CHAPITRE IV
pression fut tout-à-fait inverse, et l'on y saisit avec empressement l'occasion de se déclarer.
La lutte commença presque le lendemain de l'avénement du nouveau ministère, ausujet d'une proposition de M. Bavoux relative aux journaux et écrits périodiques. M. deTracy demandait que le cautionnement des journaux fût supprimé : M. Guizot déclara que. selon lui. le cautionnement devait être maintenu parce qu'il était « une « garantie destinée à prouver que les hommes qui entrece prennent un journal font partie d'une certaine classe a de la société. » Ce langage, inconcevable dans un moment où le souvenir du rôle joué par le peuple en juillet palpitait encore, est applaudi par la majorité de la Chambre. L'amendement de M. de Tracy est rejeté. En vain M. Bavoux demande quele cautionnement soit réduit au quart: en vain M. Barthe propose à ses collègues de supprimer le droit de timbre établi par l'ordonnance de 1816 sur les journaux ; toutes ces propositions sont repoussées avec une sorte de colère syslématique. La Chambre se déclarait en guerre ouverte avec la presse ; et, pendant ce temps, ceux des membres du ministère qui venaient de succomber préparaient leur vengeance.
L'effet produit par cette discussion fut remarquable. La presse, attaquée directement, se déchaîna contre le.; députés, et, le 9 novembre, l'assemblée se réunit au milieu d'une agitation générale.
On s'attendait à des paroles ardentes. Cette attente ne fut pas trompée. M. Guizot avait paru à la tribune : il commença en ces termes : « Messieurs, je viens repous- « ser quelques allégations générales qui s'adressent, non « pas à la question qui nous occupe, mais à l'ensemble
<< <Je la situation, cl encore à la conduite que j'ai été apte pelé à tenir pendant que j'avais l'honneur de siéger « dans les conseils du roi. » Ecoutez! écoutez! murmure-
t-on dans les diverses parties de la salle. Alors, avec tout le liel de son àme blessée, M. Guizot accuse ses adversaires de n'avoir pas compris le sens de la révolution dr juillet. « Quel est !e caractère de cette révolution, dit-il? « Elle a changé une dynastie. Elle en a cherché le rem- « plaçant aussi près d'elle qu'il était possible, et c'est « l'instinct public qui a poussé le pays à restreindre ce « changement dans les plus étroites limites. » A ces mots. un mouvement d'indignation s'empare de l'extrême gauche. Le reste de l'assemblée est calme et semble approuver les paroles de l'orateur. Désignant, sans les nommer, ses collèguesde la veille. M. Guizot leurreproebe d'avoir voulu faire sortir de la révolution des institutions nouvelles. « Eh bien, mes amis et moi nous nous sommes « refusé à continuer la révolution de la sorte. » A la sensation produite par ces paroles, l'orateur put juger qu'il exprimait les passionsdel'assemblée. Aussi, lorsqu'il ajouta : « Nous croyons avoir été fidèles, non-seulement a au caractère primitif de la révolution, mais à l'opinion « réelle et sincère et aux intérêts de la France... » Oui. oui. s"écria-t-on de toutes parts.
a J'honore la république, messieurs, continue l'orateur : « c'est une forme de gouvernement qui repose sur de « nobles principes, qui élève dans l'àme de nobles sentice ments, des pensées généreuses. Et s'il m'était permis de « le dire, je répéterais ici les paroles que Tacite met dans « la bouche duvieux Galba : Si la république pouvait être « rétablie, nous étions dignes qu'elle commençât par nous.