‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 72 sur 250 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

voquer des explications. M. Mauguin annonça que le 1 3

novembre il interpellerait les ministres.

Le jour fixé arrive. Il était attendu avec impatience. M. Mauguin monte à la tribune, au milieu d'un silence universel. 11 montre d'abord l'Europe partagée entre deux principes : la France toute seule d'un côté, mais traînant le monde à sa suite, lui communiquant son repos, ou ragitantquandelle s'agite. Passantaux choses du moment, il relève avec surprise et amertume ces mots du dernier discours prononcé par le roi d'Angleterre : Je suis déterminé avec mes alliés à maintenir les traités généraux en vertu desquels le système politique de l'Europe a été établi. — « Quels sont ces traités! s'écrie l'orateur. Ceux de 181 4P « Mais ils assurent la possession de la Belgique à la maison « d'Orange. A'ous voilà conduits logiquement à prendre « le parti du Hollandais contre le Belge... Triste position « où nous a placés une politique imprévoyante : ou com- « promettre la paix de l'Europe, ou combattre nos voisins « les plus chers. » Après avoir fait allusion, avec une indignation contenue, à la conduite du gouvernement à l'égard des réfugiés espagnols, et manifesté quelques craintes sur les vues de l'administration relativement à la conservation d'Alger, « sommes-nous enchaînés par les « traités de 1814, dit M. Mauguin en se résumant? que « faisons, que ferons-nous dans la question belge? Quelle « est notre position à l'égard de l'Espagne? Est-il vrai « que les Français ne jouissent plus dans la péninsule de « la protection qui leur est due? Est-il vrai que l'armée « espagnole ait violé notre territoire? Enfin, que veut-on « faire de la partie de l'Afrique que cotre jeune armée a u conquise? »

I ne longue interruption succède à ces apostrophes hardies. Les députés se lèvent de leurs hancs. Des groupes tumultueux se forment dans [hémicycle. Le maréchal Maison veut répondre : il s'embarrasse dans le vague de ses réticences et halhutie.

S'emparanl à son tour de la tribune, avec l'autorité que lui donnent ses antécédents diplomatiques, M. Bignon se demande d'abord quelles sont les chances pour la gin ire, quelles sont les chances pour la paix. « Aurons- « nous la guerre? immédiatement non. L'aurons-nous u dans trois mois, dans six mois? là est l'incertitude-, <( hâtons-nous de dire qu'il dépend de nous en grande « partie de ne l'avoir pas, ou, si elle est inévitable, de « n'avoir pas à la craindre. » Ensuite, comme M. Mauguin, M. Bignon attaque le discours du roi d'Angleterre. Bappelant la qualification de révolte appliquée aux événements de la Belgique, « quel gouvernement sait mieux que « le gouvernement anglais, qu'un mouvement traité d'a- « bord de révolte reçoit de la fortune, quand elle le « seconde, le titre de glorieuse révolution? Qui le sait « mieux que la maison de Hanovre, dont l'élévation au « trône d'Angleterre n'a pas eu d'autre origine ? » Parlant de la Conférence de Londres, « de quel droit, continue « l'orateur, ose-t-on prétendre régler à Paris ou à Londres « ce qui convient au bon gouvernement d'une autre conte trée? On se propose de pourvoir à la sécurité des mitres « Etats? Messieurs, n'est-ce pas cette sécurité des autres « Etats qu'on invoquait à Troppau, à Laybach, à Véa rone? N'est-ce pas au nom de cette sécurité des autres « États que des armées d'exécution ont été lancées tour « à tour sur le Piémont, sur Naples et sur l'Espagne?

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