; vain prétexte ! un droit éventuel de réversibilité

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