CHAPITRE IV
dresse : « Le vœu que vous exprimez était depuis long- « temps dans mon cœur. » Et, le lendemain, pour atténuer l'effet que pouvait produire sur le peuple l'espèce d'impunité promise aux signataires des ordonnances, M. Guizot parut à la tribune, et dit d'une voix émue : h Messieurs, il tardait au roi comme à vous de sanctionce ner par une mesure législative le grand acte de reconcc naissance nationale que la patrie doit aux victimes de ce notre révolution. J'ai l'honneur de vous le présenter. « Messieurs, nos trois grandes journées ont coûté à plus ce de 500 orphelins leurs pères, à plus de 500 veuves leurs k maris, à plus de 300 vieillards l'affection et l'appui de ce leurs enfants. 311 citoyens resteront mutilés et incapables de reprendre leurs travaux. 3,564 blessés auront ce eu à supporter une incapacité temporaire. »
Dans le projet de loi qui faisait suite à cet inventaire funèbre, le gouvernement proposait d'accorder aux veuves des citoyens morts dans les trois journées une pension annuelle et viagère de 500 francs. Leurs enfants devaient, jusqu'à l'âge de sept ans, toucher une somme de 250 fr. par année, et le bienfait d'une éducation gratuiteleur était promis. L'hôtel des invalides était ouvert aux blessés.
Ainsi le gouvernement venait dire : Honneur aux victimes ! Point d'échafauds pour les coupables ! Il y avait là certainement quelque chose de chevaleresque et d'élevé, bien propre à toucher un peuple tel que le nôtre. D'ailleurs, par un sentiment de magnanimité, facile à exalter, en France surtout, les blessés de juillet étaient devenus les protecteurs naturels des captifs de Vincennes. Plusieurs de ces courageux citoyens avaient signéunepétitioncontre la peine de mort. Quelques-uns d'entr'eux étaient venus
à la Chambre appuyer par leur présence la proposition de M. de Tracy, el on avait remarqué avec attendrissement l'intérêt qu'ils semblaient prendre à la discussion.
Le gouvernement sciait donc applaudi d'avance du résultai de son habileté. Mais le vice de toute politique tortueuse est de conduire, en éludant quelques petits obstacles, à des complications sans issue. La plupart des écrivains de la bourgeoisie eurent beau s'étendre sur l'éclat dont une politique clémente allait entourer la révolution, le peuple ne prit point le change. Le bruit s'étant répandu qu'il était question d'abolir la peine de mort, et que les ministres captifs seraient jugés par la Cour des pairs, de toutes parts les âmes s'émurent. Les discours les plus menaçants circulaient dans les ateliers :
« Voilà donc où on en voulait venir ! L'échafaud pour les crimes obscurs ; pour les crimes illustres l'impunité ! Qu'un malheureux soit poussé au meurtre par l'excès de la misère, qu'il cède aux affreux conseils du désespoir, nul ne viendra disputer sa tète au bourreau : on rougirait de la compassion qu'on accorderait à son crime, qui, avant d'être un crime, était un malheur. Mais que des nobles, que des riches, que des hommes chargés du destin des empires, sacrifient des milliers d'êtres humains à leur orgueil, mettent une ville en feu, forcent des frères à s'entrégorgeretdes familles à gémir éternellement : quand l'heure de la vengeance sera venue, on ne parlera que de clémence, on glorifiera le pardon, et la loi perdra tout-àcoup sa rigueur! On veut, dit-on, que la révolution soit pure 5 qu'elle brille par la générosité comme elle a brillé par le désintéressement et le courage? Eh bien, que le soin de juger les ministres de Charles X soit confié non