CHAPITRE IV
« retournerait, avec sa noble douleur, vers ses foyers «< déserts! Que si je me trompais, j'adjurerais les mânes « des nobles victimes elles-mêmes: en pensée, je les ap- « pellerais à réformer une sentence aussi peu digne d'elles : « car je sais que les braves qui risquent leur vie pour « une sainte cause, ne versent du sang que pendant la « mêlée. » A ces mots, des applaudissements retentissent dans l'assemblée. M. de Kératry continue : il demande que la commission dont on a entendu le rapport soit chargée de rédiger un projet d'adresse au roi. et que l'abolition de la peine de mort pour crimes politiques soit confiée à l'initiative du monarque.
M. de Lafayette se lève à son tour au milieu de l'assemblée attentive : « On vous a proposé l'ajournement, « dit-il. Sans doute ceux qui l'ont demandé n'ont pas eu « le malheur de voir traîner sur leséchafauds leur famille, « leurs amis, les premiers citoyens de la France : ils « n'ont pas eu le malheur de voir des infortunés immolés « sous prétexte de Fayétisme. » L'assemblée couvre d'applaudissements la voix respectée de Lafayette. La proposition d'une adresse au roi ayant pour objet la suppression de la peine de mort dans certains cas. est appuyée par le garde-des-sceaux . et le renvoi à la commission adopté unanimement par la Chambre.
Or. telle était l'impatience des législateurs que la séance suspendue fut reprise à huit heures du soir. Le travail de la commission était déjà prêt. Le projet d'adresse, lu par M. Bérenger. se terminait par ces mots :
« Sire, la Chambre appelle sur cette réforme la « prompte initiative de votre majesté. Trop de gloire y « est attaché, trop d'avantages doivent en résulter
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K pour que la nation veuille la devoir à d'autres qu'à « son roi. »
En donnant à Louis-Philippe cette haute marque de déférence, les députés servaient admirablement sa politique. Ils prouvaient à l'Europe que la chute d'une dynastie n'avait rien ôté, en Fiance, à la force du principe monarchique. Kl d'un autre coté, en subordonnant le salut des conseillers de Charles X à la volonté de son successeur, ils fournissaient à celui-ci l'occasion de s'en faire honneur auprès des souverains étrangers. Qu'elle eût compris ou qu'elle ignorât la portée de ce projet d'adresse, la Chambre l'accueillit avec transport. Seul, l'austère Eusèbe Sa I verte crut devoir protester. « Ainsi donc, à en <( croire la voix: trompeuse de l'humanité, il faudrait dire « à de grands coupables : Vous avez voulu faire tomber « nos tètes, conservez les vôtres. Allez dans les pays « étrangers jouir des richesses que vous avez amassées : « le temps suivra son vol, les passions seront amorties, « les douleurs publiques et particulières apaisées , on ne « lira plus sur nos murailles l'histoire de nos troubles « qu'avaient gravée les ballesetla mitraille. Alors la com- « passion publique s'élèvera sur la longueur de votre exil ; <c elle demandera qu'on y mette un terme, et pour la « troisième, pour la quatrième fois, peut-être, vous ramè- « nerez votre pays sur le bord de l'abîme, où vous réus- « sirez, peut-être, aie précipiter. » En parlant des grands coupables qui allaient profiter de la philanthropie de la Chambre, M. Eusèbe Salverte venait de déchirer le voile : la sensation fut vive dans l'assemblée ; mais elle avait pris son parti. Le projet fut voté à une majorité immense.
Ce roi répondit à la députation qui lui présentait Ta-