‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 71 sur 250 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Chacun chez- soi. chacun pour soi, la France ne le pouvait sans faire violence à son génie, sans abdiquer son rôle de haute tutelle à regard des peuples malheureux.

Cependant, à l'exception de M. Mole, qui n'aurait pas voulu que la France s'enchaînât à l'avance par l'adoption, hautement avouée, d'un principe invariable, tous les personnages importants dans le gouvernement nouveau se déclarèrent pour le principe de non-intervention. Sur ce point. MM. Dupont (de l'Eure) et Laffîtte pensaient comme M. Sébastiani, et Lafayette comme Louis-Philippe. Seulement, les uns croyaient que. le principe une fois admis, on le ferait respecter dans toutes ses applications, et. par exemple, que si l'Italie se soulevait, on empêcherait les Autrichiens de fondre sur elle. Les autres y mettaient moins de scrupule et se réservaient d'agir suivant les circonstances. De là la participation du Cabinet français aux actes de la Conférence de Londres. Cette participation ne constituait-elle pas une flagrante violation du principe solennellement proclamé par la France? N'était-ce pas en vertu de la loi diplomatique inaugurée en 1815 que l'Angleterre, la Russie. l'Autriche, la Prusse, s'arrogeaient le droit de disposer souverainement du sort de la Belgique? Chose étrange ! On vivait alors en un tel tourbillon d'événements et d'idées que ce fut à peine si on remarqua cet éclatant démenti donné par le Cabinet du Palais-Royal à ses propres déclarations !

Quoi qu'il en soit, la Conférence de Londres s'était mise à l'œuvre. Dans son premier protocole, en date du 4 novembre 1830. elle proposa la cessation des hostilités entre la Belgique et la Hollande, en assignant à ce dernier pays, comme ligne de l'armistice, les limites qu'il avait avant le

traité de Paris du 30 mai ism. L'acte de la Conférence l'ut apporté à Bruxelles le 7 novembre par MM. Car twright

cl ihesson.Il fallait que le gouvernement provisoire sedécidàt. La situation était délicate. Adhérer à ce premier protocole c'était reconnaître au nouveau congrès de Vienne une compétence qu'il ne sérail plusensuite possible de décliner : c'était rendre la Belgique vassale des cinq Puissances. Mais que pouvait taire le gouvernement belge? Consulter les ministres français? Ils répondaient : « Gar- « dez-vous d'attaquer la Hollande, la Prusse accourrait « pour la secourir. Et alors quelle situation serait la nôl re? « Nous serions forcés ou de vous désavouer, ce qui nous serait pénible, ou de tirer l'épée pour vous, avec vous, ce qui n'entre pas dans nos desseins. » Effrayé par ce langage, le gouvernement belge adhéra au protocole n° 1. subissant ainsi, dans ce qu'elle avait de plus arrogant, cette dictature européenne dont les usurpations avaient la France pour victime et le gouvernement français pour complice.

Les Belges, amis de la France, n'étaient pourtant pas encore tout-à-fait découragés. M. Gendebien fut envoyé à Paris pour savoir si. dans le cas où les Belges adopteraient la forme monarchique. Louis-Philippe consentirait à leur donner pour roi le second de ses fds. L'Angleterre s'était prononcée : on répondit à M. Gendebien que la Belgique ne devait compter ni sur la réunion ni sur un prince français. En même temps on opposait toutes sortes d'entraves aux volontaires Parisiens armés pour la cause de la Belgique, et on envoyait à un négociant de Valenciennes l'ordre de refuser les fusils destinés au bataillon des amis du peuple. Tout cela était trop bizarre pour ne point pro-

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