‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 19 sur 250 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« que le prince de Condé. en 1793, quand il courut aux « armes, prit les conseils du duc d'Orléans? »

Mais le faible vieillard appartenait alors tout entier à une femme dont l'origine était obscure, dont le nom de famille était incertain, qui jadis avait paru, disait-on, sur les planches du théâtre de Covent-Garden. qui. depuis. liée à un étranger d'une prodigue opulence, avait vécu, à Turnham-Green. du salaire d'un attachement illégitime, qui. enfin, devenue toute puissante sur le cœur du duc de Bourbon, s'était laissé marier au baron de Feuchéres. loyal soldat, dont la bonne foi trompée servit à couvrir pendant quelque temps le scandale d'adultères amours. Or. par un enchaînement de faits qu'il n'est pas inutile de rapporter, les intérêts de cette femme se trouvaient étroitement liés à ceux de la maison d'Orléans.

Douée d'esprit, de grâce et de beauté, insinuante à la fois et impérieuse, tendre et altière tour à tour, Mme de I enchères avait obtenu de son ascendant sur le duc de Bourbon le don testamentaire des domaines de Saint-Lcu et de Boissy, en 1824, et, en 1825. diverses sommes s'élevant[au chiffre d'un million. Elle désira plus encore. Au revenu de Boissy et de Saint-Leu. dont on lui avait abandonné la jouissance anticipée, il fallut bientôt ajouter celui de la foret d'Enghien; et cela même ne devait pas épuiser les désirs de la baronne. Mais une inquiétude secrète la poursuivait sans doute dans l'exercice de son pouvoir souverain. Elle avait à craindre que la mort de son bienfaiteur ne la laissât exposée aux attaques des héritiers du prince, dépouillés pour elle, aux procès que la captation provoque, aux clameurs de l'opinion, peut-être. Situation délicate qui a fait croire aux ennemis de Mme de Feuchéres

qu'en faisant adopter le duc d'Aumale par le duc de Bour- !)(>n. elle n'avait eu en vue que de se ménager le patronage d'une maison puissante.

Ce qui est certain, c'est qu'en 1827, et en réponse à une lettre où la baronne faisait l'offre de ses services, la duchesse d'Orléans lui écrivait : « Je suis bien sensible, « Madame, à ce que vous me dites de votre sollicitude « d'amener ce résultat que vous envisagez comme de- « vanl remplir les vuîux de M. le duc de Bourbon; et « croyez que, si j'ai le bonheur que mon (ils devienne son « lils adoptif, vous trouverez en nous dans tous les temps « et dans toutes les circonstances , pour vous et pour tous « les vôtres, cet appui que vous voulez bien me demani< der, et dont la reconnaissance d'une mère vous est un « sûr garant. »

11 dut en coûter beaucoup à une femme aussi pieuse que la duebesse d'Orléans, d'associer au succès de sollicitations équivoques ses espérances maternelles. Elle y consentit, pourtant-, mais la dignité de son caractère se retrouvait dans cette autre phrase de sa lettre : « Nous « avons cru devoir nous abstenir de toute démarche qui <( pourrait avoir l'apparence de provoquer un choix ou de « vouloir le prévenir. »

Il parait que cette réserve fut considérée par le duc d'Orléans comme un scrupule dont il était permis de s'affranchir. Le 2 mai 1829, apprenant de madame de Feuchères que, dans une lettre pressante et passionnée, elle avait proposé à son amant l'adoption du duc d'Aumale, il n'hésita pas à s'adresser lui-même directement au duc de Bourbon. Il lui faisait connaître en termes pleins de convenance et de mesure, combien il était tou-

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