CHAPITRE II. il
chè de la démarche de Mme de Feuchères, et combien il serait fier de voir porter par un de ses enfants le nom glorieux des Condé.
A ce coup inattendu, la duc de Bourbon tomba dans une anxiété profonde. Quoiqu'il eût toujours apporté dans ses relations avec la famille d'Orléans une politesse exquise, qui même en certaines occasions avait emprunté à l'amitié quelques-unes de ses formules, il fréquentait, le moins possible le duc d'Orléans, recevait avec hésitation ses rares visites, et ne lui écrivait guère que pour s'entendre avec lui sur les puérilités du cérémonial, puérilités auxquelles le duc d'Orléans, tout bourgeois qu'on l'ait vu depuis, attachait une importance excessive'. Ce jeune
' Nous avons entre les mains un dossier de toutes les lettres adressées par le duc d'Orléans au prince de Condé, lettres non publiées. On y trouve à chaque page la preuve des préoccupations éminemment aristocratiques du duc d'Orléans. En voici un exemple entre mille :
« Neuilly, 1er octobre 1820.
« Comme je sais, monsieur, que vous désirez savoir d'avance ce que j'apprends sur les cérémonies auxquelles nous sommes invités, je m'empresse de vous informer de ce que M. de Brézé est venu me dire hier au soir, relativement au Te Dcum qui doit être chanté mardi à Notre-Dame, en actions de grâces de la naissance du duc de Bordeaux. 11 m'a dit que le roi n'y serait pas, mais que S. M. serait censée y être, que par conséquent son fauteuil serait placé au centre de nos pliants qui seraient tous sur la même ligne, avec un carreau devant chaque; qu'il avait ordonné que les neuf pliants lussent pareils ainsi que les carreaux et de la même étoffe ; que Monsieur mènerait dans sa voiture M. le duc d'Angouléme, vous et moi, et que nos voitures précéderaient immédiatement les leurs dans le cortège. D'après cela, j'ai dit à M. de Brézé que j'irais à la cérémonie, et je serai mardi matin à dix heures chez Monsieur pour l'y accompagner. Je serai en grand uniforme, tas bottes avec le cordon bleu sur l'habit, et M. de Brézé doit nous faire savoir si les voitures du cortège seront à huit chevaux ou à deux, afin que nos attelages soient pareils à ceux de nos aines. S'il ne me faisait rien dire, je mettrais la mienne à huit chevaux. Madame la duchesse d'Angouléme
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dur d'Auraale donl on lui parlait. Le <luc de Bourbon l'avait accepté pour filleul, mais sans Le vouloir pour héritier. Laisser l'héritage des Condé à une famille qu'avaienl eue à leur tète les ennemis de la noblesse et de la monarchie, paraissait à l'ancien chef de l'émigration année une forfaiture et presque une impiété. II ne pou-
mènera de mémetoutes les princesses qui seront par conséquent cinq dans
la voiture.
> .h profite avec plaisir, Monsieur, etc.
« L.-Pn. d'Orléans. »
A cette lettre, nous en joindrons une antre qui offre un intérêt tout particulier en ce qu'elle se rattache à l'élévation du (lin- d'Orléans au rani; A' Altesse royale; Oïi J retrouve aussi la trace des bontés qu'avait te Roi Charles X pour tous les membres de sa famille et en particulier pour le duc d'Orléans.
« Neuilly, ce mardi 21 septembre 1824.
« Je m'empresse, monsieur, de vous faire part que le Roi m'ayant fait dire hier au soir île me trouver chez lui aujourd'hui à midi, je suis arrivé chez S. M. peu d'instants avant qu'il n'en sortit pour aller à la messe. Dès que j'ai été introduit dans son cabinet, j'ai commencé par le remercia de ses bontés, et j'ai ajouté que nous avions été particulièrement sensibles à celle qu'il orail eue pour lions avant-hier, a V occasion du goupillon, a Oui, a-t-il repris, j'ai voulu que cela fût ainsi, parce que je trouve « que cela devait être, et justement je voulais vous dire que je vous accorde « le titre d'altesse royale. » Le roi nous l'accorde à tous, ai-je repris en hésitant ; « oui, à tous, m'a-t-il dit, cela n'est pasd'accord avec nos anciens « usages, mais je trouve que dans l'état actuel des choses et de l'Europe, « cela doit être ainsi, et c'est pour tous, -o Après cela notre conversation a continué et il m'a dit qu'd voulait aussi me parler pour la cérémonie de Sain. -Denis, qu'il espérait que nous trouverions convenable que M. le Dauphin fût dans un fauteuil et nous sur des chaises à dos. Je lui ai répondu que, quant à moi, cela me paraissait très-convenable, que M. le Dauphin étant nécessairement appelé à succéder à la couronne, j'entendais qu'il devait avoir une prééminence sur ceux qui n'y étaient appelés qa'crcntuellement, que si monsieur le Dauphin avait des fils, je l'entendrais de même pour son fils aine, mais que je croyais devoir avouer au roi que je ne pouvais l'entendre que pour la ligne directe, mais non pas pour les enfants cadets ; que ceux-là me paraissaient absolument dans la même position que